3. Le sens et le rôle des miracles

Cet article s'insère dans la cadre de la série "Signes, prodiges et miracles dans le Nouveau Testament"

Que peut-on retenir du parcours des textes du Nouveau Testament en rapport au miracle (voir post précédent) ? Dans cette partie, je propose quelques réflexions sur le sens et le rôle des miracles. Dans la dernière partie, je terminerai par évoquer la question de la place des miracles dans l’Église d’aujourd’hui.

Le miracle comme « acte » qui accompagne la « parole »

Le premier élément que je soulignerai est le fait que les miracles sont, dans le Nouveau Testament, une manière de joindre les « actes » à la « parole ». Le message de l’Évangile n’est pas que de « belles paroles ». Les miracles viennent donner un aspect concret à la bonne nouvelle du salut. Ils témoignent d’un Dieu qui s’incarne en Jésus-Christ pour intervenir dans l’histoire des hommes. Le témoignage chrétien est un témoignage en paroles et en actes : les deux sont indissociables.

Cela explique peut-être pourquoi les épîtres n’en parlent presque pas. En effet, les Actes et les lettres de Paul laissent entendre que le ministère de Paul était accompagné de nombreux miracles. Pourtant, Paul n’en parle presque jamais dans ses lettres. De même pour l’apôtre Pierre dans ses lettres. Cela est peut-être dû au fait que, à la différence des Évangiles et des Actes qui contiennent à la fois des discours et des récits, les épîtres sont uniquement de l’ordre du discours, de l’exhortation, de l’enseignement. Or, les miracles ne sont pas quelque chose qui s’enseigne, mais quelque chose qui se vit. Ils sont un message en actes qui doit nécessairement être accompagné d’un message en parole.

Les miracles comme signes

Cela nous amène à ma deuxième remarque concernant le rôle du miracle comme « signe ». Comme nous l’avons vu, le Nouveau Testament insiste sur le fait que le miracle n’est pas une fin en soi. Les faux-prophètes ou les démons aussi peuvent accomplir des actes extraordinaires. Ce qui fait la valeur du miracle chrétien, c’est son rôle de signe. Mais un signe vers quoi ?

Signes de l’origine divine de la Parole

Comme beaucoup de passages le soulignent, les miracles viennent attester l’origine divine de la prédication de Jésus ou des apôtres. Il y a ainsi, dans la Bible, un lien particulier entre la parole de Dieu et les miracles. On trouve cela déjà dans l’Ancien Testament : les signes et prodiges accompagnent la révélation de la Loi à l’époque de Moïse ; les miracles accompagnent aussi le ministère de certains prophètes comme Élie ou Élisée. Il en est de même dans le Nouveau Testament, les « signes et prodiges » accomplis par Jésus ou les apôtres viennent attester la Parole de Dieu. La Parole faite chair en Jésus-Christ. Et la Parole prêchée par les apôtres, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

Comme le dit Hébreux 2.4, par les miracles, signes et prodiges, Dieu vient « sur-attester » le message du salut en Jésus-Christ.

Signes du Royaume de Dieu

Un autre aspect du miracle en tant que « signe » est qu’il signale le Royaume de Dieu. Ainsi, dans les Évangiles, la proclamation du Royaume de Dieu est accompagnée de miracles.

Pour bien comprendre la valeur du miracle en tant que « signe » du Royaume de Dieu, il faut avoir en tête que le Nouveau Testament présente le Royaume de Dieu à la fois comme une réalité présente et une réalité future. En Jésus-Christ, le Royaume de Dieu a été instauré. Toutefois, le Royaume du Christ n’est pas de ce monde, mais du monde à venir. Le Royaume est à la fois une réalité présente et une réalité future. Si nous plaçons notre foi en Jésus-Christ, nous sommes déjà citoyens du Royaume de Dieu. Toutefois, nous ne tirons pas encore tous les bénéfices liés à notre citoyenneté. Nous sommes sauvés, mais nous n’expérimentons pas encore l’ensemble des biens du salut.

Et c’est le cas en particulier de la santé parfaite ou l’absence de souffrance que nous n’expérimenterons que dans la nouvelle création. En cela, la guérison miraculeuse est comme un signe de cette dimension du salut qui nous attend. De même, nous ne vivons pas encore dans un monde où Satan n’a plus aucune influence. En cela, la délivrance miraculeuse est un signe de la victoire du Christ sur Satan qui se manifestera pleinement à la fin des temps. De la même manière, nous ne vivons pas encore dans un monde où la faim et la pauvreté n’existent pas. Ainsi, en multipliant les pains ou en transformant l’eau en vin, Jésus nous laisse entrevoir le banquet eschatologique, manifestation d’une nouvelle création marquée par l’abondance.

Ce n’est pas étonnant que ces signes accompagnent particulièrement l’annonce de la Bonne Nouvelle du salut. Les miracles sont des signes de la capacité de Dieu à accomplir le salut promis en Jésus-Christ.

Mais gardons bien en tête qu’il ne s’agit que de signes du Royaume qui vient. Il convient de ne pas confondre les temps : les miracles ne sont pas la normalité dans le monde présent (sinon ce ne seraient plus des « miracles »), ils sont un signe de ce qui sera la normalité dans le monde à venir.

Les miracles et la foi

Une autre question mérite d’être abordée : celle du rapport entre les miracles et la foi. En effet, dans les Évangiles, la question de la foi ou du manque de foi est souvent abordée en lien avec les miracles.

On peut diviser le sujet en deux sous-questions : 1) La foi est-elle nécessaire pour que Dieu accomplisse des miracles ? 2) Les miracles suscitent-ils la foi ?

La foi est-elle nécessaire pour que Dieu accomplisse des miracles ?

Certains textes des Évangiles semblent indiquer que s’il y a peu de miracles, c’est à cause de l’incrédulité. Lorsque Jésus se rend dans la ville où il a grandi, à Nazareth, il n’accomplit pas beaucoup de miracles. Matthieu 13.58 explique cela ainsi : « Il ne fit pas beaucoup de miracles ici, à cause de leur incrédulité » (cf. Mc 6.6). Dans un autre épisode, les disciples sont présentés comme incapables de guérir un enfant ayant un démon. Et lorsque les disciples demandent à Jésus pourquoi ils n’ont pas pu chasser le démon (Mt 17.14-21), celui-ci répond : « C’est à cause de votre petite foi (διὰ τὴν ὀλιγοπιστίαν ὑμῶν) » (Mt 17.20).

Il me semble que l’on ne peut pas écarter le caractère interpellant de ces affirmations de Jésus. Ces affirmations sont là pour nous faire réfléchir sur notre foi. Comme nous l’avons vu, les miracles sont un signe de la capacité de Dieu à accomplir son salut : il est un Dieu tout-puissant pour guérir, délivrer, restaurer et sauver. Le salut accompli en Jésus-Christ est bien plus grand que la guérison d’un aveugle ou la délivrance d’un démoniaque. Le fait que les disciples n’aient pas la foi pour un simple miracle, souligne la petitesse de leur foi.

D’un autre côté, il ne faudrait pas déduire de ces passages que Dieu ne peut faire des miracles que si nous l’en croyons capable. D’autres passages des Évangiles indiquent que Jésus a accompli des miracles parmi les incrédules. Ainsi, par exemple, Jésus reproche aux villes de Chorazin et Bethsaïda de ne pas s’être converties malgré les nombreux miracles qui ont été accomplis dans ces villes (Mt 11.20-24 // Lc 10.12-15). Comme l’indique Hébreu 2.4, Dieu accomplit des miracles « comme il le veut ». De même, en 1 Corinthiens 12, les miracles sont présentés comme des « dons de la grâce » (1 Co 12.4, 9-10) que le Dieu trinitaire « dispense » librement « comme il veut » (1 Co 12.11).

Les miracles suscitent-ils la foi ?

La deuxième question concerne non pas la foi nécessaire pour produire le miracle, mais la foi que pourrait produire le miracle. Est-ce que le miracle permet aux non-croyants de croire ? Est-ce que le miracle vient renforcer la foi des croyants ?

Là encore, les données sont contrastées. D’un côté, plusieurs passages indiquent que le miracle est utilisé par Dieu pour conduire à la foi en Jésus-Christ. Comme je l’ai déjà signalé, les miracles viennent attester le message du salut. Ils sont une sorte de preuve supplémentaire donnée par Dieu face à notre incrédulité. L’Évangile de Jean souligne particulièrement ce point : les « signes » opérés par Jésus l’ont été « pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Jn 20.30-31). Certes, dans l’idéal, nous ne devrions pas avoir besoin de « signes » pour croire. Jésus s’énerve contre ceux qui lui demandent un « signe » (cf. Mt 12.38-39 // Lc 11.29). Mais, comme pour Thomas qui avait besoin de voir et de toucher Jésus pour croire, Dieu ne refuse pas de nous accorder ces preuves supplémentaires. Au contraire, les récits du Nouveau Testament en sont plein.

D’un autre côté, de nombreux passages rapportent l’incrédulité de beaucoup, malgré les miracles. Les villes de Chorazin et de Bethsaïda sont restées largement inconverties malgré les nombreux miracles. Certains Juifs accusent même Jésus de faire les miracles grâce au pouvoir de Satan (Mt 12.24-26). Cela montre que même les fabuleux miracles accomplis par Jésus ne conduisent pas forcément à la foi. Et pourtant Jésus fut le plus grand évangéliste, le meilleur prédicateur et le plus fabuleux des faiseurs de miracles que le monde n’ait jamais connu. Ainsi, même avec une accumulation incroyable de preuves, le cœur de l’homme peut rester fermé à la bonne nouvelle de l’Évangile.

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