Les miracles de Dieu dépendent-ils de notre foi ?

La foi de ceux qui demandent un miracle

Plusieurs récits des évangiles et des Actes soulignent la foi de ceux qui viennent à Jésus ou vers les disciples pour demander un miracle. Cela peut être la foi du malade lui-même ou des personnes qui amènent les malades et démonisés. À plusieurs reprises, on déclare au malade : « ta foi t’a sauvé/guéri ». De même, en Galates 3.5, Paul affirme que les miracles sont donnés par Dieu « en raison de l’écoute de la foi ». Jacques 5.15 indique que « la prière faite avec foi sauvera/guérira le malade ».

L’incrédulité et l’absence de miracles

Inversement, certains textes des Évangiles semblent indiquer que s’il y a peu de miracles, c’est à cause de l’incrédulité. Lorsque Jésus se rend dans la ville où il a grandi, à Nazareth, il n’accomplit pas beaucoup de miracles. Matthieu 13.58 explique cela ainsi : « Il ne fit pas beaucoup de miracles ici, à cause de leur incrédulité ». Dans un autre épisode, les disciples sont présentés comme incapables de guérir un enfant ayant un démon. Et lorsque les disciples demandent à Jésus pourquoi ils n’ont pas pu chasser le démon (Mt 17.14-21), celui-ci répond : « C’est à cause de votre petite foi » (Mt 17.20).

Aucun texte n’affirme que si un malade n’est pas guéri, c’est parce qu’il n’a pas suffisamment de foi

Comment comprendre ce lien entre la foi et le miracle ? Rappelons tout d’abord qu’aucun texte ne dit que si un malade n’est pas guéri, c’est parce que celui-ci n’a pas la foi. Les textes qui signalent l’absence de foi se réfèrent soit à une situation générale – celle de Nazareth –, soit à la foi des disciples qui demandent un miracle. Même en Jacques 5.15, la « foi » qui peut guérir le malade est celle des « anciens » qui prient pour lui et non celle du malade (cf. v. 14). Cela montre qu’il n’est pas justifié d’accuser un malade de ne pas être guéri parce qu’il n’aurait pas suffisamment de foi. Cela ne ferait qu’accabler encore plus celui qui souffre déjà.

Des textes qui interpellent le chrétien quant à sa foi face aux miracles

En revanche, on ne peut pas écarter le caractère interpellant des textes quant à la foi du chrétien face aux miracles. Jésus fait de sévères reproches à ses disciples qui « manquent de foi » pour prier pour un enfant qui souffre grandement. Il ne s’agit pas ici de la « foi qui sauve », commune à tous les croyants, mais bien d’une attitude de confiance et de dépendance envers un Père bienveillant et tout-puissant. Les textes n’invitent pas à « s’auto-convaincre » en proclamant les choses « avec force ». L’enjeu est lié à la profondeur de la relation du croyant avec son Père céleste. Lorsque Jacques évoque la « prière du juste » qui a « beaucoup de force » (Jc 5.16), il s’agit de la prière faite par quelqu’un dont la vie s’accorde avec la foi qu’il confesse.

Les miracles et la souveraineté de Dieu

Ajoutons que si les miracles sont souvent associés à la foi des croyants, plusieurs textes soulignent aussi la souveraineté de Dieu. Certes, la volonté générale de Dieu n’est pas d’envoyer uniquement des « signes des cieux » mais de collaborer avec ses enfants. Si le Christ veut faire des croyants ses témoins dans ce monde, il semble logique qu’il attende d’eux une attitude qui démontre leur dépendance envers celui qui les envoie. Néanmoins, Dieu n’est pas « lié » par l’attitude des humains. Plusieurs passages des Évangiles montrent que Jésus a accompli des miracles parmi des incrédules. Bien que Chorazin et Bethsaïda ne se sont pas converties, Jésus a accompli de nombreux miracles dans ces villes (Mt 11.20-24 // Lc 10.12-15). Comme l’indique Hébreux 2.4, Dieu accomplit des miracles « comme il le veut ». De même, Paul indique que les miracles sont des « cadeaux de la grâce » (1 Co 12.4, 9-10) que le Dieu trinitaire « dispense » librement « comme il veut » (1 Co 12.11). C’est le cas aussi de la « foi » extraordinaire que l’Esprit accorde à certains croyants comme il le souhaite (1 Co 12.9).

Une double interpellation à maintenir

Il convient de maintenir ensemble cette double interpellation de l’Écriture. D’un côté, l’incrédulité face aux miracles doit faire réfléchir le croyant sur la profondeur de sa relation confiante avec son Père bienveillant et tout-puissant. D’un autre côté, cette relation de foi implique de ne pas réduire le Dieu tout-puissant à un « distributeur automatique » de « cadeaux de guérisons », mais de reconnaître la souveraineté d’un Dieu libre et personnel.

Cet article est extrait du chapitre de synthèse du livre de Timothée Minard, Les miracles dans la Bible (Excelsis, 2023, p. 349-351). Pour en savoir plus sur ce livre, rendez-vous sur cette page