La lecture biblique communautaire : principes et outils

Cet article reprend une fiche réalisée pour le « kit formation » 2014 de la Fédération Baptiste (FEEBF). Pour une étude plus détaillée de la question, je renvoie à mon double article « (R)animer l’étude de la Bible en église » (Cahiers de l’Ecole Pastorale, 2014) dont la première partie peut être lue en ligne sur le site de l’éditeur.

bible groupeLa lecture personnelle de la Parole de Dieu reste un pilier de la piété évangélique. Mais qu’en est-il de la lecture communautaire ? L’étude de la Bible en église a-t-elle une place de choix dans nos rencontres ? Au-delà de la prédication dominicale, les membres de nos églises ont-ils des lieux pour lire ensemble l’Écriture, l’étudier et en discuter ?

Il faut avouer que, dans la plupart de nos églises, les temps d’études bibliques n’attirent pas les foules. Lorsqu’on interroge nos membres, c’est plutôt le culte du dimanche, et en particulier le temps de louange qui est vécu comme le moment privilégié de piété communautaire. Pourtant, se mettre ensemble à l’écoute de la Parole de Dieu a toute son importance pour la communion. Elle est même un pilier pour la cohésion de l’église locale.

Fondements bibliques

Aux temps bibliques, les croyants ordinaires ne possédaient pas leurs propres rouleaux de l’Ecriture. C’est donc au Temple, à la synagogue puis dans les églises qu’ils pouvaient lire ou entendre la lecture de la Parole de Dieu. Par conséquent, on ne trouvera pas de texte qui montrerait l’importance d’une lecture communautaire de la Bible par rapport à une lecture individuelle à la maison : ce serait un anachronisme ! Toutefois, il est possible de relever plusieurs éléments qui soulignent l’intérêt de lire l’Ecriture ensemble.

  • Dans l’Ancien Testament, la Loi devait être lue publiquement de façon solennelle devant tout le peuple : cet acte permettait de rappeler les termes de l’alliance que Dieu avait conclue avec son peuple au Sinaï (Dt 31.12-13 ; 24-27 ; cf. Ex 24.7 ; Jos 8.34-35 ; 2 R 23.1-3 ; Né 8-9). Cette alliance avait été faite avec « un peuple », c’est donc le peuple qui devait s’engager à en respecter les termes : seule une lecture communautaire pouvait produire une réponse communautaire (Ex 24.7 ; 2 R 23.3 ; Né 8-9 ; 2 Ch 7.14).
  • Si la Nouvelle Alliance, dont nous sommes bénéficiaires, revêt une dimension plus personnelle (Jr 31.33-34), elle n’évacue pas la notion de « peuple de Dieu ». D’ailleurs, 1 Corinthiens 11.17-34 insiste sur la dimension communautaire de la Cène, dont la coupe rappelle la « nouvelle alliance » (1 Co 11.25). Lors de la Cène, c’est ensemble que nous sommes appelés à répondre à la Parole de Dieu.
  • Que ce soit dans l’Ancien Testament ou dans le Nouveau Testament, Dieu a prévu que certains croyants soient mis à part pour l’enseignement de sa Parole (Lv 10.11 ; Dt 33.10 ; Né 8.7 ; Ac 6.4 ; Ro 12.7 ; 1 Co 12.28 ; Ep 4.11-16 ; 1 Tm 4.6, 13-16 ; 5.17 ; 2 Tm 2.1-7 ; Jc 3.1). Cela montre que nous ne sommes pas appelés à étudier la Bible en solitaire : sinon les enseignants ne seraient d’aucune utilité ! Au contraire ceux-ci ont un rôle important à jouer : ils permettent aux croyants de ne pas être « ballottés par tout vent de doctrine » (Ep 4.14).
  • La lecture et l’étude communautaires sont aussi les lieux de l’exhortation mutuelle. Les croyants, tous habités d’un même Esprit, sont appelés à s’instruire les uns les autres par « la parole du Christ » (Col 3.16 ; cf. Rm 15.14). En fait, si certains sont appelés en particulier à la tâche d’enseignant, l’objectif est que tous les disciples puissent devenir à leur tour capables d’enseigner (Mt 28.16-20 ; He 5.12).

Nous sommes donc appelés à lire et étudier la Bible ensemble. Cette lecture communautaire permet d’une part à l’église de répondre ensemble à la Parole de Dieu. De plus, elle permet l’affermissement et la croissance spirituelle de chaque croyant, et renforce ainsi la cohésion du corps tout entier.

Réflexions pratiques : comment développer la lecture communautaire de la Bible ?

Si pour la plupart des membres de nos églises, l’importance de la lecture individuelle de la Bible est une évidence, ce n’est pas forcément le cas en ce qui concerne la lecture communautaire. Comment expliquer que ceux qui fréquentent nos églises ont plus de facilité à lire et étudier la Bible à la maison que de la lire et l’étudier à l’Eglise ?

Au-delà des raisons pratiques qui freinent beaucoup de nos concitoyens à multiplier les déplacements pour des réunions en semaine, il y a peut-être une autre explication à la désaffection de nos études bibliques : nous n’expliquons pas toujours l’importance de se retrouver pour étudier la Bible ensemble. Alors que nous rappelons souvent l’importance du culte personnel et de la lecture de la Bible, nous ne prêchons que rarement sur la nécessité de lire la Bible en Eglise. Les membres de nos églises ont besoin de savoir pourquoi ils font les choses. Si donc, nous voulons encourager à la lecture communautaire de la Bible, commençons par mettre cette thématique au cœur de notre réflexion sur la vie d’église, que ce soit dans nos réunions de responsables mais aussi dans nos prédications.

Si nous souhaitons renforcer la place de la Parole de Dieu dans notre vie d’église, commençons par nos cultes, et en particulier par nos temps de louange. Colossiens 3.16 nous encourage à donner bonne place à la parole du Christ, et un des moyens proposés est le chant. Les chants que nous chantons dans nos églises sont (normalement) « bibliques », non pas qu’ils mettraient des passages bibliques en musique (même si c’est parfois le cas), mais parce que leurs paroles reprennent, développent ou illustrent des affirmations bibliques. Malheureusement, les présidents de culte ou les conducteurs de louange ne font pas toujours le lien entre le texte biblique et les chants qu’ils proposent. Pourtant, il me semble qu’il est important de pouvoir montrer que les chants que nous chantons ne sont pas simplement de belles paroles, mais que ces paroles sont fondées sur la Parole de Dieu. Le temps de louange n’est pas forcément celui du commentaire biblique : la prédication s’y attachera. Par contre, une lecture biblique travaillée a toute sa place : si certains dans nos assemblées ont des talents de lecteurs, mettons-les au service ! Ou, pourquoi ne pas proposer une lecture accompagnée de musique ? Ou encore, pourquoi ne pas lire ensemble à voix haute, ou de manière antiphonée, un Psaume projeté sur l’écran ? Ce ne sont que quelques idées, mais, un seul mot d’ordre : plaçons la Bible au cœur de nos temps de louange !

Un autre aspect de la lecture communautaire de la Bible est la question de l’étude biblique. Si l’étude biblique classique du mardi soir rencontre peu de succès, il y a bien d’autres moments et bien d’autres moyens pour étudier la Bible ensemble. Pourquoi ne pas redonner vie à l’école du dimanche pour tous ? Il s’agit là de faire précéder le temps du culte par un temps d’étude biblique, de préférence par groupes d’âges ou de niveau, ou encore par centre d’intérêt. C’est une idée, mais il peut y en avoir bien d’autres. Certains préfèreront les études bibliques assez scolaires, d’autres apprécient plutôt les partages informels. Toutefois, l’enseignant doit avoir sa place dans l’étude de la Bible : aussi inspirées soient-elles, les bonnes idées de l’un ou l’autre ne remplacent pas les deux millénaires de lecture et d’interprétation de la Bible par l’ensemble des croyants habités du même Esprit. Seul l’enseignant formé sera capable de retransmettre cette richesse. Certes, tous les groupes d’études de la Bible ne peuvent se faire en présence d’un enseignant. Dans ce cas, le groupe pourra étudier la Bible en utilisant un livret, un commentaire biblique, un guide de lecture, les notes d’une Bible d’étude, ou tout autre outil réalisé par un enseignant qualifié.

Réfléchissons également à un vrai programme de formation biblique dans nos églises. L’objectif n’est pas juste d’étudier la Bible, mais de travailler à la croissance spirituelle de chacun. Réfléchissons à un programme complet qui tienne compte de tous ceux qui composent l’église locale, avec leur diversité d’âges, de cheminement spirituel, ou de niveau d’études.

 Outils

Un bon nombre des outils mentionnés dans l’article sur la « lecture biblique personnelle » peuvent être utilisés soit pour préparer une étude biblique, soit pour être lus ou utilisés dans un groupe de partage biblique.

 Pour les conducteurs de louange :

Pour aider à choisir des chants en fonction des lectures bibliques, les éditeurs de recueils de chant ont réalisé des index bibliques. Pour les recueils A toi la gloire ou Alleluia, ils sont directement intégrés en fin de volume. Pour les trois volumes du J’aime l’Eternel, Jeunesse en Mission propose un index de 26 pages, téléchargeable gratuitement ici : http://www.jem-editions.ch/euro/index.php/table-des-references-bibliques.html.

 Pour les animateurs d’études bibliques :

En dehors des outils classiques que sont les commentaires bibliques, bibles d’études ou logiciels bibliques, mentionnons quelques outils plus spécifiquement conçus pour l’animation de temps d’études bibliques.

One Response

  1. Ce blog est une bonne référence pour aider les leaders spirituels à mobiliser ou dynamiser un groupe de lecture. Pour ma part, je suis tout à fait d’accord que la lecture communautaire, mais surtout l’étude biblique en groupe est vraiment efficace pour la croissance spirituelle. Surtout en ce moment où les enseignements sont nombreux, il est parfois difficile de discerner la vérité de la Parole quand on est seul, quoique les études bibliques personnelles nous permettent d’avoir une communion personnelle avec notre Seigneur. Bref, merci pour cette synthèse !

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