Logos 7 : présentation des nouveautés

Logos 7Qu’y a-t-il (vraiment) de nouveau dans Logos 7 ? La mise à jour en vaut-elle le coût ? 

Un mois environ après la sortie de la septième version du logiciel biblique Logos (fin août 2016), il est temps de faire le point. [Pour une présentation vidéo, rendez-vous en fin d’article.]

Un Logos 6 amélioré

S’il n’y avait pas « Logos 7 » écrit en grand à l’ouverture du logiciel, l’utilisateur qui vient d’investir dans la mise à jour pourrait se demander si celle-ci a bien fonctionné. Et pour cause, l’interface est la même que celle de Logos 6 : même design, mêmes fonctions au même endroit. À première vue, rien n’a changé. Toutefois, lorsqu’on y regarde de plus près, les nouveautés sont bien là : des fonctionnalités de recherche inédites, plusieurs nouveaux outils bien pratiques, ainsi qu’un certain nombre d’améliorations des fonctions existantes (pour une présentation complète des nouvelles fonctionnalités, voir ici). Nous avons bien à faire à un « Logos 6 amélioré ».

Pour ce qui est des améliorations générales, on retiendra les nouvelles possibilités de paramétrer l’interface : affichage parallèle, synchronisation automatique entre un lexique grec/hébreu et le texte biblique, diverses options d’affichage du texte. Logos était déjà le champion du paramétrage, il l’est encore davantage.

On appréciera aussi l’intégration de nouvelles sections dans le « Guide de passage » : désormais, pour un verset biblique donné, le logiciel nous indique également les paragraphes des ouvrages de théologie systématique, de théologie biblique, ainsi que les documents confessionnels (confessions de foi, catéchismes, etc.) qui citent le verset biblique en question (et qui sont inclus dans notre bibliothèque Logos).

L’outil « Concordance » dresse une liste des mots d’un livre (biblique ou non) ou d’un passage donné, en fonction de leur fréquence. Toutefois, il s’avère particulièrement lent et pas forcément très utile. Je ne m’attarderai pas non plus sur les gadgets comme « l’éditeur de sermons (Sermon Editor ) » qui aide surtout à réaliser plus rapidement des diapositives Powerpoint, ni sur la possibilité d’accéder à des formations interactives en anglais directement depuis Logos (Courses Tool).

Logos 7 miracles de la Bible
L’outil interactif recensant les récits de miracle dans la Bible

Notons quelques nouveaux outils interactifs, qui permettent de visualiser ou d’ordonner un certain nombre de données autour d’une question ou d’un thème particulier.

  • Ceux qui s’intéressent à la critique textuelle apprécieront les outils qui listent et classent 832 manuscrits de la Bible hébraïque (« Hebrew Bible Manuscript Explorer»), 2263 manuscrits de la Septante (« Septuagint Manuscript Explorer ») et 5624 manuscrits du Nouveau Testament (« New Testament Manuscript Explorer »). Les différents manuscrits sont référencés par date, par contenu, par lieu où ils sont entreposés, et par groupe ou type de manuscrit. L’interactivité de l’outil permet de classer ou d’afficher les manuscrits selon les critères qui nous intéressent. Enfin, lorsque les images du manuscrit sont accessibles en ligne (ce qui est souvent le cas), la base de données fournit le lien direct.
  • J’ai apprécié l’outil qui permet d’explorer les citations et allusions de l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament (« New Testament Use of the Old Testament»), et de les classer selon de nombreux critères (livre cité, thème évoqué, genre littéraire du texte source, etc.).
  • Bien utile également, l’outil paramétrable qui compare les différentes listes de livres « bibliques » (« Canon comparison») en fonction des grandes traditions (Juive, catholique, protestante, etc.), des documents anciens (Marcion, Muratori, etc.), des anciens codex ou des éditions traditionnelles de la Bible.
  • Enfin, on appréciera les listes thématiques de références bibliques, consultables selon de nombreux critères : entre autres, on peut accéder à des outils listant les récits de miracle (« Miracles of the Bible»), les noms de Dieu (« Names of God »), les paroles adressées à Dieu (« Speaking to God »), les liste des commandements contenus dans le Pentateuque (« Commandments of the Law »), les liste des sacrifices mentionnés dans la Bible avec liens vers les textes rabbiniques qui s’y réfèrent (« Israelite Feasts and Sacrifices »).

Un Ancien Testament interlinéaire hébreu-anglais, d’après les manuscrits de la mer Morte

Logos 7 Interlinéaire mer morteLa version 7 de Logos propose une version compilée et interlinéaire (hébreu/anglais) des manuscrits bibliques de la mer Morte. L’approche ressemble à celle de l’ouvrage The Biblical Qumran Scrolls produit par Eugene Ulrich aux éditions Brill (voir ici).  The Lexham Dead Sea Scrolls Hebrew-English Interlinear Bible [DSSI] dispose les textes dans l’ordre classique du texte biblique. Les transcriptions des manuscrits sont de qualité, puisqu’elles sont reprises à la base de données Qumran Biblical Dead Sea Scrolls développée par le spécialiste Stephen Pfann. Lorsqu’un passage est attesté par plusieurs manuscrits, seul le texte d’un manuscrit est proposé, et les variantes sont indiquées en note (de même, pour les variantes avec le TM). Lorsqu’un passage n’est attesté par aucun manuscrit, c’est le texte massorétique qui est indiqué à l’aide d’une police estompée (voir la présentation ici).

Une Vulgate interlinéaire Hébreu-grec/latin

Les latinistes apprécieront la présence d’une Vulgate interlinéaire reliée au Texte Massorétique et au texte grec du Nouveau Testament (SBLGNT). Cette base de données inédite permet donc de faire des recherches croisées avec le texte hébreu ou grec pour voir comment la Vulgate traduit tel ou tel terme. On regrettera toutefois que cette base de données ne porte que sur la Vulgate Clémentine. De plus, on se souviendra que le texte source à la traduction de la Vulgate n’est pas strictement identique à celui de la BHS ou du SBL Greek New Testament.

Des bases de données bibliques encore améliorées !

L’intérêt principal d’un (bon) logiciel biblique est de pouvoir faire des recherches au sein du texte biblique en langues originales : on l’utilise pour retrouver tel emploi de tel mot, ou de telle expression. Pour cela, les logiciels transforment le texte biblique en une base de données : en arrière-plan de chaque mot du texte, ils codent des « méta-données » comme la forme lemmatique du mot (c’est-à-dire, l’entrée correspondante du dictionnaire) ou son analyse morphologique (p. ex. : « verbe à l’indicatif présent actif, 3ème personne du singulier »). Un logiciel comme Accordance ajoute également des informations simples de type syntaxique (sujet, complément d’objet, etc.). Logos va encore plus loin, puisqu’il fournit non seulement des informations syntaxiques plus poussées, mais aussi des informations de type « sémantique » (sur le sens des mots) ou concernant l’analyse du discours (genre littéraire d’un passage, etc.). Coder ce genre d’informations en arrière-plan du texte biblique représente un énorme travail : c’est ce qui fait la véritable valeur d’un logiciel haut de gamme (et qui justifie son coût élevé). Sur ce point, Logos 6 proposait déjà les bases de données bibliques les plus impressionnantes du marché.  Logos 7 va encore plus loin, et le nombre d’informations codées en arrière-plan devient tout simplement ahurissant !

Si l’utilisateur ne lit pas le grec ou l’hébreu, il peut aussi partir des traductions anglaises dites « interlinéaires ». Comme la traduction y est reliée au texte original, toutes les méta-données concernant le texte original y sont accessibles à partir du texte anglais. Signalons que l’interlinéaire de la Bible Segond 1910  pour Logos entre en phase de Beta-Test : l’utilisateur francophone devrait donc pouvoir prochainement accéder à toutes ces possibilités de recherche depuis un texte français.

On notera aussi que, pour chaque nouvelle base de données, Logos 7 inclut généralement un ouvrage introductif ainsi qu’un glossaire permettant d’en comprendre son fonctionnement. Cette documentation est la bienvenue, et on peut souhaiter qu’elle se généralise à toutes les bases de données existantes.

Puisqu’il s’agit, à mon sens, des améliorations qui font la vraie valeur de la mise à jour, j’en propose une liste explicative en fin d’article.

S’y retrouver dans les diverses possibilités de mise à jour…

Il existe différentes possibilités de faire la mise à jour vers Logos 7 (voir ici), le prix variant en fonction du type de mise à jour choisi, et de ce que vous possédez déjà (pack de base, version de Logos).

  • Il est possible d’acheter uniquement les nouvelles fonctions et nouvelles bases de données de Logos 7, soit en totalité (« Full Feature Set »), soit en partie (« Starter Feature Set »). Si vous avez déjà Logos 6, le « Logos 7 Starter Feature Set » ne vous coûtera que quelques dizaines de dollars. Toutefois il est d’un intérêt très limité puisqu’il n’intègre pas la plupart des nouveautés les plus intéressantes.
  • Une autre manière d’obtenir les nouvelles fonctionnalités est d’en profiter pour faire la mise à jour vers une « bibliothèque de base (Base package) » pour Logos 7, soit celle que vous possédez déjà sous la version 6, soit vers une autre bibliothèque. Le contenu des « packs de base » évolue d’une version à l’autre, en fonction des accords avec les éditeurs. Par exemple, par rapport à la version 6, le nouveau set « Biblical Languages» pour Logos 7 ne contient plus l’ouvrage The Dead Sea Scrolls : Study Edition, mais il contient désormais les 8 volumes du Dictionary of Classical Hebrew (qui, au format papier, sont vendus 1800 €), et les éditions de la Loeb Classical Library pour les textes de Josèphe et Philon (grec-anglais avec analyse morphologique). [Note : si vous faites la mise à jour vers une nouvelle version du pack, vous obtenez les nouveaux ouvrages, et vous conservez bien entendu les ouvrages qui étaient inclus dans la version 6 mais qui ne sont plus dans la version 7].
  • Il existe également une formule de mises à jour par abonnement, intitulée « Logos Now » (différente de « Logos Cloud »). En plus d’accéder à la mise à jour vers Logos 7 (Full Feature Set), cela permet, chaque mois, d’avoir accès à de nouvelles fonctionnalités exclusives (auxquelles les non-abonnés ne pourront accéder que lors de la sortie de Logos 8).  Le prix de l’abonnement est de 100 $ / an.
  • Enfin, si vous hésitez à faire la mise à jour, ou si vous n’avez pas encore Logos, vous pouvez toujours opter pour la formule Logos par abonnement intitulée « Logos Cloud ». La formule « Premium» inclut toutes les fonctionnalités de Logos 7. Or, si vous n’en avez pas encore profité, le premier mois est gratuit (et sans engagement).

Pour vous aider à choisir entre la formule par abonnement ou l’achat du logiciel, sachez que le rythme des mises à jour majeures est désormais inférieur à 2 ans (Logos 6 est sorti en novembre 2014), et que l’objectif est d’atteindre les 18 mois d’intervalle (Logos 8 devrait donc sortir début 2018).

Au final, la mise à jour en vaut-elle le coût ?

La réponse dépendra de l’usage que vous faites du logiciel biblique Logos.

Si vous utilisez Logos uniquement pour comparer les traductions françaises de la Bible, consulter des dictionnaires ou commentaires bibliques, ou rechercher l’emploi d’un mot ou d’une expression, la mise à jour s’avèrera plutôt onéreuse pour ce qu’elle vous apportera (à moins que vous optiez pour la mise à jour vers le « Logos 7 Starter Feature Set »).

Si, par contre, vous êtes un utilisateur avancé du logiciel biblique, que vous avez un intérêt pour la critique textuelle, pour la syntaxe grecque ou hébraïque ou pour les méthodes d’analyse du discours, il serait dommage de vous priver des potentialités de la version 7.

Logos 7 : les nouveautés en vidéo

Pour aller plus loin :

Supplément : Les nouvelles bases de données bibliques de Logos 7

  • Informations de type syntaxique :
    • Types de phrase (« Sentence Types») [NT seulement]. Pour chaque phrase du Nouveau Testament grec, le logiciel indique si celle-ci est de type déclarative, impérative ou interrogative.
    • « Syntactic Force» [NT seulement]. Il s’agit d’une reprise des données du Lexham Syntactic Greek New Testament qu’il était déjà possible d’explorer avec les versions précédentes de Logos, mais uniquement via la fonction de recherche « Syntaxe ». Les étiquettes syntaxiques de cette base sont désormais incluses en arrière-plan des éditions principales du NT grec (NA28, UBS5, SBLGNT, Robinson, etc. + interlinéaires). Cette base de données définit le rôle syntaxique de chaque mot du texte grec, en fonction d’un grand nombre de catégories grammaticales.  Les étiquettes syntaxiques ne se limitent pas aux simples « sujet », « verbe » ou « complément » mais relèvent des catégories plus précises comme, par exemple, un génitif objectif/subjectif, un génitif possessif, une préposition de moyen, de manière ou de lieu, etc.
      • Cette base de données reprend les catégories présentes dans des grammaires de valeur académique comme celles de F. Blass, A. Debrunner et R. Funk (A Greek Grammar of the New Testament and Other Early Christian Literature), de Daniel B. Wallace (Greek Grammar Beyond the Basics) ou de Herbert Weir Smyth (A Greek Grammar for Colleges).
    • Constructions grammaticales (Grammatical Constructions) [Toute la Bible]. Cette base de données indique une sélection de constructions grammaticales spécifiques, souvent relevées par les exégètes. Pour la Bible hébraïque, on a, par exemple, tagué toutes les clauses non-verbales, les constructions « verbe conjugué + verbe de la même racine à l’infinitif » ou les clauses nominales tripartites. Pour le NT grec, on retrouvera, entre autres, les cas correspondant à la « règle de Granville Sharp », les protases ou apodoses, ou les emplois du génitif absolu.
  • Informations sémantiques :
    • « Speech Acts» [NT seulement] : classe les phrases en fonction de l’intention de l’auteur (ou de l’orateur). A la différence des « types de phrase » basées sur la grammaire (voir ci-dessus), cette base de données s’intéresse au sens de la phrase : elle repère les phrases informatives, celles qui servent à donner un ordre ou poser une question. En effet, le type de phrase grammatical ne reflète pas toujours l’intention de l’auteur :  un ordre peut être donné par une phrase déclarative (« vous devez obéir aux lois ») ; une phrase interrogative peut être utilisée de manière rhétorique (« Tous sont-il apôtres ? » [1 Co 12.23]), etc.
      • Une telle base de données permet de limiter une recherche particulière à un type de discours donné. On peut, par exemple, chercher tous les ordres contenant le verbe « aimer (ἀγαπάω) ».
    • « Figurative Language» [Pour l’instant, limitée aux Évangiles] : relève les emplois de langage figuré. La base de donné indique le mot employé de manière figurée, la réalité désignée par l’image, et le type d’emploi.
      • Par exemple, en Matthieu 5.14 : « Vous êtes la lumière du monde ». Le terme « φῶς (lumière) » est codé comme une « métaphore de substance (Substance Metaphor)» qui désigne les « croyants (Believers) ». On pourrait ainsi lancer une recherche de tous les emplois figurés du mot « φῶς (lumière) », ou de toutes les figures de langage utilisées pour désigner les « croyants », ou encore de tous les emplois d’une « Substance Metaphor ».
    • « Figures of Speech» [Toute la Bible] : Cette base de données recense les versets bibliques qui contiennent une figure de style particulière d’après l’ouvrage d’E. W. Bullinger, Figures of Speech Used in the Bible.
      • Possibilités : Cette base de données permet de rechercher facilement des exemples de versets bibliques contenant une figure de style particulière (p. ex. : une métaphore, un hendiadys, etc.).
      • Limites : Il ne s’agit pas d’une base de données exhaustive : elle ne recense que les exemples donnés par l’ouvrage de Bullinger. De plus, le codage est fait au niveau du verset, et non du mot ou de l’expression contenant une figure de style.
  • Informations sur l’analyse du discours:
    • Genre littéraire (« Longacre Genre») [Toute la Bible] : repère le genre littéraire d’un passage, en fonction des catégories proposées par le linguiste Robert Longacre (cf. The Grammar of Discourse). Celui-ci a proposé 4 grandes catégories de discours (Narrative, Procedural, Behavioral, Expository) divisées chacune en 2 sous-catégories.
      • Cela permet de faire des recherches en se limitant aux textes d’un genre littéraire donné.
    • « Propositional Outlines» [Toute la Bible] : Depuis la version 6, il était possible de disposer le texte biblique sous forme de « plans propositionnels » (voir une explication ici). Le texte y est découpé en séquences courtes (« propositions ») et disposé visuellement de telle sorte qu’on puisse aisément repérer les relations entre les différentes propositions (subordonnées, etc.). Ce découpage s’accompagne d’un étiquetage en fonction du rôle de la proposition dans le discours (p. ex. : commandement, exemple, objectif, etc.). Cet étiquetage est désormais codé derrière le texte biblique, ce qui permet d’effectuer des recherches spécifiques en fonction d’un type de proposition.
    • Recherches en fonction de l’auditeur (« Addressee») [Toute la Bible] : Logos 6 intégrait la possibilité de faire des recherches en fonction de l’orateur (« Speaker ») d’un discours rapporté par le texte biblique. On pouvait ainsi, par exemple, rechercher toutes les paroles attribuées à Jésus, Pierre ou Moïse. La version 7 introduit la possibilité de faire des recherches en fonction de l’auditeur d’un discours. On peut donc désormais faire une recherche spécifique parmi les paroles adressées à Jésus, Pierre ou Moïse. On peut aussi combiner les deux fonctions en recherchant, par exemple, toutes les paroles de Jésus adressées à Pierre, ou toutes les paroles de Moïse adressées à Dieu.
    • Recherche des références à l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament (Inertext) [Nouveau Testament] : Les données de l’outil qui permet d’explorer les citations ou allusions à l’Ancien Testament dans le Nouveau (voir plus haut) sont également codées en arrière-plan du texte. Il est ainsi possible de rechercher les citations explicites, les citations implicites, les allusions, ou les « échos » d’une référence, d’un livre ou d’un corpus donné. On peut par exemple chercher toutes les citations explicites d’un verset tiré d’Esaïe 40 à 66.

One Response

  1. L’article fait mouche merci Timothée.

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