Que dit la Bible sur l’épidémie de coronavirus ?

La Bible ne parle (probablement) pas directement de l’épidémie de COVID-19 que notre monde endure actuellement. Néanmoins, elle a bien des choses à dire sur la maladie, les épidémies, la guérison et notre attitude à adopter au milieu de toute cela. Par cet article, je propose quelques réflexions de théologie biblique sur ces questions.

La maladie comme conséquence du péché de l’humanité

Du point de vue de la théologie biblique, la maladie est avant tout une conséquence du « péché d’Adam ». La désobéissance des premiers humains envers leur créateur a pour conséquence de les mettre à l’écart de la présence de celui qui est la source de la vie. En refusant de dépendre entièrement de son créateur, l’humanité est condamnée à errer loin de « l’arbre de la vie » (Gn 3.22) qui procure la « guérison des nations » (Ap 22.2). Le péché a pour conséquence la souffrance, la malédiction de la terre, la pénibilité du travail et, ultimement, la mort (Gn 3.16-19). « Le salaire du péché, c’est la mort » (Rm 6.23). Or, la mort est toujours le résultat d’un dysfonctionnement du corps humain, que celui-ci soit progressif (maladie) ou soudain (accident, meurtre).

La maladie comme conséquence du péché de l’individu malade ?

Quelques textes suggèrent que la maladie d’un individu peut être la conséquence directe de son péché (par exemple Jc 5.16). Cela se conçoit facilement lorsque celui-ci a un comportement à risque ou un mode de vie qui met en danger sa santé (excès d’alcool ou de tabac, mauvaise hygiène de vie, pratiques sexuelles à risque, etc.). La Bible contient aussi des exemples de cas où Dieu manifeste son jugement individuel en envoyant une maladie, comme pour Myriam (Nb 12.10), le roi Osias (2 Chr 26.16-21) ou le faux prophète Elymas (Ac 13.11).

Néanmoins, le livre de Job ou le cas de l’aveugle guéri par Jésus (Jn 9.1-3) nous invitent à la prudence : la maladie n’est pas toujours une conséquence directe du péché de l’individu malade. Les amis de Job sont sévèrement réprimandés par Dieu pour avoir insinué que le péché de Job était la cause de sa maladie (Jb 42.7-8). Inversement, les évangiles nous laissent l’exemple de l’attitude de Jésus envers les malades : une attitude avant tout marquée par la compassion (Mt 14.14 ; Mc 1.41).

Et le rôle du diable dans la maladie ?

Si la maladie est avant tout une conséquence générale du péché de l’humanité, plusieurs textes montrent que Satan est aussi acteur dans la maladie. Dès Genèse 3, on observe que, si l’être humain est pleinement responsable et coupable devant Dieu, le serpent est celui qui a poussé Adam et Eve vers l’arbre de la mort. Satan est celui qui frappe Job de maladie (Jb 2.7), même s’il ne peut le faire que parce que Dieu l’y autorise (Jb 2.4-6). Dans les évangiles de Matthieu et de Luc, la distinction entre maladie et action démoniaque n’est pas toujours très claire. Jésus est plusieurs fois présenté comme « guérissant » quelqu’un en « chassant un démon » (voir, par exemple, Mt 12.22; 15.21-28; 17.14-18; Lc 8.2). Cela montre que ce que nous appellerions maladie dans notre langage d’aujourd’hui est parfois présenté par la Bible comme lié à une activité démoniaque. Après tout, la Bible montre que le diable est l’instigateur du péché dont l’être humain est pleinement responsable et qui a pour conséquence la maladie et la mort. Ainsi, en Actes 10.38, Paul rappelle que Jésus, « guérissait tous ceux qui étaient opprimés par le diable ».

Les épidémies comme signes du jugement de Dieu

De façon systématique, les textes bibliques présentent les épidémies comme des manifestations du jugement de Dieu. Au sein de la Loi donnée à Israël, les épidémies font partie des malédictions divines liées à la rupture de l’alliance (Lv 26.16, 25 ; Dt 28.21-22). Cette manifestation du jugement de Dieu sur son peuple désobéissant est rappelée à plusieurs reprises dans les livres des Rois ou des Chroniques (1 R 8.37 ; 2 Chr 6.28; 7.13; 20.9), ainsi que par les prophètes (p. ex. Jr 14.12; 21.6-9 ; Ez 5.12, 17). Dans ces textes, les Israélites sont appelés à comprendre ces épidémies comme un châtiment les invitant à changer d’attitude et à retourner vers le seul vrai Dieu.

Les épidémies sont aussi un moyen utilisé par Dieu pour manifester son jugement envers les nations païennes. C’est le cas dans le cadre des plaies d’Égypte, lorsque Dieu envoie une épidémie affectant le bétail égyptien (Ex 9.1-7) ou qu’il provoque des ulcères (Ex 9.8-12). Les Philistins (1 S 5.6) ou les Assyriens (2 R 19.35) peuvent aussi être affectés par des maladies envoyées par Dieu. Zacharie 14.12 évoque une épidémie eschatologique affectant les nations s’opposant au peuple de Dieu.

Dans l’Apocalypse, plusieurs passages évoquent des épidémies destructrices envoyées par Dieu (Ap 6.8; 8.11; 16.2; 18.8). Il faut probablement comprendre ces fléaux comme des signes du jugement dernier auquel aucun être humain ne peut échapper (voir Ap 20.11-15). Face aux épidémies, les humains sont appelés à réaliser que nul ne peut éviter la mort et que tous auront à rendre des comptes devant leur créateur. Elles sont des signes d’un jugement bien plus grand et définitif : à cause de notre péché, c’est un châtiment éternel qui attend chacun d’entre nous.

Les épidémies affectent des peuples entiers, déstabilisent des nations puissantes et provoquent la panique sur toute la terre. Même les puissants de la terre en sont réduits à se « confiner » dans des cavernes (Ap 6.15) et la richesse de « Babylone » ne lui est d’aucun secours (Ap 18.7-8). Ce sont là des signes de la puissance redoutable du divin juge. Face à cette puissance, l’être humain est appelé à réaliser son péché, à plier le genou et à implorer la grâce de Dieu.

Le diable joue-t-il un rôle particulier dans les épidémies ?

Dans tous les textes évoqués ci-dessus, Satan est absent de la scène. Certes, comme nous l’avons vu, la Bible montre que le diable est à l’œuvre derrière la maladie. Toutefois, à ma connaissance, aucun passage ne le présente comme responsable spécifiquement des épidémies. Dans l’Apocalypse, le diable est particulièrement actif mais ses armes ne sont pas la maladie : il cherche plutôt à séduire par la guérison miraculeuse (Ap 13.3, 12), par la puissance et les victoires (Ap 13.4, 7), par des « signes » extraordinaires (Ap 13.13; 16.14; 19.20) ou par l’attrait de la richesse (Ap 17.4). Si Satan n’est pas présenté comme jouant un rôle dans les épidémies, c’est probablement parce que celles-ci sont avant tout des signes du jugement. Or, le jugement est une prérogative divine. Les épidémies nous invitent à tourner les regards vers Dieu, et non pas vers le diable.

Les croyants échappent-ils aux épidémies ?

Si les épidémies sont des signes du jugement de Dieu, on pourrait s’attendre à ce que les croyants, au bénéfice de la grâce de Dieu, y échappent. Le Psaume 91 évoque ainsi la protection de celui qui place sa confiance dans le Seigneur face à une épidémie (Ps 91.6). Le texte de l’Exode précise que, pour cinq des dix plaies d’Égypte, les Israélites ne sont pas atteints par les fléaux qui touchent uniquement les Égyptiens (Ex 8.18-19; 9.4, 6, 26; 10.23; 11.7). De même, dans l’Apocalypse, certains fléaux sont envoyés uniquement à ceux qui ont « la marque de la bête » (Ap 16.2) ou à ceux qui n’ont pas « le sceau de Dieu » (Ap 9.4). Toutefois, dans l’Exode, comme dans l’Apocalypse, ces précisions ne sont pas systématiques, ce qui suggère que les croyants subissent également certaines plaies. De même, les épidémies que Dieu envoie pour punir son peuple qui a rompu l’alliance ne semblent pas faire de distinction entre ceux qui sont idolâtres et ceux qui lui sont restés fidèles.

Il n’y a rien d’étonnant à cela. Les croyants ne sont pas meilleurs que les non-croyants et ils méritent autant le jugement de Dieu. S’ils échappent au jugement dernier et obtiennent la vie éternelle, c’est uniquement par grâce. Pour le moment, ils subissent encore les conséquences du péché sur la création, y compris la maladie et la mort. Ainsi, aucun chrétien depuis 2000 ans n’a résisté à la maladie plus de 120 et quelques années.

La guérison comme signe de la grâce

Bien heureusement, la Bible ne parle pas que de maladies, d’épidémies et de jugement. Dieu lui-même a pris le problème du péché à « bras-le-corps ». Jésus-Christ a cloué sur la croix l’acte de jugement qui nous condamnait (Col 2.14). Il a manifesté sa victoire sur le péché, les puissances démoniaques et leur conséquence : la mort (1 Co 15.54-57). Bien entendu, si Jésus a vaincu la mort, il a aussi remporté la victoire sur la maladie : il est le serviteur souffrant qui « a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies » (Esa 53.4 ; voir Mt 8.16-17). Ainsi, celui qui place sa foi et son espérance en Jésus-Christ sait qu’en lui, il a la vie éternelle. Il attend le renouvellement final de la création, là où il n’y aura plus « ni deuil, ni souffrance » (Ap 21.4). Si, pour le moment, il continue de subir les conséquences du péché sur la création, il voit au-delà de la souffrance présente et se réjouit de l’éternité qu’il passera avec celui qui est la source de la vie.

En attendant, Dieu continue de manifester sa grâce, sa compassion et sa bonté dans ce monde. Il le fait notamment en accordant très fréquemment la guérison. Toute guérison est un signe de la grâce de Dieu qui pointe vers la manifestation suprême de cette grâce en Jésus-Christ.

La guérison « naturelle » comme signe de la bonté du créateur

Dans le Psaume 139, le psalmiste loue le Seigneur de ce que son corps est une des œuvres de Dieu les plus « extraordinaires » (Ps 139.13-15). En hébreu, le verset 14 utilise le même vocabulaire que celui utilisé ailleurs pour décrire les signes et prodiges miraculeux. Une large majorité des personnes atteintes par le coronavirus guérissent « toutes seules », sans traitement. Cela est dû à l’action des anticorps, « naturellement » présents dans notre corps, et qui combattent le virus. Lorsque l’on s’intéresse au fonctionnement des mécanismes complexes qui permettent à notre corps de guérir « naturellement », on ne peut que s’émerveiller devant « l’œuvre extraordinaire » de notre créateur. Alors que le COVID-19 affole la planète, n’oublions pas que si une très large majorité des personnes contaminées guérissent sans aucun traitement, c’est parce que leur corps a été créé par un Dieu bienveillant.

De la même manière, le Psaume 107 invite les êtres humains à louer Dieu pour toutes les fois où le Seigneur « guérit » les malades et les sauve ainsi de la mort (Ps 107.17-22). Les guérisons que nous considérons comme « normales » ou « naturelles » ne le sont pas. La maladie étant une conséquence du péché, toute rémission est un signe de la grâce et de la bonté de Dieu. Dieu est non seulement le créateur de la nature et celui qui en a fixé les lois, mais il continue d’agir en tant que créateur dans la nature. Par conséquent, lorsque quelqu’un guérit du COVID-19 sans rien faire d’autre que laisser les anticorps agir, ou lorsque Dieu intervient de manière plus explicite pour rendre la vue à un aveugle de naissance, dans les deux cas, c’est le Dieu créateur qui est derrière la guérison.

La médecine comme signe de l’intelligence que Dieu a donnée aux humains

Les textes relatifs à la création soulignent que Dieu a créé les choses de manière ordonnée (voir Gn 1 ; Ps 104). Dieu a tout créé « avec sagesse » (Ps 104.24). Cela suppose qu’il y a un ordre et donc des lois dans la nature. Par ailleurs, l’être humain est présenté comme ayant été créé « à l’image de Dieu » (Gn 1.26) ce qui suppose une certaine intelligence. De plus, il a une responsabilité sur la création : il doit la « cultiver et la garder » (Gn 2.15), mais il a aussi la responsabilité de « nommer » les autres créatures (cf. Gn 2.19-20). Cela implique donc la possibilité – voire la responsabilité – pour l’homme de réfléchir sur le fonctionnement du monde que Dieu a créé. Cette possibilité de la connaissance scientifique est liée à ce que l’on appelle la « révélation générale ». C’est sur la base de cette révélation générale que la science permet à l’être humain d’améliorer ses conditions de vie ou de proposer un traitement pour certaines maladies.

Lorsque la médecine permet de soigner les patients atteints d’une forme grave du COVID-19, c’est donc parce que Dieu l’a rendu possible. Si l’intelligence humaine est obscurcie par le péché (Rm 1.21), Dieu, dans sa grâce, permet à l’être humain de continuer de percevoir certaines vérités générales à travers l’intelligence que le créateur lui a donnée. En tant que croyant, nous devrions donc rendre grâce à Dieu pour toutes les fois où il utilise la médecine pour guérir les malades. Dénigrer la médecine, dans ce qu’elle fait de bien, c’est dénigrer celui qui a donné l’intelligence aux chercheurs et personnels médicaux.

La guérison miraculeuse comme signe du Royaume de Dieu

La Bible enseigne aussi que Dieu est capable de guérir de façon plus inhabituelle, de manière miraculeuse. Je ne m’attarderai pas sur cette question car je la traite en détail dans la série d’articles « Signes, prodiges et miracles dans le Nouveau Testament » (voir ici). Je rappellerai simplement ici que, dans le Nouveau Testament, le miracle est un signe du Royaume de Dieu qui vient. Dans ce cadre, la guérison miraculeuse est comme un « signe avant-coureur » de la nouvelle création où il n’y aura plus ni souffrance, ni mort (Ap 21.4). Les miracles sont des signes de la capacité de Dieu à accomplir le salut promis en Jésus-Christ. Mais gardons bien en tête qu’il ne s’agit que de signes du Royaume qui vient. Il convient de ne pas confondre les temps : les miracles ne sont pas la normalité dans le monde présent (sinon ce ne seraient plus des « miracles »), ils sont des signes avant-coureurs du monde à venir.

Dans le cadre de l’épidémie de COVID-19, il est très difficile de parler de guérison « miraculeuse », vu qu’une large majorité des personnes contaminées guérissent « toutes seules ». Par contre, même s’il ne s’agit pas d’un « miracle » à proprement parler, toutes ces guérisons trouvent leur origine en Dieu et doivent nous pousser à « rendre grâce » !

L’attitude des croyants face à l’épidémie

Pour terminer, j’aimerais suggérer quelques pistes de réflexion biblique quant à l’attitude à adopter en tant que croyants dans cette situation particulière.

Une attitude d’adoration

Le but premier de notre vie est de rendre gloire à notre créateur (Ep 1.4-6). Face à une épidémie qui est un signe du jugement de Dieu, il convient tout d’abord de louer Dieu « parce que ses jugements sont vrais et justes » (Ap 19.2). La justice est une valeur biblique et le croyant doit aussi rendre gloire à Dieu pour sa justice, même s’il n’en comprend pas tous les tenants et aboutissants. Face à ce jugement que nous méritions, nous sommes invités à tourner nos regards vers Jésus-Christ (Ap 5.4-14). Louons Dieu pour la manière dont il a manifesté sa grâce envers nous en Jésus-Christ de telle sorte que nous n’avons plus rien à craindre, même la mort ! Nous pouvons lui rendre gloire également pour toutes les guérisons qu’il opère, pour la force et l’intelligence qu’il procure au personnel soignant.

Des témoins-prophètes

Si les épidémies sont des signes du jugement de Dieu, il est de notre responsabilité de rendre témoignage à l’auteur de ces signes. Dans l’Ancien Testament, les prophètes ont notamment pour rôle de signaler que les catastrophes sont des signes du jugement de Dieu. Lorsque Dieu envoie les plaies en Égypte, il demande systématiquement à Moïse d’aller trouver Pharaon pour lui expliquer la raison de ces « signes et prodiges ». Sans cette « interprétation », le roi d’Égypte aurait probablement tenu les divinités égyptiennes pour responsables. De la même manière, le prophète Élie est envoyé par le Seigneur pour indiquer au roi Achab et à ses sujets que la sécheresse est une conséquence de leur idolâtrie (1 R 17.1; 18.1, 20-46).

L’Apocalypse montre que les témoins de Jésus-Christ sont appelés à jouer un tel rôle « prophétique ». Selon l’interprétation retenue par la plupart des commentateurs actuels, le récit des deux témoins-prophètes d’Apocalypse 11.3-14 est une manière de symboliser le témoignage des chrétiens dans le monde. Ce témoignage se situe dans la continuité de celui de Moïse, qui a changé l’eau en sang ou d’Élie, qui a fermé le ciel pour qu’il ne pleuve pas (Ap 11.6). Certes, ces témoins font face à la persécution : ils sont rejetés et même mis à mort (Ap 11.7-9). Mais cela ne fait que démontrer qu’ils sont des témoins dans la continuité du témoin par excellence, Jésus-Christ. Le récit se termine en indiquant qu’après un tremblement de terre faisant sept mille morts, « les survivants furent remplis de crainte et rendirent gloire au Dieu du ciel » (Ap 11.13). Autrement dit, la mort des témoins aboutit à la conversion d’un très grand nombre de païens. Ce résultat est d’autant plus frappant que, un peu plus tôt, en Apocalypse 9.13-21, le texte décrit l’envoi de deux myriades de myriades de « cavaliers » destructeurs causant la mort du tiers de l’humanité. Or, ce jugement destructeur ne produit aucun changement dans l’attitude des survivants : « les survivants » ne changent pas d’attitude et ne cessent pas d’adorer des idoles qui « ne peuvent ni voir, ni entendre, ni marcher » (Ap 9.20-21). Ainsi, le témoignage de « deux » témoins-prophètes aboutit à la conversion des nations alors que l’envoi d’une impressionnante cavalerie de « deux myriades de myriades » ne produit aucun changement. Au sein de la catastrophe que vit notre monde, les croyants sont appelés à être ces témoins qui interprètent les « signes » par une « parole prophétique » invitant à tourner les regards vers Dieu.

Témoins de l’Évangile

Cette parole que nous sommes appelés à porter en tant que chrétiens, c’est avant tout l’Évangile de Jésus-Christ. Dans un monde qui entrevoit le jugement, la Bonne Nouvelle de l’Évangile est particulièrement d’actualité ! L’épidémie nous place devant la réalité de la mort. Le confinement bouscule nos habitudes et nous oblige à revoir nos priorités. Tout cela pousse nos contemporains à réfléchir au sens de la vie. Dans ce contexte, laissons le Saint-Esprit renouveler notre intelligence pour que nous puissions trouver les mots justes pour transmettre la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Témoins de l’espérance

Dans un contexte marqué par l’inquiétude et la peur, l’espérance que nous trouvons en Jésus-Christ devrait interpeler notre entourage (1 P 3.15). Dans un temps d’obscurité, nous sommes appelés à être la « lumière du monde » (Mt 5.14). Notre attitude doit être celle de personnes « réveillées » qui manifestent la lumière du « jour qui vient » (Rm 13.11-14).  Romains 12 et 13 nous propose quelques exemples concrets qui me semblent particulièrement pertinents dans le contexte actuel : se « réjouir dans l’espérance », se consacrer à la prière (Rm 12.12), aider (matériellement) ceux qui sont dans le besoin (Rm 12.13), bénir (Rm 12.14), pleurer avec ceux qui pleurent (Rm 12.15), manifester l’unité des chrétiens et ne pas se croire plus intelligent que les autres (Rm 12.16), ne « pas rendre le mal pour le mal » mais être « vainqueur du mal par le bien » (Rm 12.17-21), être soumis aux autorités (Rm 13.1-5), payer ses impôts (Rm 13.6-7) et, par-dessus tout, aimer son prochain (Rm 13.8-10). Tout un programme !

3 podcasts à écouter en ligne

Pascal Denault et Guillaume Bourin m’ont récemment invités à enregistrer 3 émissions pour leur podcast « Coram Deo ». 

Dans la première émission, nous abordons la question de la critique textuelle.

(1) Qu’est-ce que la critique textuelle ?
(2) Certains affirment que que la critique textuelle ne fait que produire un texte non fiable. Est-ce vrai ? Que répondre à une telle objection, notamment d’un point de vue pastoral ?
(3) Il existe dans certains milieux une forte préférence (parfois une préférence exclusive) pour les traductions qui viennent du Texte Reçu ou encore du Texte Majoritaire. Que sont ces textes ? Pourquoi certains le préfèrent et comment nous devrions nous situer par rapport à cette croyance ?

Pour écouter le podcast rendez-vous ici. 

La deuxième émission traite de la question du canon du Nouveau Testament.

(1) Quelles sont les différentes théories, en particulier celles qui s’opposent à la vue traditionnelle, concernant la formation du canon néotestamentaire ?
(2) Vis-à-vis de ces théories, comment les évangéliques croient-ils que le canon du NT a-t-il été formé ?
(3) Le canon est-il réellement clos ? Par exemple, que ce passerait-il en cas de découverte d’une autre épître de Paul aux Corinthiens ?

Pour écouter le podcast rendez-vous ici. 

La troisième émission aborde la question de la littérature intertestamentaire.

(1) Comment définir la littérature intertestamentaire ? De quels textes est-elle composée ?
(2) Pourquoi les écrits intertestamentaires n’avaient pas la même valeur que les Écritures aux yeux du peuple juif?
(3) À partir de quand les écrits apocryphes ont-ils commencés à être utilisé par les chrétiens pour justifier des doctrines?
(4) Comment la littérature du second temple peut-elle nous aider à mieux comprendre le contexte du Nouveau Testament? Est-ce que certains théologiens vont trop loin dans ce sens?

Pour écouter le podcast rendez-vous ici. 

4.2 Donner une juste place aux miracles dans la vie de l’Église

Dans la précédente partie, j’ai montré qu’il était légitime de s’attendre à vivre le miraculeux dans l’Église d’aujourd’hui. Ceci étant dit, nous avons tous en tête les exemples de faux apôtres ou pseudo-ministères qui mettent en avant leurs miracles. Nous avons aussi probablement à l’esprit certaines expériences douloureuses ou certains excès en rapport à la question des miracles.

Comment donc accorder une place aux miracles dans la vie de l’Église qui corresponde à l’équilibre biblique ?

Les miracles sont faits pour être vécus et non pas pour être promus

Comme je l’ai indiqué dans la deuxième partie de la série (voir ici), les enseignements des apôtres transmis par les lettres du Nouveau Testament sont étrangement silencieux sur la question des miracles. Les miracles étaient vécus au sein des églises, mais on n’en faisait pas le sujet numéro des prédications. Ce qui est au cœur de l’enseignement ou de la prédication des apôtres, c’est la Bonne nouvelle de Jésus-Christ, pas les miracles.

Un risque pour toute Église qui a vécu quelques miracles étonnants est de leur donner trop de place. On ne parle que de ça, on met ça en avant sur les affiches. Et les miracles deviennent le fondement de la vie de l’Église. Et lorsque les miracles ne se reproduisent plus, ou lorsque la personne miraculeusement guérie en vient à mourir quelques années plus tard d’une autre maladie… on se rend compte que le fondement était bien fragile. Le seul fondement sur lequel on peut construire la vie de l’Église, c’est Jésus-Christ (1 Co 3.11). Il n’y en a pas d’autre.

Ce qui importe n’est pas le signe mais ce qu’il « signale »

Le deuxième point qui ressort des textes bibliques, c’est que le miracle est avant tout un signe qui nous dit quelque chose de Dieu, de Jésus-Christ, de son salut, de son Royaume. Ainsi le miracle n’est pas une fin en soi : il sert à illustrer le message de l’Évangile, à appuyer le fait qu’il y a un Dieu qui se soucie de nous et qui souhaite nous manifester un salut bien plus incroyable qu’une simple guérison.

Lorsque nous témoignons du miraculeux, apprenons donc à ne pas focaliser l’attention sur le miracle mais sur ce qu’il signale. Je dirais même que la prédication doit être là pour détourner l’attention du miracle et attirer l’attention sur celui qui l’a produit.

Exercer les dons avec « amour »

En 1 Corinthiens 12, Paul valorise la pratique des dons spirituels, au sein desquels figurent la guérison des malades (1 Co 12.9, 28-30) et la réalisation de miracles (1 Co 12.10, 28-29). Or, il est intéressant de voir comment 1 Corinthiens 12 à 14 recommande la mise en pratique de ces dons. Au chapitre 14, Paul met en avant le critère de la « construction » (1 Co 14.12, 26). Tout, dans la vie de l’Église, doit se faire en vue de la construction de l’Église et dans l’ordre. Auparavant, au chapitre 13, Paul a mis en lumière un autre critère indispensable, celui de l’amour. Car ce beau poème sur l’amour que l’on aime lire lors des mariages a d’abord été écrit par Paul pour inviter les Corinthiens à exercer les dons avec amour, et non pas de manière égoïste ou intéressée. Et, ne l’oublions pas, pour Paul, l’amour n’est pas un juste un beau sentiment, c’est quelque chose de très très concret : « l’amour est patient, l’amour est bienveillant, il n’est pas envieux, il n’est pas jaloux, il ne se vante pas, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il pardonne tout, il croit tout, il espère tout… »

Exercer le discernement

Comme pour tout aspect de la vie chrétienne, nous sommes invités à exercer le discernement en ce qui concerne les miracles. Tous les prétendus miracles, signes et prodiges ne rendent pas forcément gloire à Dieu. Le diable peut aussi utiliser le miracle pour conduire à l’idolâtrie (voir l’Apocalypse). Et même certains qui prétendent faire des miracles « au nom de Jésus » ne sont pas vraiment des représentants du Christ (Mt 7.22-23).

Sur ce point, il est important de noter que le critère pour le discernement n’est pas la forme du miracle. Certes, il peut y avoir des imposteurs qui font de fausses guérisons. Mais, le diable est capable d’accomplir des choses véritablement extraordinaires. Il peut très bien copier certains miracles de Dieu. De même, le caractère surprenant ou bizarre du miracle n’est pas un critère de discernement : Jésus lui-même a fait des choses assez bizarres, comme cracher sur la terre pour faire la boue qu’il met sur les yeux d’un aveugle (Jn 9.6).

En fait, le discernement entre un vrai et un faux miracle se fait avant tout sur la base du message qui accompagne le miracle. Est-ce que le miracle pointe vers le Dieu vivant, manifesté en Jésus-Christ ? Ou est-ce qu’il est là pour pointer vers la puissance du prédicateur ou l’autorité du grand serviteur bien-aimé apôtre du tout-puissant ? Ou vers toute autre forme d’idolâtrie, comme la promesse d’une santé parfaite ici-bas, la promesse de réussite ou de richesse. Vers quelle direction le signe est-il orienté ? Si le signe indique une autre direction que Jésus-Christ, c’est alors un très mauvais signe. Le signe vous envoie vers un précipice et il est grand temps de faire demi-tour.

Ne pas prendre le signe pour un panneau d’arrivée

Un autre élément que j’ai déjà indiqué est qu’il convient de ne pas confondre les temps. Tant que le Christ n’est pas revenu et que le Royaume de Dieu n’a pas été pleinement établi, nous sommes dans une période caractérisée par le « déjà » et le « pas encore ». La guérison miraculeuse est un signe de la santé parfaite dans un corps parfait et éternel. Mais, tant que le Christ n’est pas revenu et que la résurrection des morts n’a pas eu lieu, nous ne sommes pas encore dans ce corps. Ce qui explique que, jusqu’à présent, selon mes informations, aucun chrétien n’a survécu plus de 120 ans environ. Tous ces chrétiens morts depuis 2000 ans ont tous eu au moins un problème de santé qui a provoqué leur mort.

Ainsi, ne confondons pas le signe avec le panneau d’arrivée. Le miracle est un signe extraordinaire qui pointe vers l’ordinaire de la nouvelle création.

Savoir aussi valoriser « l’ordinaire »

Il convient aussi de faire attention à un risque lié à une trop grande mise en avant des miracles. En survalorisant l’extraordinaire, cela peut avoir pour effet de négliger « l’ordinaire ». L’insistance sur les manifestations extraordinaires de Dieu peut avoir pour effet de dénigrer sa manière « ordinaire » d’agir. Dieu n’est pas absent de sa création : c’est lui qui donne la vie, c’est lui qui la maintient, c’est lui qui nous « donne les pluies et les saisons fertiles, qui nous comble de nourriture et de bonheur » (Ac 14.17).

De plus, en mettant trop en avant la guérison miraculeuse ou la provision miraculeuse, cela pourrait avoir pour effet de négliger l’importance du travail. Dans l’ordre des choses voulu par Dieu, le travail est le moyen normal par lequel nous pouvons subvenir à nos besoins. On se représente souvent le jardin d’Eden avec Adam et Eve en train de flâner, faire la sieste et se régaler avec les bons fruits. Mais on oublie que Dieu n’a pas demandé à l’être humain de profiter du jardin comme d’un marché géant à sa disposition : il devait cultiver le jardin (Gn 2.15). Dans le cours normal de la création, Dieu n’envoie pas ses bénédictions sous forme de paquets cadeaux qui tombent du ciel. Il nous associe dans sa création par le travail.

Ainsi, la médecine moderne qui permet de soigner bien des maladies autrefois incurables fait partie des grâces communes offertes par Dieu. Le travail médical est le moyen ordinaire utilisé par Dieu pour guérir les malades.

Soyons donc attentifs à ne pas négliger les bénédictions ordinaires au profit des bénédictions extraordinaires. Toutes viennent de Dieu et méritent ses louanges. À Dieu seul soit la gloire !

4.1 La question de l’actualité des miracles

Pour terminer cette série, j’aimerais proposer quelques réflexions en vue d’une application de l’enseignement biblique en lien avec le contexte contemporain. Quelle place faut-il accorder aux miracles dans la vie de l’Église ? Cette quatrième partie est divisée en deux sous-parties. La première question, traitée dans ce post, concerne l’actualité des miracles. Doit-on s’attendre à voir des miracles dans l’Église d’aujourd’hui ?

Le point de vue cessationiste

Selon le point de vue de certains théologiens que l’on appelle « cessationistes », les dons miraculeux étaient réservés à l’époque de Jésus et des apôtres. Les miracles servaient à attester la révélation de Jésus-Christ. Mais, maintenant que cette révélation a été transmise une fois pour toute à travers les écrits bibliques, les miracles ne sont plus utiles. Ce qui explique, selon eux, que l’on ne voit plus de vrais miracles accompagnant la prédication de l’Évangile depuis la fin de la période apostolique et jusqu’à aujourd’hui.

Bien entendu, ce dernier constat de type historique, est particulièrement discutable. Des témoignages de miracles qui rendent gloire à Dieu, il en existe des milliers rien qu’à l’époque contemporaine. Moi-même, bien que venant d’un pays très rationaliste et malgré mon jeune âge, j’ai déjà vu plusieurs miracles. Alors, bien sûr, les cessationistes diront que je me trompe et que je prends pour un miracle ce qui n’en était pas un. Mais cela reste le point de vue de l’un contre le point de vue d’un autre.

Principaux arguments bibliques

Ce qui fait autorité pour nous, ce n’est pas l’histoire de l’Église ou les témoignages des uns et des autres, mais ce que dit la Bible. Quels sont donc les arguments bibliques sur ce sujet ?

  • Les cessationistes soulignent le fait que, dans le Nouveau Testament, en dehors de Jésus, tous les miracles sont accomplis par les apôtres ou leurs collaborateurs comme Étienne, Philippe ou Barnabas.
    • Réponse: Il est vrai que l’on n’a pas d’exemple de miracle accompli par un simple membre d’église. Toutefois, il faut se souvenir que les récits du Nouveau Testament se focalisent sur le ministère des apôtres et de leurs collaborateurs. Le livre des Actes s’intéresse aux actes des « apôtres ». Il ne nous dit rien sur le ministère d’autres chrétiens. De ce fait, si l’on applique le raisonnement des cessationistes à d’autres questions comme l’enseignement, on se rend vite compte des limites. En effet, dans le livre des Actes, l’enseignement chrétien est uniquement accompli par les apôtres ou leurs collaborateurs. Faut-il en déduire que l’enseignement n’est plus d’actualité et que l’on devrait s’en passer dans l’Eglise d’aujourd’hui ?
  • En 2 Corinthiens 12.12, Paul présente les « signes, prodiges et miracles » comme les « signes de son apostolat ». Selon les cessationistes, cela suggère un lien particulier entre le ministère des apôtres et les miracles.
    • Réponse : Là encore, on fait dire au texte ce qu’il ne dit pas. Il est vrai, comme nous l’avons vu, que les miracles servent à authentifier la prédication des prophètes et apôtres. C’est cette idée que Paul reprend dans ce texte. Mais, cela ne signifie pas que les miracles étaient réservés aux apôtres. D’ailleurs, en 2 Corinthiens, Paul préfère mettre en avant d’autres preuves de son apostolat : ses souffrances, son travail dur au service des églises, les persécutions endurées. Est-ce que cela signifie que la souffrance ou la persécution est réservée au ministère des apôtres ?
  • En Hébreux 2.4, les cessationistes comprennent les « signes, prodiges et miracles » donnés par Dieu pour « sur-attester » le message du salut, comme se référant au ministère des apôtres.
    • Réponse : Dans le survol des données néotestamentaires (voir ici), j’ai indiqué qu’il y avait ici une difficulté de traduction. Certains interprètes pensent que le texte se réfère non pas au ministère des apôtres, mais aux miracles qui se produisent dans l’Église en général. De plus, même s’il fallait lire le texte comme une référence au ministère des apôtres, cela ne dit rien sur la question de la cessation des miracles.

En fait, il n’y aucun texte du NT qui indique explicitement que les miracles sont réservés à la période apostolique et qu’ils cesseront par la suite. Alors, pourquoi les cessationistes tiennent-ils tant à ce que les miracles soient limités à la période des apôtres ?

Le rôle des miracles dans la doctrine de l’autorité et de la suffisance de l’Écriture

Il me semble que derrière tout cela, on trouve chez les cessationistes, un souci particulier : celui de l’autorité et de la place centrale de la Bible dans la vie de l’Église. En effet, selon la doctrine classique de l’Écriture, Dieu a confié un rôle spécifique aux apôtres et à leurs collaborateurs : celui de mettre par écrit la révélation divine, transmise une fois pour toutes en Jésus-Christ. Cette mise par écrit a abouti à la rédaction du Nouveau Testament et à la clôture du canon biblique. Ce rôle spécifique accordé aux apôtres peut s’appuyer notamment sur un texte comme Éphésiens 2.20 qui indique que l’Église a été construite sur le fondement posé par les « apôtres et prophètes ». Ce fondement, comme l’indique la suite du texte, est « la révélation du mystère du Christ » transmis aux apôtres (Ep 3.4-5). Et, comme on ne peut pas poser deux fois le fondement d’un édifice, cela explique que le rôle « fondateur » de ces « apôtres et prophètes » est unique dans l’histoire.

Or, au sein de cette doctrine fondamentale et importante pour tout chrétien, les nombreux signes et miracles en lien avec le ministère des apôtres sont compris comme attestant ce rôle prophétique particulier qui leur est confié. Jusque-là, il me semble que le raisonnement est tout à fait juste.

Il faut donc bien comprendre le souci des cessationistes. Ceux-ci ne sont pas juste anti-charismatiques ou jaloux du succès des Pentecôtistes. Ils voient les miracles contemporains comme une menace pour l’autorité de la Bible. En effet, ceux qui accomplissent des miracles ne vont-ils pas utiliser ces miracles pour défendre l’autorité de leur enseignement, de leur ministère, voire des révélations qui leur sont accordées ? Et en revendiquant une telle autorité pour leur ministère ou leur prédication, ne vont-ils pas prendre la place de la Bible ?  De telles dérives ne sont pas juste hypothétiques : elles sont bien présentes autour de nous. Les miracles sont utilisés pour développer un culte de la personnalité, ou pour justifier des prophéties farfelues. Les cessationistes ont donc un souci honorable : celui de défendre l’autorité de l’Écriture, seule norme pour notre foi.

Le miracle ne sert pas seulement à attester la vocation des apôtres

Mais dans ce combat honorable, il me semble que les cessationistes vont trop loin. L’Écriture souligne bien le rôle des miracles pour attester le ministère unique des apôtres à l’origine du Nouveau Testament. Toutefois, la Bible ne limite pas les miracles à ce seul rôle-là.

Le rôle des miracles dans l’annonce de l’Évangile

Comme nous l’avons vu dans la partie précédente, le miracle n’a pas pour unique rôle d’authentifier la prédication apostolique. Il sert aussi à transmettre en « actes » le message de l’Évangile ou à signifier la venue du Royaume de Dieu.

Or, il me semble que tous les chrétiens – y compris les cessationistes – sont d’accord pour dire que le message de l’Évangile a encore besoin d’être proclamé de nos jours. Ou qu’il reste des peuples à qui il faut encore signifier la venue du Royaume de Dieu. Et sur quels textes basons-nous cela ? Principalement sur les textes d’envoi en mission des Évangiles ou des Actes. Or, ces textes associent la proclamation de l’Évangile à la guérison des malades ou à la délivrance. Il n’y a aucune raison de ne retenir qu’une partie de ces textes d’envoi. Alors, certains diront peut-être que dans ces textes, Jésus ne s’adresse qu’aux apôtres. Toutefois, la manière dont ces discours de Jésus ont été écrits par les évangélistes montre clairement que, pour eux, les paroles de Jésus ne concernent pas juste la mission des Douze apôtres. Cette mission des Douze est appelée à se prolonger à travers le ministère des chrétiens au fil des siècles. Ce processus se manifeste particulièrement dans l’Évangile de Luc. En effet, l’envoi des Douze en mission au chapitre 9 est suivi de l’envoi de 72 autres disciples au chapitre 10. Comme pour signaler qu’il est prévu que le nombre de missionnaires ne reste pas bloqué à Douze.

Des « signes et prodiges » caractéristiques de la période située entre les deux venues du Christ

De plus, limiter les « signes et prodiges » à la période apostolique me semble aller dans la direction inverse de la manière dont le Nouveau Testament conçoit les temps. Les auteurs du Nouveau Testament voient en la venue de Jésus le commencement de la période finale de l’histoire. En Actes 2, Pierre affirme que ce qui est en train de sa passer à la Pentecôte, est l’accomplissement de Joël 3 « dans les derniers jours » (Ac 2.17). De ce fait, depuis la venue de Jésus et le déversement de l’Esprit sur le peuple de Dieu il y a 2000 ans, nous sommes dans les derniers jours. Nous vivons la période finale de l’histoire, située entre les deux venues du Christ. Or, selon la citation de Joël 3 en Actes 2 (mais aussi probablement Apocalypse 11), les « signes et prodiges » sont caractéristiques de cette période finale de l’histoire. Depuis 2000 ans, nous vivons la période durant laquelle le peuple de Dieu s’étend à travers toutes les nations de façon assez incroyable. Cette conception néotestamentaire de l’histoire me semble opposée à l’idée que les miracles seraient réservés à quelques dizaines d’années, puis qu’il n’y en aurait plus pendant 2000 ans ou plus.

Le risque de développer l’image d’un Dieu silencieux

Enfin, il me semble que mettre le miraculeux en dehors de l’Église comporte un autre risque. Celui de développer l’image d’un Dieu silencieux depuis presque 2000 ans. Certes, Jésus-Christ est la Parole faite chair, le sommet de la révélation. En lui, tout a été dit. Et il n’y a rien à ajouter. Cela pourrait et devrait suffire pour nous conduire à la foi et au salut. Dieu ne devrait pas avoir besoin de rajouter quoi que ce soit. Mais ce que montrent précisément les récits de miracle dans le Nouveau Testament, c’est que Dieu, dans grâce et sa bienveillance, souhaite quand même manifester concrètement sa puissance. En fait, Jésus lui-même n’aurait pas dû avoir besoin de faire des miracles. Il le reproche d’ailleurs à ceux qui viennent lui demander un miracle. Ils ont Jésus en face d’eux, le Fils de Dieu mort et ressuscité. Cela devrait largement suffire. Pourtant, Dieu a choisi d’ajouter encore le miracle pour « sur-attester » son message de salut (Hb 2.4). Je crois qu’il n’y a pas de raison pour que ce soit différent aujourd’hui. Dieu, dans sa grâce, témoigne de son amour et de sa compassion pour nous, en intervenant de manière extraordinaire pour signifier sa présence, sa puissance et son salut beaucoup plus grand. Il n’est pas absent de nos vies. Il se manifeste au quotidien, parfois de manière extraordinaire. C’est pour cela aussi que nous lui remettons nos besoins concrets, que nous lui demandons de diriger notre vie ici-bas ou que nous prions pour ceux qui sont malades.

Par conséquent, il me parait légitime de prier pour la guérison miraculeuse ou la délivrance de ceux qui souffrent. Et, en particulier, lors de l’annonce de l’Évangile. Prier pour les malades non-chrétiens est un moyen de manifester l’amour du Christ. Lorsque le Seigneur exauce cette prière, cela touche particulièrement les personnes, et, dans bien des cas, les met dans des dispositions de cœur pour une guérison bien plus profonde : celle du salut en Jésus-Christ.

3. Le sens et le rôle des miracles

Que peut-on retenir du parcours des textes du Nouveau Testament en rapport au miracle (voir post précédent) ? Dans cette partie, je propose quelques réflexions sur le sens et le rôle des miracles. Dans la dernière partie, je terminerai par évoquer la question de la place des miracles dans l’Église d’aujourd’hui.

Le miracle comme « acte » qui accompagne la « parole »

Le premier élément que je soulignerai est le fait que les miracles sont, dans le Nouveau Testament, une manière de joindre les « actes » à la « parole ». Le message de l’Évangile n’est pas que de « belles paroles ». Les miracles viennent donner un aspect concret à la bonne nouvelle du salut. Ils témoignent d’un Dieu qui s’incarne en Jésus-Christ pour intervenir dans l’histoire des hommes. Le témoignage chrétien est un témoignage en paroles et en actes : les deux sont indissociables.

Cela explique peut-être pourquoi les épîtres n’en parlent presque pas. En effet, les Actes et les lettres de Paul laissent entendre que le ministère de Paul était accompagné de nombreux miracles. Pourtant, Paul n’en parle presque jamais dans ses lettres. De même pour l’apôtre Pierre dans ses lettres. Cela est peut-être dû au fait que, à la différence des Évangiles et des Actes qui contiennent à la fois des discours et des récits, les épîtres sont uniquement de l’ordre du discours, de l’exhortation, de l’enseignement. Or, les miracles ne sont pas quelque chose qui s’enseigne, mais quelque chose qui se vit. Ils sont un message en actes qui doit nécessairement être accompagné d’un message en parole.

Les miracles comme signes

Cela nous amène à ma deuxième remarque concernant le rôle du miracle comme « signe ». Comme nous l’avons vu, le Nouveau Testament insiste sur le fait que le miracle n’est pas une fin en soi. Les faux-prophètes ou les démons aussi peuvent accomplir des actes extraordinaires. Ce qui fait la valeur du miracle chrétien, c’est son rôle de signe. Mais un signe vers quoi ?

Signes de l’origine divine de la Parole

Comme beaucoup de passages le soulignent, les miracles viennent attester l’origine divine de la prédication de Jésus ou des apôtres. Il y a ainsi, dans la Bible, un lien particulier entre la parole de Dieu et les miracles. On trouve cela déjà dans l’Ancien Testament : les signes et prodiges accompagnent la révélation de la Loi à l’époque de Moïse ; les miracles accompagnent aussi le ministère de certains prophètes comme Élie ou Élisée. Il en est de même dans le Nouveau Testament, les « signes et prodiges » accomplis par Jésus ou les apôtres viennent attester la Parole de Dieu. La Parole faite chair en Jésus-Christ. Et la Parole prêchée par les apôtres, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Comme le dit Hébreux 2.4, par les miracles, signes et prodiges, Dieu vient « sur-attester » le message du salut en Jésus-Christ.

Signes du Royaume de Dieu

Un autre aspect du miracle en tant que « signe » est qu’il signale le Royaume de Dieu. Ainsi, dans les Évangiles, la proclamation du Royaume de Dieu est accompagnée de miracles.

Pour bien comprendre la valeur du miracle en tant que « signe » du Royaume de Dieu, il faut avoir en tête que le Nouveau Testament présente le Royaume de Dieu à la fois comme une réalité présente et une réalité future. En Jésus-Christ, le Royaume de Dieu a été instauré. Toutefois, le Royaume du Christ n’est pas de ce monde, mais du monde à venir. Le Royaume est à la fois une réalité présente et une réalité future. Si nous plaçons notre foi en Jésus-Christ, nous sommes déjà citoyens du Royaume de Dieu. Toutefois, nous ne tirons pas encore tous les bénéfices liés à notre citoyenneté. Nous sommes sauvés, mais nous n’expérimentons pas encore l’ensemble des biens du salut.

Et c’est le cas en particulier de la santé parfaite ou l’absence de souffrance que nous n’expérimenterons que dans la nouvelle création. En cela, la guérison miraculeuse est comme un signe de cette dimension du salut qui nous attend. De même, nous ne vivons pas encore dans un monde où Satan n’a plus aucune influence. En cela, la délivrance miraculeuse est un signe de la victoire du Christ sur Satan qui se manifestera pleinement à la fin des temps. De la même manière, nous ne vivons pas encore dans un monde où la faim et la pauvreté n’existent pas. Ainsi, en multipliant les pains ou en transformant l’eau en vin, Jésus nous laisse entrevoir le banquet eschatologique, manifestation d’une nouvelle création marquée par l’abondance.

Ce n’est pas étonnant que ces signes accompagnent particulièrement l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. Les miracles sont des signes de la capacité de Dieu à accomplir le salut promis en Jésus-Christ.

Mais gardons bien en tête qu’il ne s’agit que de signes du Royaume qui vient. Il convient de ne pas confondre les temps : les miracles ne sont pas la normalité dans le monde présent (sinon ce ne seraient plus des « miracles »), ils sont un signe de ce qui sera la normalité dans le monde à venir.

Les miracles et la foi

Une autre question mérite d’être abordée : celle du rapport entre les miracles et la foi. En effet, dans les Évangiles, la question de la foi ou du manque de foi est souvent abordée en lien avec les miracles.

On peut diviser le sujet en deux sous-questions : 1) La foi est-elle nécessaire pour que Dieu accomplisse des miracles ? 2) Les miracles suscitent-ils la foi ?

La foi est-elle nécessaire pour que Dieu accomplisse des miracles ?

Certains textes des Évangiles semblent indiquer que s’il y a peu de miracles, c’est à cause de l’incrédulité. Lorsque Jésus se rend dans la ville où il a grandi, à Nazareth, il n’accomplit pas beaucoup de miracles. Matthieu 13.58 explique cela ainsi : « Il ne fit pas beaucoup de miracles ici, à cause de leur incrédulité » (cf. Mc 6.6). Dans un autre épisode, les disciples sont présentés comme incapables de guérir un enfant ayant un démon. Et lorsque les disciples demandent à Jésus pourquoi ils n’ont pas pu chasser le démon (Mt 17.14-21), celui-ci répond : « C’est à cause de votre petite foi (διὰ τὴν ὀλιγοπιστίαν ὑμῶν) » (Mt 17.20).

Il me semble que l’on ne peut pas écarter le caractère interpellant de ces affirmations de Jésus. Ces affirmations sont là pour nous faire réfléchir sur notre foi. Comme nous l’avons vu, les miracles sont un signe de la capacité de Dieu à accomplir son salut : il est un Dieu tout-puissant pour guérir, délivrer, restaurer et sauver. Le salut accompli en Jésus-Christ est bien plus grand que la guérison d’un aveugle ou la délivrance d’un démoniaque. Le fait que les disciples n’aient pas la foi pour un simple miracle, souligne la petitesse de leur foi.

D’un autre côté, il ne faudrait pas déduire de ces passages que Dieu ne peut faire des miracles que si nous l’en croyons capable. D’autres passages des Évangiles indiquent que Jésus a accompli des miracles parmi les incrédules. Ainsi, par exemple, Jésus reproche aux villes de Chorazin et Bethsaïda de ne pas s’être converties malgré les nombreux miracles qui ont été accomplis dans ces villes (Mt 11.20-24 // Lc 10.12-15). Comme l’indique Hébreu 2.4, Dieu accomplit des miracles « comme il le veut ». De même, en 1 Corinthiens 12, les miracles sont présentés comme des « dons de la grâce » (1 Co 12.4, 9-10) que le Dieu trinitaire « dispense » librement « comme il veut » (1 Co 12.11).

Les miracles suscitent-ils la foi ?

La deuxième question concerne non pas la foi nécessaire pour produire le miracle, mais la foi que pourrait produire le miracle. Est-ce que le miracle permet aux non-croyants de croire ? Est-ce que le miracle vient renforcer la foi des croyants ?

Là encore, les données sont contrastées. D’un côté, plusieurs passages indiquent que le miracle est utilisé par Dieu pour conduire à la foi en Jésus-Christ. Comme je l’ai déjà signalé, les miracles viennent attester le message du salut. Ils sont une sorte de preuve supplémentaire donnée par Dieu face à notre incrédulité. L’Évangile de Jean souligne particulièrement ce point : les « signes » opérés par Jésus l’ont été « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Jn 20.30-31). Certes, dans l’idéal, nous ne devrions pas avoir besoin de « signes » pour croire. Jésus s’énerve contre ceux qui lui demandent un « signe » (cf. Mt 12.38-39 // Lc 11.29). Mais, comme pour Thomas qui avait besoin de voir et de toucher Jésus pour croire, Dieu ne refuse pas de nous accorder ces preuves supplémentaires. Au contraire, les récits du Nouveau Testament en sont plein.

D’un autre côté, de nombreux passages rapportent l’incrédulité de beaucoup, malgré les miracles. Les villes de Chorazin et de Bethsaïda sont restées largement inconverties malgré les nombreux miracles. Certains Juifs accusent même Jésus de faire les miracles grâce au pouvoir de Satan (Mt 12.24-26). Cela montre que même les fabuleux miracles accomplis par Jésus ne conduisent pas forcément à la foi. Et pourtant Jésus fut le plus grand évangéliste, le meilleur prédicateur et le plus fabuleux des faiseurs de miracles que le monde n’ait jamais connu. Ainsi, même avec une accumulation incroyable de preuves, le cœur de l’homme peut rester fermé à la bonne nouvelle de l’Évangile.

2. Panorama néotestamentaire du miracle

Après avoir introduit le sujet (voir ici) et proposé une définition du « miracle » selon le Nouveau Testament (voir ici), cette deuxième partie propose de parcourir les textes du Nouveau Testament en rapport aux « miracles, signes et prodiges ».

Lorsque l’on regarde la place du miracle dans le Nouveau Testament, un constat s’impose : les Évangiles donnent une très large place au miraculeux. On trouve également divers récits de miracles dans les Actes. Toutefois, dans le reste du Nouveau Testament, la question des miracles est quasiment absente. Certes, les miracles, signes et prodiges sont mentionnés quelques fois dans les lettres de Paul et dans l’épître aux Hébreux, ou dans l’Apocalypse. Mais c’est toujours de manière très courte, en passant. Aucune péricope des lettres du Nouveau Testament n’est consacrée à la question des miracles.

Les miracles dans les Évangiles

Lorsque l’on évoque les miracles dans le Nouveau Testament, on pense tout de suite aux miracles de Jésus. En effet, la plupart des miracles dont nous parle le Nouveau Testament ont été accomplis par Jésus.

Jésus comme faiseur de miracles : un fait historique

C’est un point que même les historiens les plus sceptiques affirment : Jésus était connu par ses contemporains comme un faiseur de miracles. Aucune source antique ne conteste ce fait. L’historien juif Flavius Josèphe parle de Jésus comme d’un « faiseur d’œuvres prodigieuses (παραδόξων ἔργων ποιητής) » (Antiquités Juives 18.63). Les traditions juives anciennes que l’on trouve notamment dans le Talmud présentent Jésus comme un magicien qui aurait obtenu ses pouvoirs d’une manière frauduleuse et qui les utilisait pour conduire le peuple à l’idolâtrie (voir, par exemple b. Sanhédrin 43a ; 107b ; b. Sota 47a ; b. Shabbat 104b). Si ces textes juifs polémiques présentent Jésus comme un faux prophète, ils ne contestent pas sa capacité à accomplir des miracles. De son vivant ici-bas, Jésus était connu pour ses miracles.

La place des récits miracles dans les évangiles

Les évangiles que l’on trouve dans notre Bible sont généralement divisés en 2 grandes parties : le récit du ministère de Jésus et le récit de la semaine sainte. Au sein de la première partie qui rapporte le ministère de Jésus, on trouve deux principaux types de matériau : des discours ou paroles de Jésus et des récits de miracles accomplis par Jésus. En fait, si vous enleviez les récits de miracle de la première partie des évangiles, il ne resterait pratiquement que des discours de Jésus. Ainsi, le ministère de Jésus peut être résumé à ces deux points principaux : un ministère de prédication accompagné de signes, prodiges et miracles. Lorsque les disciples de Jean-Baptiste viennent trouver Jésus, c’est de cette manière que Jésus lui-même résume son ministère : « les aveugles recouvrent la vue, les paralytiques marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres » (Mt 11.5 = Lc 7.22).

Ce constat est commun aux quatre évangiles. Toutefois, si le Nouveau Testament contient quatre évangiles, ce n’est pas pour nous raconter quatre fois la même chose. Pour rédiger son évangile, chaque évangéliste a sélectionné certains éléments de la vie de Jésus et les a présentés d’une manière à mettre en lumière certains aspects importants de l’identité de Jésus. Il en est de même pour les récits de miracles. Si les quatre évangiles donnent une large place aux miracles dans le récit du ministère de Jésus, l’accent n’est pas le même selon l’évangile[1].

Matthieu

Dans l’Évangile de Matthieu, la prédication de Jésus est première par rapport aux miracles. Les miracles viennent illustrer les discours de Jésus.

Ainsi, par exemple, aux chapitres 5 à 7, le sermon sur la montagne constitue le premier grand discours de Jésus. Ce discours se termine sur l’affirmation que Jésus enseignait non pas comme un scribe mais comme quelqu’un « qui a autorité (ἐξουσία / exousia) » (Mt 7.29). Puis s’en suivent, aux chapitres 8 et 9 le récit de toute une série de miracles accomplis par Jésus qui ont pour but de souligner cette autorité de Jésus sur les démons, la maladie et même le péché (cf. Mt 9.6, 8). Les miracles viennent confirmer le message de Jésus.

Marc

Dans l’Évangile de Marc, l’ordre est différent : la priorité est d’abord donnée au miracle. Un des aspects particuliers de l’Évangile de Marc est de pousser le lecteur à réfléchir sur l’identité de Jésus. L’Évangile peut se lire un peu comme une enquête policière qui invite à se poser la question : « mais qui est donc ce Jésus ? ». Ainsi, l’Évangile de Marc laisse planer un certain mystère. Jésus est comme un agent secret qui invite certains à garder le silence au sujet de sa véritable identité.

Au sein de cette enquête autour de l’identité de Jésus, il n’est pas anodin que Jésus soit présenté d’abord comme un faiseur de miracles. En effet, comme je l’ai indiqué plus haut, lorsque Marc rédige son Évangile, Jésus est avant tout connu par les non-chrétiens comme un guérisseur ou faiseur de miracles. C’est à cause de cela que les foules viennent consulter Jésus jusque tard dans la nuit, comme le souligne déjà le chapitre 1 (Mc 1.32-34). Mais ce que souligne aussi l’Évangile de Marc, c’est que ce pouvoir de Jésus interroge les foules : « qu’est-ce que cela ? d’où lui vient une telle autorité » (cf. Mc 1.27), « qui est cet homme ? » (cf. Mc 2.7). Cette présentation du ministère de Jésus invite ainsi le lecteur à s’interroger : « Jésus n’est-il pas plus qu’un faiseur de miracles ? ». « N’est-il pas le fils de Dieu » comme le déclarent les démons ? (Mc 3.11 ; 5.7 ; cf. 1.24).

Luc

Dans l’Évangile de Luc, le miracle ne précède pas le message comme chez Marc, il ne le suit pas non plus comme chez Matthieu. Chez Luc, les miracles accompagnent le message. Le ministère de Jésus est un ministère en parole et en actes.

Cet aspect est mis en avant par le discours inaugural de Jésus que l’on trouve en Luc 4. Dans ce discours dans la synagogue de Nazareth, Jésus lit Ésaïe 61 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi car il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres, il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la libération, aux aveugles le recouvrement de la vue… » (Lc 4.18). Et Jésus conclut sa lecture en déclarant : « aujourd’hui cette écriture est accomplie » (Lc 4.21). Ainsi, l’œuvre de Luc met l’accent sur le fait que Jésus est l’oint prophétique dans la lignée de Moïse, Élie ou Élisée. Comme chez ces illustres prophètes, la prédication de Jésus s’accompagne de signes et prodiges.

Ces signes et prodiges viennent attester la vocation particulière de Jésus et l’origine divine de son message.

Jean

L’Évangile de Jean est celui qui rapporte le plus petit nombre de miracles de Jésus. Toutefois, si Jean ne présente que quelques miracles de Jésus (Jn 2.1–12 ; 4.46–54 ; 5.1–18 ; 6.1–15, 16–21; 9.1–7; 11.1–57; 21.4–14), il leur accorde une place fondamentale dans la première partie de l’Évangile. Ainsi, les chapitres 2 à 11 de l’Évangile sont construits autour de 7 récits de miracles bien choisis. Jean commence par rapporter un miracle, puis il nous présente les réactions que suscitent ce miracle.

Il faut noter aussi une différence dans le langage. Alors que dans les trois autres évangiles, c’est surtout le mot δύναμις / dunamis (acte de puissance) qui sert à désigner les miracles, chez Jean, les miracles sont toujours désignés par le mot « signe (σημεῖον / sèméion) ». Ce choix de langage n’est pas du tout anodin.

Les 7 « signes » que Jean rapporte aux chapitres 2 à 11 sont là pour révéler l’identité de Jésus. Et en découvrant cette identité, le lecteur est invité à croire en Jésus. C’est ce que Jean déclare à la fin de son Évangile : « Jésus a réalisé de nombreux autres signes devant les disciples, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Ceux-ci ont été écrit afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le fils de Dieu, et que, en croyant, vous ayez la vie en son nom » (Jn 20.30-31).

Ainsi, les miracles ne sont pas une fin en soi, mais un moyen de « signaler » l’identité de Jésus, Fils de Dieu. L’objectif étant de susciter la foi en celui qui seul peut nous procurer la vie, la vraie, la vie éternelle.

Les miracles dans les Actes

Le livre des Actes constitue la deuxième partie de l’œuvre de Luc : il est donc intéressant de le lire dans le prolongement de l’Évangile de Luc. En effet, dans sa manière de décrire les débuts de l’Église, Luc montre comment le ministère des premiers chrétiens fait écho au ministère de Jésus. Ainsi, si l’Évangile de Luc présente le ministère de Jésus comme un ministère en paroles et en actes, il en est de même pour le ministère des apôtres.

Les miracles et la venue du Saint-Esprit

La manière dont débute le livre des Actes est significative à ce sujet. Dans l’Évangile de Luc, le ministère de Jésus est inauguré par la venue de l’Esprit lors de son baptême. Cette venue de l’Esprit est ensuite expliquée grâce à la citation d’Ésaïe 61 dont Jésus dit « aujourd’hui cela s’est accompli ».  Le livre des Actes commence d’une manière similaire.

En Actes 2, le Saint-Esprit vient sur les disciples lors de la Pentecôte. Puis Pierre prend la parole en expliquant que ce qui se passe ici est la réalisation de la promesse de Joël 3. On retient généralement la première partie de cette citation concernant la généralisation de la prophétie : « dans les derniers temps, dit Dieu, je répandrai de mon Esprit sur toute chair, vos fils et vos filles prophétiseront, vos jeunes gens verront des visions et vos vieillards rêveront des rêves… » (Ac 2.17). Ce qui est intéressant, c’est que Pierre continue la citation et mentionne les « prodiges et signes » qui accompagnent cette venue de l’Esprit selon le texte de Joël (Ac 2.19). Et, juste après avoir fini de citer ce texte, Pierre fait le lien entre les « prodiges » annoncés par Joël et le ministère de Jésus : « Jésus le Nazaréen » est présenté comme « un homme accrédité par Dieu à travers les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a accomplis par lui au milieu de vous » (Ac 2.22). Enfin, le chapitre 2 des Actes se termine par ce sommaire bien connu : « Ils étaient assidus à l’enseignement des apôtres, à la communion fraternelle, au partage du pain et aux prières. 43La crainte s’emparait de chacun, et beaucoup de prodiges et de signes se produisaient par l’entremise des apôtres. » (Ac 2.42-43).

Le livre des Actes montre clairement que l’Esprit qui était sur Jésus a maintenant été déversé sur les disciples de Jésus. Comme l’avait annoncé Jésus avant son ascension, en Actes 1.8, cet Esprit est une « puissance (δύναμις / dunamis) » pour le témoignage. Cette « puissance » se manifeste à travers des paroles inspirées accompagnées d’« actes de puissance », des miracles.

Des disciples à la suite de leur maître

Cette association entre une prédication inspirée et les miracles est exprimée par exemple en Actes 4. Le Sanhédrin a interdit aux disciples de continuer à prêcher l’Évangile (Ac 4.18). Ceux-ci se réunissent alors pour prier et que demandent-ils à Dieu ? « Donne à tes serviteurs de dire ta parole avec une totale franchise. Étends ta main, qu’il se produise des guérisons, des signes et des prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus ». (Ac 4.29-30). Une fois cette prière terminée, le texte nous dit qu’ils « furent tous remplis du Saint-Esprit » et qu’ils « disaient la parole de Dieu avec franchise » (Ac 4.31).

Ainsi, les disciples du Christ sont situés dans la lignée de leur maître : ils prêchent la bonne nouvelle de l’Évangile et leur prédication est accompagnée de signes et prodiges. Cette continuité est soulignée également par les textes d’envoi dans les Évangiles. Lorsque Jésus envoie ses disciples en mission, il leur ordonne d’aller proclamer la venue du Royaume de Dieu et de guérir les malades et de chasser les démons (Mt 10.1-14 ; Mc 6.7-13 ; Lc 9.1-6). Cela vaut pour les douze, mais aussi pour les soixante-douze dont Luc 10 nous rapporte l’envoi en mission (cf. Lc 10.8-9, 17-20).

Certains ajoutent les derniers versets de l’Évangile de Marc qui mentionnent les « signes qui accompagneront ceux qui auront cru » (Mc 16.17-18). Néanmoins, ce passage est absent des manuscrits les plus anciens. Au vu de nos connaissances actuelles, il parait très probable que l’envoi situé à la fin de Marc ne figurait pas dans le texte original de l’Évangile. Ce récit a probablement été ajouté plus tard. Comme ce qui fait autorité pour nous, c’est le texte original de la Bible, on ne peut donc pas se fonder sur ce passage.

Quoi qu’il en soit, même si l’on ne retient pas ce passage de Marc, cela ne change rien à notre constat : les Évangiles et les Actes présentent clairement les disciples dans la continuité de Jésus. Leur prédication s’accompagne de miracles, signes et prodiges. Il y a toutefois une différence : les miracles de Jésus sont accomplis en son nom propre et attirent l’attention sur sa propre personne ; les miracles des disciples sont accomplis non pas en leur nom propre, mais au nom de Jésus et sont là pour attirer l’attention vers Dieu.

Ainsi, lorsque Simon le magicien souhaite acheter le « pouvoir » des disciples, Pierre le reprend sévèrement (Ac 8.18-24). De même, lorsqu’à Lystres, les miracles accomplis par Paul et Barnabas poussent les gens à les adorer comme des dieux, ils réagissent vivement en invitant à tourner les regards vers le seul vrai Dieu plutôt que vers eux (Ac 14.8-18).

Les miracles dans les épîtres

Comme je l’ai indiqué plus haut, les lettres du Nouveau Testament parlent très peu de la question des miracles.

Les épîtres de Paul

Dans trois passages, l’apôtre Paul fait allusion aux miracles qui ont accompagné sa prédication. Ainsi, par exemple, en Romains 15, il déclare : « Car je n’oserais rien mentionner que le Christ n’ait accompli par moi pour amener les non-Juifs à l’obéissance : en parole et en œuvre, par la puissance de signes et de prodiges, par la puissance de l’Esprit de Dieu. Ainsi, depuis Jérusalem et en rayonnant jusqu’en Illyrie, j’ai annoncé partout la bonne nouvelle du Christ. » (Rm 15.18-19 NBS ; voir aussi 2 Co 12.12 ; Ga 3.5).

Il convient aussi de mentionner 1 Corinthiens 12, où Paul évoque les « miracles » et la guérison parmi les manifestations du Saint-Esprit qui sont données par Dieu aux « uns » et aux « autres » (1 Co 12.10, 28-29). Ce texte montre que, pour Paul, les miracles font partie de la vie ordinaire de l’Église.

Enfin, 2 Thessaloniciens 2.9 évoque les « faux signes et prodiges » d’origine satanique qui seront accomplis par « l’Impie ».

Hébreux 2.4

Dans les autres lettres du Nouveau Testament, la seule mention de miracles se trouve en Hébreux 2.4. Le verset précédent indique que le message du salut a été attesté par Christ puis par ceux qui l’ont connu lors de son ministère terrestre (Hb 2.3). Le verset 4 indique que Dieu « appuie ce témoignage [ou sur-atteste] par les signes, les prodiges, par divers miracles et par la répartition du Saint-Esprit selon ce que Dieu veut » (Hb 2.4).

En grec, le verbe que j’ai traduit par « appuyer le témoignage » est un participe présent. Les interprètes discutent pour savoir si le texte se réfère aux miracles accomplis par les apôtres du passé, ou s’il se réfère aux miracles qui se produisent encore à l’époque où a été écrite l’épître aux Hébreux.

Quoi qu’il en soit, on notera quelques éléments intéressants :

  • Les miracles sont encore associés au don du Saint-Esprit, comme dans les Actes et comme chez Paul.
  • De plus, ils ont pour but d’attester le message du salut en Jésus-Christ.
  • Enfin, ils sont accomplis « selon ce que Dieu veut » et non selon le bon vouloir des êtres humains.

Les signes et prodiges dans l’Apocalypse

Il convient de dire quelques mots des « signes et prodiges » mentionnés par l’Apocalypse. Les chapitres 11 à 20 racontent l’opposition entre deux peuples : le peuple de Dieu, placé sous le règne de l’agneau et le peuple de Satan, placé sous le règne de la bête. Au sein de ces deux peuples, on trouve des prophètes. D’un côté, le chapitre 11 nous présente les témoins-prophètes du Christ. Ces deux prophètes qui, selon l’avis des meilleurs commentateurs, représentent le témoignage de l’Église, sont présentés comme ayant des « pouvoirs » : comme Moïse, ils peuvent changer l’eau en sang et envoyer des « plaies » sur la terre ; comme Élie, ils peuvent fermer le ciel pour qu’il ne pleuve plus. Comme souvent dans l’Apocalypse, il ne faut pas prendre ces éléments au sens propre : l’idée est de souligner que le témoignage prophétique de l’Église, accompagné de signes prodigieux, se situe dans la lignée des prophètes du passé. Néanmoins, il est intéressant de voir que les miracles ici sont des miracles qui signalent le jugement de Dieu.

L’autre camp a aussi son prophète ou plutôt son « faux prophète ». Ce faux prophète est présenté comme produisant des « signes » miraculeux afin de séduire les habitants de la terre et de les pousser à adorer la bête satanique (Ap 13.13-14 ; 16.14 ; 19.20).

Ainsi, comme le soulignent bien d’autres passages du Nouveau Testament, les démons aussi sont capables de faire des choses extraordinaires. Jésus met ainsi en garde contre ceux qui pourraient accomplir de nombreux miracles en son nom mais qu’il ne connait pas (Mt 7.22-23).

Comment donc discerner les vrais et faux miracles ? De tous ces textes ressort un critère assez clair : les vrais miracles orientent les regards vers le seul vrai Dieu, manifesté en Jésus-Christ ; les faux miracles conduisent à l’idolâtrie, c’est-à-dire vers tout ce qui pourrait prendre la place du seul vrai Dieu.

[1] Sur ce point, je me suis surtout inspiré de Graham H. Twelftree, « Miracles and Miracle Stories », in Joel B. Green et al. (dirs.), Dictionary of Jesus and the Gospels, Downers Grove, IVP, 2013 (2e éd. rév., 1ère éd. : 1992), p. 594‑604.

1. Définir le miracle

Après avoir introduit le sujet de la série dans le précédent post, il convient de définir ce que l’on appelle « miracle ». En effet, le vocabulaire du miraculeux peut être employé de manière assez diverse selon les contextes ou les individus.

Différents usages du mot dans le langage courant

D’un côté, le mot « miracle » peut être utilisé de manière très large. Ainsi, lorsque, lors de la Coupe d’Afrique des Nations 2019, l’équipe de Madagascar a atteint de façon inattendue les quarts de finale, les média ont parlé d’un parcours « miraculeux ». D’autres parlent du « miracle de la vie » en contemplant, émerveillé, un bébé qui vient de naître.

D’un autre côté, on a parfois donné une définition du miraculeux extrêmement restreinte.

Ainsi, par exemple, on présente souvent le miracle comme un phénomène « surnaturel ». L’idée de « sur-naturel » est problématique car cela sous-entend que ce phénomène se produit « par-delà » la nature. Compris ainsi, le miracle serait un phénomène qui dépasse les lois de la nature ou qui viole les lois de la nature. Certains philosophes athées ont d’ailleurs utilisé cette définition du miracle pour démontrer que Dieu ne pouvait pas exister. Puisque Dieu est censé être un Dieu d’ordre créateur des lois de la nature, s’il fait des miracles, il en vient à se contredire lui-même.

On le voit bien, l’idée de « surnaturel » est problématique. Il me semble, en fait, qu’elle ne correspond pas à la manière dont la pensée biblique conçoit le miracle. En effet, selon la Bible, il n’existe qu’une seule chose, qu’un seul être, qui soit au-dessus de la nature, au-delà du monde créé : c’est Dieu lui-même. Dieu est le seul être « surnaturel » qui n’ait pas été créé. Par conséquent, le miracle produit par Dieu correspond à l’intervention d’un être surnaturel dans la nature. Cette intervention ne vient pas briser les lois de la nature, puisque c’est Dieu lui-même qui les définit et les met en place.

Le vocabulaire du Nouveau Testament

Afin de proposer une définition du miracle qui correspond mieux aux données bibliques, il me semble intéressant de s’arrêter sur les mots utilisés par le Nouveau Testament pour désigner le miracle.

Dans le Nouveau Testament, il n’y a pas un mot particulier qui correspondrait au concept de « miracle » en français. Dans la traduction populaire protestante française, la Louis Segond, le traducteur a traduit par « miracle » trois mots grecs différents dans le texte original.

  • Le premier mot est le mot σημεον / sémèiôn que l’on peut traduire par « signe ». Derrière ce mot, on a l’idée d’un acte visible qui pointe vers une autre réalité, souvent invisible. Un peu comme un panneau indicateur qui signale la direction d’une ville que l’on ne voit pas encore. Le miracle est un signe qui pointe vers Dieu, son salut ou son jugement.
  • Le deuxième mot est τέρας/ téras que l’on pourrait traduire littéralement par « prodige » ou « merveille ». L’idée derrière ce mot est celle d’un acte surprenant et extraordinaire qui provoque l’étonnement. Un peu comme lors d’un feu d’artifice lorsque la foule fait « ooh », « wouahou »…
    • Dans le Nouveau Testament, ce mot n’apparait jamais seul : il est toujours associé au mot σημεῖον / sémèiôn pour former le couple « signes et prodiges ». Dans l’Ancien Testament, l’expression « signes et prodiges » est presque toujours associée aux miracles liés à la sortie d’Egypte. En reprenant cette expression pour se référer aux « signes et prodiges » accomplis par Jésus et les apôtres, les auteurs du Nouveau Testament font donc probablement un lien avec le récit de l’Exode.
  • Enfin, le troisième mot, est le mot δύναμις / dunamis qui est toujours au pluriel dans le Nouveau Testament lorsqu’il se réfère aux miracles. On pourrait traduire ce terme par « acte de puissance ». L’idée est celle d’un acte qui témoigne d’un pouvoir ou d’une puissance particulière. Dans la Bible, le miracle témoigne de la puissance de Dieu.

Vers une définition néotestamentaire du miracle

Le vocabulaire du Nouveau Testament permet ainsi d’orienter notre compréhension du miracle. Le miracle est à la fois un signe, un acte extraordinaire et un acte qui évoque la puissance de Dieu. A partir de ces quelques considérations, je vous propose la définition suivante :

Selon le Nouveau Testament, le miracle est un acte extraordinaire qui signale la puissance de Dieu.

La notion d’« extraordinaire » me semble préférable à celle de « surnaturelle ». On évite ainsi le langage de la « nature » et les débats en rapport aux « lois naturelles ». Un tel langage est étranger au vocabulaire biblique du miracle. L’idée est plutôt celle d’un acte qui sort de l’ordinaire, c’est-à-dire qui se produit d’une manière différente dont les choses se déroulent habituellement : on ne voit pas habituellement un aveugle de naissance recouvrir la vue en un instant, ou un mort revenir à la vie.

Signes, prodiges et miracles dans le Nouveau Testament

Cette série est l’adaptation d’une conférence donnée lors de la cérémonie de clôture de l’Institut Supérieur de Théologie Évangélique (Antananarivo – Madagascar), le 13 juillet 2019.

Introduction

Depuis plus d’un siècle, les mouvements issus du Pentecôtisme ou du renouveau charismatique associent fréquemment les miracles, signes et prodiges à l’évangélisation. Ces dernières décennies, certaines nouvelles églises, que l’on peut parfois classer parmi les néo-pentecôtistes, ont donné une place encore plus centrale au miracle ou au surnaturel, ce qui n’a pas manqué d’interroger.

S’il s’agit là d’un phénomène mondial, il est intéressant de signaler un point spécifique à Madagascar qui a suscité l’intérêt de divers chercheurs et spécialistes de l’histoire de l’Eglise. À Madagascar, au sein des Eglises protestantes luthéro-réformées, on n’a pas attendu la naissance du Pentecôtisme pour mettre en avant la guérison miraculeuse. Il y a déjà 125 ans que les mouvements de réveil (fifohazana) sont apparus sur la grande île. Or, ces mouvements – souvent intégrés aux grandes églises réformées-presbytériennes (FJKM) ou luthériennes (FLM) – donnent une belle place à la guérison ou la délivrance miraculeuse à travers notamment le ministère des bergers (mpiandry)[1].

Ainsi, la question du miracle a une place particulière dans l’histoire du christianisme malgache.  Ce qui ne veut pas dire que tous les chrétiens malgaches sont ouverts d’office au miraculeux. Au sein des églises protestantes dites historiques, les mouvements de réveil ont suscité de nombreux débats et conflits. Et cela n’est pas propre au christianisme malgache. Au niveau mondial, les chrétiens ont débattu de cette question depuis au moins la fin du 2e siècle, peut-être même avant.

Que faut-il penser au sujet des miracles ? Les signes, prodiges et miracles ont-ils leur place au sein de la vie de l’Eglise ? Ou, au contraire, doit-on penser que les miracles ne sont plus d’actualité ? Faut-il les rechercher ? Ou faut-il les fuir ?

On pourrait répondre à ce genre de questions en invoquant la culture. Certains diront que la guérison miraculeuse est le domaine des sorciers ou des rebouteux aux pratiques occultes, il vaut donc mieux la fuir. D’autres au contraire souligneront la manière dont la guérison miraculeuse est un signe dans l’annonce de l’Evangile auquel nos contemporains sont particulièrement réceptifs, et que donc, il est bien de la mettre en avant.

On pourrait aussi invoquer les exemples de l’histoire. Certains mettent en avant les très nombreux exemples de faux miracles ou de dérives liées à la mise en avant des miracles. D’autres vont au contraire souligner tous ces témoignages de guérison qui ont servi la cause de l’Evangile.

On pourrait aussi se lancer dans des jugements gratuits et utiliser la moquerie pour discréditer les uns ou les autres. Une méthode utilisée par certains grands orateurs pour convaincre sans le moindre argument.

En tant que chrétiens, notre norme n’est ni l’histoire, ni la culture, mais la Parole de Dieu. C’est donc vers l’Écriture que nous allons nous tourner.

Pour cela, cette série est divisée en 4 grandes parties :

  1. J’aborde d’abord quelques questions de terminologie et de définitions.
  2. Je propose ensuite un survol des textes du Nouveau Testament sur la question afin d’avoir un panorama d’ensemble.
  3. Puis j’indique quelques points de synthèse sur la manière dont le Nouveau Testament considère le sens et le rôle miracles (et son lien avec la foi).
  4. Enfin, je termine par proposer quelques pistes de réflexions bibliques en lien avec la pratique contemporaine : je traite d’abord la question de l’actualité des miracles (le cessationisme), puis je termine avec quelques réflexions en vue d’une pratique conforme à ‘l’équilibre biblique » sur le sujet.

[1] En français, on peut se référer à l’étude de référence de Seth Andriamanalina RASOLONDRAIBE, Le ministère de « berger » dans les Églises protestantes de Madagascar, Fifohazana et Réforme dans le protestantisme, Langham, 2014.

La diversité des ministères : réflexions à partir d’Éphésiens 4

Dans un article publié dans la dernier numéro des Cahiers de l’École Pastorale, j’aborde la question de la diversité des ministères à partir d’Éphésiens 4.

La mention des « apôtres, prophètes, évangélistes, pasteurs et enseignants » en Éphésiens 4.11 est parfois utilisée pour organiser la vie de l’Église autour de ces « cinq ministères ». Cela a certes le mérite de questionner la tradition protestante qui s’est généralement focalisée autour du seul ministère de direction de l’Église locale, qu’il soit nommé pasteur ou ancien. Dans cet article, je montre néanmoins qu’il n’est pas forcément judicieux de se focaliser sur ces « 5 ministères » : cette liste ne se trouve que dans un seul verset du Nouveau Testament, et d’autres ministères sont mentionnés dans d’autres passages. Par contre, j’encourage à retenir « l’esprit » de ce texte : celui-ci nous interpelle sur la nécessité de prendre en compte de la diversité des ministères, une diversité voulue par Dieu. J’invite aussi à réfléchir sur la question des ministères « supra-locaux » (qui dépassent le cadre d’une église locale).

L’article est accessible (gratuitement) en ligne sur le site de l’éditeur de la revue (voir ici).

Des chiffres et des lettres : la Bible est-elle miraculeusement codée ?

Peut-être avez-vous déjà entendu dire que le texte de la Bible est miraculeusement « codé ». Pour certains, le code est chiffré : le texte inspiré aurait une structure numérique remarquable, trop parfaite pour avoir été conçue par un cerveau humain. Pour d’autres, ce sont les lettres du texte biblique qui forment un « code secret ». Une fois décodé, on découvrirait que le texte prédit à l’avance un bon nombre d’événements historiques.

Que penser de ces affirmations ? Le texte de la Bible est-il réellement « codé » ? Cela constitue-t-il la « preuve » de l’inspiration de l’Écriture ?

Les codes de la Bible

L’idée que la Bible contiendrait une forme de « code » n’a rien de nouveau. À la fin du IIe siècle, Irénée de Lyon décrit et critique la manière dont un certain « Marc le magicien » compte les lettres et syllabes des mots du texte biblique pour défendre sa théorie gnostique (voir Contre les hérésies I.14-16 ; II.24). Quatorze siècles plus tard, le Réformateur Luther s’en prend violemment à la Kabbale juive qui utilise la valeur numérique des lettres hébraïques pour découvrir un sens caché du texte biblique (voir Du Shem ha-meforash et de la généalogie du Christ, WA 53, p. 594-600).

À notre époque, on trouve principalement deux types de démonstrations en faveur d’un texte « codé ».

Ivan Panin et la structure numérique du texte biblique

Au tournant du XXe siècle, Ivan Panin consacre beaucoup de temps et d’énergie à étudier la « structure numérique » du texte biblique. Ce chercheur d’origine russe compte le nombre de mots et de lettres des textes en hébreu et en grec. Comme, dans les alphabets hébreux et grecs, les lettres correspondent aussi à des chiffres (on ne compte pas encore avec des chiffres « arabes »), il s’intéresse également aux valeurs numériques des mots. À partir de calculs complexes, il montre la récurrence impressionnante du chiffre 7 tout au long du texte biblique. Il en déduit que cette « structure numérique » est trop complexe pour avoir été conçue par un être humain. D’où la preuve de l’inspiration divine du texte biblique (pour une présentation plus détailleé en français, voir notamment ici).

Le code secret de la Bible découvert grâce à l’informatique

Dans les années 1990, des Israéliens publient un article dans une revue scientifique (Statistical Science) démontrant l’existence d’un texte codé en arrière-plan du livre de la Genèse. Par un traitement informatique du texte du premier livre de la Bible hébraïque, ils observent des « séquences de lettres équidistantes » (ELS en anglais) formant des mots et des expressions ayant du sens (pour une illustration, voir l’image en haut de l’article). Ils trouvent par cette méthode le nom de 34 rabbins célèbres (ayant vécu bien après la rédaction du texte biblique) ainsi que leurs dates de naissance et de mort. Ils concluent que, d’un point de vue statistique, cela ne peut pas être dû au hasard (l’article original est accessible ici).

Une version plus populaire de ce type de « décodage » a été réalisée par le journaliste Michael Drosnin dans son ouvrage La Bible : Le code secret. Celui-ci trouve dans le texte biblique « décodé » la prédiction de l’assassinat de Yitzhak Rabin, ainsi que de nombreux autres événements historiques.

Que penser de ces théories ?

 Il est tout à fait possible que les auteurs bibliques aient, par endroit, joué avec la valeur numérique des mots. C’était, en effet, une pratique courante dans l’antiquité, appelée « gématrie » . L’exemple biblique le plus célèbre est celui d’Apocalypse 13.18 qui indique que le nom de la « bête » diabolique correspond au chiffre 666. En Matthieu 1, la disposition de la généalogie de Jésus par groupe de « quatorze générations » (cf. Mt 1.17) a peut-être un lien avec la valeur numérique du nom David en hébreu (= quatorze).

Il était aussi d’usage dans l’antiquité de compter les mots. Certains auteurs peuvent ainsi répéter certains mots-clés un certain nombre de fois. En Genèse 1, plusieurs mots importants sont répétés 7 fois, ce qui est probablement voulu (la création étant décrite comme se déroulant sur « 7 jours »). 

Néanmoins, ces exemples n’ont rien de « miraculeux »: il s’agit de procédés couramment employés par les auteurs de l’antiquité, qu’ils soient Juifs ou païens. Les théories présentées ci-dessus vont bien au-delà d’une analyse de ces procédés  : elles prétendent mettre en lumière un code particulièrement complexe en arrière-plan du texte. Ce code ne peut être découvert que par des recherches pointues. De mon point de vue l’utilisation de ces théories pour défendre l’inspiration divine de la Bible pose plusieurs difficultés.

Les difficultés d’ordre scientifique

Les thèses d’Ivan Panin et des scientifiques israéliens ont été largement analysées et critiquées. Les articles en anglais à ce sujet sont particulièrement nombreux : on en trouve un certain nombre à partir de cette page et de celle-ci ; voir aussi ce document. En français, on peut lire un résumé de ces critiques (plus détaillé que le mien) sur cette page.

Le problème du choix du texte de base

Une des difficultés souvent soulignée est celle du texte utilisé pour « décoder » la Bible. Nous ne disposons pas des « manuscrits originaux » rédigés par les auteurs des textes bibliques. Nous n’en avons que des copies de copies de copies. Or, d’une copie à l’autre, on découvre des différences : un mot présent dans un manuscrit est absent d’un autre ; un mot est tantôt orthographié d’une certaine manière, tantôt d’une autre ; etc. En comparant les manuscrits, les spécialistes arrivent globalement à reconstituer le texte original le plus probable. Mais des doutes demeurent sur bien des détails et les reconstructions diffèrent d’un spécialiste à l’autre. On peut donc s’interroger sur le texte choisi par les défenseurs des « codes bibliques ». Une variation d’un mot ou même d’une lettre peut en effet mettre à mal leur démonstration. (Pour un exemple en lien avec le travail d’Ivan Panin, voir ci-dessous en « annexe ».)

Des messages codés se cachent… dans n’importe quel texte de n’importe quelle langue

Certains défenseurs de ces codes objectent que les « codes » fonctionnent quelles que soient les variantes retenues. Et ils ont probablement raison, puisqu’il semble que l’on peut trouver de tels codes dans n’importe quel texte de n’importe quelle langue !

Ainsi, certains ont créé un programme informatique permettant de retrouver la structure numérique de Panin dans n’importe quel texte anglais (voir ici). Des chercheurs ont montré que la liste des 34 rabbins pouvait être également découverte dans la version hébraïque de Guerre et paix (voir cet article publié dans Statistical Science). D’autres ont montré que le « décodage » de Moby Dick pouvait aussi permettre de découvrir la « prédiction » de nombreux événements historiques (voir ici).

Un argument apologétique à double tranchant

Les défenseurs des « codes » de la Bible ne se satisferont certainement pas de ce bref résumé. De plus, ils ont probablement déjà réfléchi à des arguments pour répondre à leurs détracteurs. Néanmoins, on peut se demander s’il est pertinent de continuer à utiliser ces codes de manière apologétique lorsque bien des spécialistes y apportent de sévères critiques. En effet, si quelqu’un comme moi qui croit en l’inspiration et la perfection de l’Écriture a de sérieux doutes sur la méthodologie scientifique employée par les partisans des codes, je peux supposer que de tels doutes seront partagés par bien des non-croyants. Un tel argument apologétique risque même de produire l’effet inverse de celui souhaité et discréditer la valeur du texte biblique : « ne trouve-t-on pas les mêmes codes dans Moby Dick ? » répondra le sceptique.

D’autant plus que cet argument n’est pas propre à l’apologétique chrétienne. Certains musulmans utilisent les mêmes méthodes pour « démontrer » l’inspiration du Coran (tapez « miracles mathématiques dans le Coran » dans votre moteur de recherche). Les individus qui ont écrit l’article sur les « séquences de lettres équidistantes » dans la Genèse sont des Juifs orthodoxes. On peut s’interroger sur le fait qu’ils aient trouvé dans le texte non pas l’annonce de Jésus-Christ, mais une liste de 34 rabbins. En effet, selon le judaïsme rabbinique, la Parole de Dieu nous est transmise par deux moyens : la « Torah écrite » (= notre Ancien Testament) et la « Torah orale » transmise de génération en génération par les rabbins depuis l’époque de Moïse. La présence d’une liste de rabbins codée dans le texte de « Torah écrite » n’est-elle pas la preuve de l’inspiration de la tradition rabbinique ? Or, faut-il le rappeler, cette tradition considère généralement Jésus comme un imposteur. 

Les codes secrets et la clarté de l’Écriture

Sur le plan théologique, on peut s’interroger sur le rôle potentiellement néfaste de ces théories quant à la doctrine de la « clarté » de l’Écriture. En effet, ces théories s’attachent à trouver un sens « caché » ou une forme de « code secret » derrière le texte biblique.

Puisque l’histoire semble souvent se répéter, il peut être utile de rappeler ce qu’Irénée de Lyon a écrit il y a plus de 1800 ans. Face aux « hérétiques » gnostiques qui font appel à un sens caché de l’Écriture, Irénée écrit ceci :

« On ne doit pas […] se livrer à une recherche sur Dieu à partir de nombres, de syllabes ou de lettres : ce serait peine perdue, vu leur grande variété et diversité et étant donné que n’importe quel système inventé même encore aujourd’hui par le premier venu pourrait se prévaloir de témoignages abusivement tirés des nombres, ceux-ci pouvant être sollicités dans des directions multiples. »

Contre les hérésies II.25.1. (Traduction d’Adelin Rousseau et Louis Doutreleau dans Irénée de Lyon : Contre les hérésies, Livre II, Tome II : Texte et traduction (SC n° 294), Paris : Cerf, 1982, p. 251)

Irénée encourage ensuite à ne pas se lancer dans de telles recherches aberrantes mais plutôt à se tourner

« vers les choses que Dieu a mises à la portée des hommes […] Ces choses, ce sont, pour une part, celles qui tombent sous notre regard et, pour une autre part, tout ce qui est contenu clairement et sans ambiguïté, en propres termes, dans les Écritures. »

Contre les hérésies II. 27.1 (Traduction tirée d’Ibid. p. 265).

 Ce qu’Irénée souligne dans ce passage est une doctrine que les Réformateurs remettront « en lumière » bien des siècles plus tard : la « clarté » de l’Écriture. La Bible contient des enseignements clairs concernant les points essentiels de la foi et du salut. Ce n’est pas un texte ésotérique. Dieu ne parle pas en code secret. Il est un Dieu qui s’incarne pour venir nous parler. Certes, Dieu a parlé dans des langues (le grec et l’hébreu) et une culture qui ne sont pas les nôtres : l’apprentissage de ces langues et la connaissance de ces cultures peuvent nous aider à comprendre la Bible. Toutefois, le travail des spécialistes de la Bible devrait consister à clarifier le sens de la Bible pour leurs contemporains et non pas à développer des théories compliquées sur un « sens caché » des Écritures. C’est ce qu’ont fait les Réformateurs : Calvin ou Luther étaient des savants qui maitrisaient bien le grec et l’hébreu, mais ils ont utilisé ces connaissances pour traduire la Bible dans la langue du peuple et simplifier l’accès à la Bible.

La preuve de l’inspiration de l’Écriture est qu’elle nous révèle Jésus-Christ

 Présenter la Bible comme une sorte de « texte magique » n’est pas la meilleure manière de défendre l’inspiration de l’Écriture (Hank Hanegraaff parle de « magic apologetics »).

Lorsque les auteurs du Nouveau Testament citent l’Ancien Testament, c’est généralement pour montrer comment l’Écriture annonce et révèle Jésus-Christ, mort et ressuscité. Paul invite à éviter « les querelles de mots » ou les « débats absurdes ». Cette exhortation se retrouve dans chacune des trois épîtres pastorales (1 Tim 6.3-5 ; 2 Tim 2.14 ; Tt 3.9). Dans ces trois cas, l’exhortation est mise en rapport avec ce qui doit être au cœur de l’enseignement de Timothée et de Tite : la présentation de la personne et de l’œuvre de Jésus-Christ (1 Tim 6.13-16 ; 2 Tim 2.8-13 ; Tt 3.3-8). C’est dans le cadre de cette discussion que Paul peut dire que « toute Écriture est inspirée de Dieu » (2 Tm 3.16).

Ce qui démontre avant tout l’inspiration de l’Écriture, ce n’est pas un code mathématique, mais le fait qu’elle ait pour centre la révélation de Jésus-Christ, Parole de Dieu faite chair. La Bible nous révèle le seul par qui nous pouvons être sauvés, délivrés, restaurés. La Bible nous révèle celui qui a transformé la vie de millions d’êtres humains depuis 2000 ans. La Bible nous révèle Jésus-Christ, mort et ressuscité. Et c’est là la preuve ultime de son inspiration !

Annexe : Ivan Panin et la finale longue de l’Évangile de Marc

Ivan Panin consacre un ouvrage à l’étude de la structure numérique des « douze derniers versets » de l’Évangile de Marc (Mc 16.9-20). Ces versets sont absents de plusieurs anciens manuscrits, ce qui conduit de nombreux spécialistes actuels à penser qu’ils ne figuraient pas dans le texte original de l’Évangile. Or, Panin constate que les 175 mots (un multiple de 7 !)  de ces versets possèdent la formidable structure numérique qu’il trouve ailleurs dans le texte biblique ; ce qui prouve l’inspiration de Marc 16.9-20. Néanmoins, un examen minutieux de sa thèse laisse entrevoir de sérieux doutes sur l’objectivité de la méthode :

  • Pour arriver à un décompte de 175 mots, Ivan Panin se base sur l’édition critique du Nouveau Testament de référence à son époque : celui de Westcott et Hort. De plus, il inclut les mots entre crochets (les mots sur lesquels l’éditeur hésite). Enfin, il divise en deux mots les mots qui sont une contraction de deux mots : le mot κἀκεῖνοι aux versets 11 et 13 est compté pour 2 mots par Panin : καʹ et κεινοι ; καν au verset 18 est divisé en : κʹ et αν. Sans cette division, le total de mots est de 173, ce qui n’est pas un multiple de 7 (et la liste du vocabulaire est différente).
  • Depuis l’époque de Panin, la recherche s’est poursuivie et l’édition critique de référence du texte du Nouveau Testament est désormais le Nestlé-Aland, 28e édition (NA28). Or, si l’on se base sur le texte de Marc 16.9-20 reconstitué par le NA28, on compte alors 171 mots (ou 173 si l’on divise les mots contractés en 2). De plus, il y a des différences supplémentaires sur l’orthographe de 2 mots, ce qui change encore le nombre de lettres (et donc leur valeur numérique).
  • Si l’on prend le « Texte reçu », les différences sont encore plus nombreuses : j’ai compté 165 mots et des différences d’orthographes sur 4 mots supplémentaires.

En résumé, la démonstration de Panin se base sur une reconstitution et un découpage du texte de Marc 16.9-20 qui sont discutables.