4.2 Donner une juste place aux miracles dans la vie de l’Église

Cet article s'insère dans la cadre de la série "Signes, prodiges et miracles dans le Nouveau Testament"

Dans la précédente partie, j’ai montré qu’il était légitime de s’attendre à vivre le miraculeux dans l’Église d’aujourd’hui. Ceci étant dit, nous avons tous en tête les exemples de faux apôtres ou pseudo-ministères qui mettent en avant leurs miracles. Nous avons aussi probablement à l’esprit certaines expériences douloureuses ou certains excès en rapport à la question des miracles.

Comment donc accorder une place aux miracles dans la vie de l’Église qui corresponde à l’équilibre biblique ?

Les miracles sont faits pour être vécus et non pas pour être promus

Comme je l’ai indiqué dans la deuxième partie de la série (voir ici), les enseignements des apôtres transmis par les lettres du Nouveau Testament sont étrangement silencieux sur la question des miracles. Les miracles étaient vécus au sein des églises, mais on n’en faisait pas le sujet numéro des prédications. Ce qui est au cœur de l’enseignement ou de la prédication des apôtres, c’est la Bonne nouvelle de Jésus-Christ, pas les miracles.

Un risque pour toute Église qui a vécu quelques miracles étonnants est de leur donner trop de place. On ne parle que de ça, on met ça en avant sur les affiches. Et les miracles deviennent le fondement de la vie de l’Église. Et lorsque les miracles ne se reproduisent plus, ou lorsque la personne miraculeusement guérie en vient à mourir quelques années plus tard d’une autre maladie… on se rend compte que le fondement était bien fragile. Le seul fondement sur lequel on peut construire la vie de l’Église, c’est Jésus-Christ (1 Co 3.11). Il n’y en a pas d’autre.

Ce qui importe n’est pas le signe mais ce qu’il « signale »

Le deuxième point qui ressort des textes bibliques, c’est que le miracle est avant tout un signe qui nous dit quelque chose de Dieu, de Jésus-Christ, de son salut, de son Royaume. Ainsi le miracle n’est pas une fin en soi : il sert à illustrer le message de l’Évangile, à appuyer le fait qu’il y a un Dieu qui se soucie de nous et qui souhaite nous manifester un salut bien plus incroyable qu’une simple guérison.

Lorsque nous témoignons du miraculeux, apprenons donc à ne pas focaliser l’attention sur le miracle mais sur ce qu’il signale. Je dirais même que la prédication doit être là pour détourner l’attention du miracle et attirer l’attention sur celui qui l’a produit.

Exercer les dons avec « amour »

En 1 Corinthiens 12, Paul valorise la pratique des dons spirituels, au sein desquels figurent la guérison des malades (1 Co 12.9, 28-30) et la réalisation de miracles (1 Co 12.10, 28-29). Or, il est intéressant de voir comment 1 Corinthiens 12 à 14 recommande la mise en pratique de ces dons. Au chapitre 14, Paul met en avant le critère de la « construction » (1 Co 14.12, 26). Tout, dans la vie de l’Église, doit se faire en vue de la construction de l’Église et dans l’ordre. Auparavant, au chapitre 13, Paul a mis en lumière un autre critère indispensable, celui de l’amour. Car ce beau poème sur l’amour que l’on aime lire lors des mariages a d’abord été écrit par Paul pour inviter les Corinthiens à exercer les dons avec amour, et non pas de manière égoïste ou intéressée. Et, ne l’oublions pas, pour Paul, l’amour n’est pas un juste un beau sentiment, c’est quelque chose de très très concret : « l’amour est patient, l’amour est bienveillant, il n’est pas envieux, il n’est pas jaloux, il ne se vante pas, il ne fait rien de malhonnête, il ne cherche pas son propre intérêt, il ne s’irrite pas, il pardonne tout, il croit tout, il espère tout… »

Exercer le discernement

Comme pour tout aspect de la vie chrétienne, nous sommes invités à exercer le discernement en ce qui concerne les miracles. Tous les prétendus miracles, signes et prodiges ne rendent pas forcément gloire à Dieu. Le diable peut aussi utiliser le miracle pour conduire à l’idolâtrie (voir l’Apocalypse). Et même certains qui prétendent faire des miracles « au nom de Jésus » ne sont pas vraiment des représentants du Christ (Mt 7.22-23).

Sur ce point, il est important de noter que le critère pour le discernement n’est pas la forme du miracle. Certes, il peut y avoir des imposteurs qui font de fausses guérisons. Mais, le diable est capable d’accomplir des choses véritablement extraordinaires. Il peut très bien copier certains miracles de Dieu. De même, le caractère surprenant ou bizarre du miracle n’est pas un critère de discernement : Jésus lui-même a fait des choses assez bizarres, comme cracher sur la terre pour faire la boue qu’il met sur les yeux d’un aveugle (Jn 9.6).

En fait, le discernement entre un vrai et un faux miracle se fait avant tout sur la base du message qui accompagne le miracle. Est-ce que le miracle pointe vers le Dieu vivant, manifesté en Jésus-Christ ? Ou est-ce qu’il est là pour pointer vers la puissance du prédicateur ou l’autorité du grand serviteur bien-aimé apôtre du tout-puissant ? Ou vers toute autre forme d’idolâtrie, comme la promesse d’une santé parfaite ici-bas, la promesse de réussite ou de richesse. Vers quelle direction le signe est-il orienté ? Si le signe indique une autre direction que Jésus-Christ, c’est alors un très mauvais signe. Le signe vous envoie vers un précipice et il est grand temps de faire demi-tour.

Ne pas prendre le signe pour un panneau d’arrivée

Un autre élément que j’ai déjà indiqué est qu’il convient de ne pas confondre les temps. Tant que le Christ n’est pas revenu et que le Royaume de Dieu n’a pas été pleinement établi, nous sommes dans une période caractérisée par le « déjà » et le « pas encore ». La guérison miraculeuse est un signe de la santé parfaite dans un corps parfait et éternel. Mais, tant que le Christ n’est pas revenu et que la résurrection des morts n’a pas eu lieu, nous ne sommes pas encore dans ce corps. Ce qui explique que, jusqu’à présent, selon mes informations, aucun chrétien n’a survécu plus de 120 ans environ. Tous ces chrétiens morts depuis 2000 ans ont tous eu au moins un problème de santé qui a provoqué leur mort.

Ainsi, ne confondons pas le signe avec le panneau d’arrivée. Le miracle est un signe extraordinaire qui pointe vers l’ordinaire de la nouvelle création.

Savoir aussi valoriser « l’ordinaire »

Il convient aussi de faire attention à un risque lié à une trop grande mise en avant des miracles. En survalorisant l’extraordinaire, cela peut avoir pour effet de négliger « l’ordinaire ». L’insistance sur les manifestations extraordinaires de Dieu peut avoir pour effet de dénigrer sa manière « ordinaire » d’agir. Dieu n’est pas absent de sa création : c’est lui qui donne la vie, c’est lui qui la maintient, c’est lui qui nous « donne les pluies et les saisons fertiles, qui nous comble de nourriture et de bonheur » (Ac 14.17).

De plus, en mettant trop en avant la guérison miraculeuse ou la provision miraculeuse, cela pourrait avoir pour effet de négliger l’importance du travail. Dans l’ordre des choses voulu par Dieu, le travail est le moyen normal par lequel nous pouvons subvenir à nos besoins. On se représente souvent le jardin d’Eden avec Adam et Eve en train de flâner, faire la sieste et se régaler avec les bons fruits. Mais on oublie que Dieu n’a pas demandé à l’être humain de profiter du jardin comme d’un marché géant à sa disposition : il devait cultiver le jardin (Gn 2.15). Dans le cours normal de la création, Dieu n’envoie pas ses bénédictions sous forme de paquets cadeaux qui tombent du ciel. Il nous associe dans sa création par le travail.

Ainsi, la médecine moderne qui permet de soigner bien des maladies autrefois incurables fait partie des grâces communes offertes par Dieu. Le travail médical est le moyen ordinaire utilisé par Dieu pour guérir les malades.

Soyons donc attentifs à ne pas négliger les bénédictions ordinaires au profit des bénédictions extraordinaires. Toutes viennent de Dieu et méritent ses louanges. À Dieu seul soit la gloire !

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3 Responses

  1. DE SMIDT Simone

    Un GRAND merci, cher Timothée pour ces articles très équilibrés et si justes !!! Ils sont très à propos par les temps qui courent !!

  2. F. Giannangeli

    Merci à vous de cette série. Surtout la fin, que j’attendais avec impatience. Avec mon appréciation pour votre travail.
    Bien à vous.

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