Interpréter l’Ecriture à la manière du Nouveau Testament : 4. L’analogie de la foi

Cet article s'insère dans la cadre de la série "Interpréter la Bible : Pourquoi et comment ?"
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Interpréter l’Ecriture par l’Ecriture

Un des principes importants pour une juste interprétation d’un texte biblique, c’est qu’il convient d’abord de l’interpréter à la lumière du reste de la révélation biblique. C’est ce qu’on appelle le principe de « l’analogie de la foi » (latin : regula fidei).

Ce principe est basé sur le présupposé que toute l’Écriture est inspirée par le même Esprit et qu’elle est donc forcément cohérente. L’Écriture doit donc s’interpréter d’abord par l’Écriture.

Les auteurs du Nouveau Testament faisaient eux-mêmes usages de ce principe.

En Actes 2, dans le cadre du discours de Pierre après la Pentecôte, l’apôtre cite le Psaume 16, un Psaume de David qui dit : « Tu ne m’abandonneras pas au séjour des morts, tu ne laisseras pas ton Saint voir la décomposition » (Ac 2.27). Or, Pierre commente : « Mes frères, qu’il me soit permis de vous dire ceci avec assurance, au sujet du patriarche David : il est mort, il a été enseveli et son tombeau est encore aujourd’hui parmi nous. » (Ac 2.29). Pierre en déduit alors que David ne pouvait pas parler de lui-même mais qu’il entrevoyait ici son descendant messianique « que Dieu lui avait juré par serment de faire asseoir sur son trône » (Ac 2.30). L’apôtre fait ici allusion à un autre texte de l’Écriture, celui d’1 Samuel 7 qui raconte comment Dieu a fait cette promesse-là à David. Il interprète donc l’Écriture par l’Écriture.

Il continue son raisonnement en ajoutant une citation d’un autre Psaume de David, le Psaume 110 : « Le Seigneur a dit à mon Seigneur : assieds-toi à ma droite » (Ps 110.1). Il s’agit d’un Psaume clairement messianique qui démontre que son auteur avait en vue l’œuvre et l’élévation du Christ.

Le discours de Pierre montre un emploi clair du principe de l’analogie de la foi : un passage de l’Ecriture, le Psaume 16, est interprété à la lumière d’autres passages de l’Ecriture.

Quelques conseils pour l’application de ce principe

Si ce principe est bien attesté dans le Nouveau Testament, son application nécessite quelques précautions d’usage :

  • Avant de voir comment le reste de la Bible peut éclairer un texte donné, il convient d’étudier ce texte dans son contexte immédiat et premier. On peut parfois être tenté de régler d’emblée certaines difficultés en faisant appel à un autre texte, rédigé par un autre auteur biblique dans un contexte totalement différent. Cela n’aide en rien à la compréhension d’un texte qui doit d’abord être compris dans son contexte propre.
  • Les passages obscurs doivent être interprétés à partir des passages clairs, et non pas l’inverse. Lorsqu’on veut connaître la pensée de Dieu sur tel sujet, on partira donc d’abord des passages simples, avant d’aborder les passages plus difficiles.
  • Il convient de tenir compte de l’ordre de la révélation biblique : l’Ecriture montre la progressivité de la révélation du plan de Dieu à l’humanité. Le salut en Jésus-Christ n’est pas présenté de manière claire dès les premières pages de la Genèse. La notion même d’un roi-messie est quasiment absente du Pentateuque. Le plan du salut se dévoile progressivement dans l’Ancien Testament, au fil de l’histoire sainte. Les passages les plus clairs seront donc ceux du Nouveau Testament : c’est à partir du Nouveau Testament que l’on peut interpréter les passages moins clairs de l’Ancien Testament. Dans ce cadre, si on doit interpréter un passage de l’Ancien Testament, on regardera d’abord s’il est cité ou mentionné dans le Nouveau Testament ; si c’est le cas, on devra tenir compte de cette interprétation.
  • Attention aux études de mots ! Pour comprendre le sens d’un mot employé dans la Bible, ce n’est pas toujours une bonne idée de regarder tous les versets qui contiennent ce mot. Un même mot peut avoir plusieurs sens ! De plus, les différents auteurs bibliques ne donneront pas toujours le même sens à un même mot. Par exemple, ce que Luc, l’auteur des Actes, appelle « prophétie » n’est pas tout à fait la même chose que ce que Paul appelle « prophétie » : pour Luc, le parler en langues est une forme de prophétie (Ac 2.116-18, voir Ac 2.1-13) ; alors que Paul distingue les deux phénomènes (1 Co 12.10 ; 1 Co 14). Luc a une définition plus large du prophétisme que Paul. Cela ne signifie pas que les deux auteurs ne s’accordent pas sur le sujet, mais qu’ils ne donnent pas la même définition au mot « prophétie ».
    • A moins d’être un bon connaisseur du grec et de l’hébreu biblique, les études de mots sont particulièrement piégeuses. Il vaut mieux préférer des études de type thématique : ce qui importe, ce ne sont pas tellement les mots, mais le sens qu’ils véhiculent !
  • Prendre en compte le « paradoxe » biblique. Certains passages bibliques semblent parfois contredire d’autres passages. Si les contradictions apparentes sont souvent résolues par une prise en compte des contextes respectifs et une étude minutieuse, il arrive parfois que les données semblent irréconciliables. Dans ce cas, il ne faut pas essayer de forcer le texte pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas ! Parfois, il est même nécessaire de prendre en compte les tensions, voire les paradoxes de l’Ecriture. La Bible contient de nombreux paradoxes qu’on ne peut pas évacuer sans risquer de créer un déséquilibre théologique. Par exemple, la Bible affirme à la fois la responsabilité de l’être humain et la souveraineté absolue de Dieu ; que tout n’est que grâce mais que les œuvres sont indispensables ; que Jésus est un homme et qu’il est Dieu ; que le Royaume est déjà là mais encore à venir. Même si ces affirmations semblent incompatibles d’un point de vue humain, elles sont toutes inspirées par un Dieu dont la pensée nous dépasse (Rm 11.32-36) !
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