La Bible selon Shora Kuetu (1) : « La Bible de Jésus-Christ »

Le 19 décembre dernier, le pasteur controversé Shora Kuetu sortait sa propre « révision » de la Bible, intitulée « la Bible de Jésus-Christ » (BJC). Cette nouvelle traduction révisée est accessible gratuitement sur un site plutôt bien fait : on y trouve, en plus du texte de cette révision et des notes qui l’accompagnent, une petite introduction, ainsi que la possibilité de comparer le texte de Shora Kuetu à d’autres version bibliques. Pour en savoir plus sur cette révision, on peut également visionner cette vidéo du discours de Shora Kuetu à l’occasion de « la nuit d’actions de grâce » pour « la sortie de la Bible de Jésus-Christ ».

Sébastien Fath a commenté brièvement cette sortie, du point de vue du sociologue. Je présenterais ici mes réflexions du point de vue de l’apprenti bibliste que je suis.

Pourquoi s’intéresser à une telle initiative ?

Shora Kuetu se présente comme un "pasteur-prophète" quelque peu atypique, à la tête d’un réseau d’églises indépendantes mais aussi d’une web tv. Il dénonce, entre autres, « la doctrine diabolique » de la trinité et ne manque pas d’opposants (voir par exemple les critiques du pasteur Paul Ohlott).

Certains auraient tendance à classer l’affaire en envoyant séance tenante Shora Kuetu au bûcher des hérétiques. Toutefois, il me semble qu’il est intéressant de commenter l’initiative de ce pasteur pour plusieurs raisons :

  • L’organisation de Shora Kuetu a tout mis en place pour que sa révision soit largement diffusée: la version imprimée est distribuée gratuitement et un beau site permet d’accéder facilement à la version numérique. De plus, le pasteur prévoit de la traduire dans d’autres langues et de distribuer gratuitement des « millions d’exemplaires » dans le monde entier (source ici).
  • Il me semble important de dialoguer avec tous ceux qui lisent ou étudient la Bible, quel que soit leur arrière-plan ou leur approche.
  • Mais surtout, l’initiative de Shora Kuetu est essentiellement motivée par l’idée que nos traductions bibliques modernes ne sont pas fiables ou qu’elles sont tendancieuses. Or, ce type d’affirmations n’est pas toujours réservé aux courants les plus marginaux du protestantisme évangélique, il arrive aussi de les retrouver dans certains milieux plus établis. Par conséquent, il m’a paru intéressant de partir de la révision de Shora Kuetu pour aborder deux questions particulières : celle du « Texte reçu » en rapport avec le texte original du Nouveau Testament, et celle, plus générale, de la traduction biblique et de l’idée que nos traductions modernes reflèteraient les erreurs doctrinales de leurs traducteurs.

Auparavant, la première partie de ma réflexion consistera en une présentation générale de la Bible de Jésus-Christ.

La Bible « de Jésus-Christ »

BJC première page
Page de titre de la BJC

D’après Shora Kuetu, le nom « Bible de Jésus-Christ » vient du fait que le travail de révision « a permis de mettre en lumière une évidence : la personne de Jésus-Christ occupe une place centrale de Genèse à Apocalypse ». Il est donc « juste et honnête que la Bible porte le nom de son véritable auteur » (source ici).

Les croyants des deux derniers millénaires n’ont pas eu besoin d’attendre la sortie de la BJC pour constater la place centrale de Jésus-Christ dans l’Écriture, bien heureusement ! On peut s’interroger également sur la pertinence d’une appellation qui a tendance à classer les autres traductions bibliques comme n’étant pas « la Bible de Jésus-Christ ». Enfin, on se demandera pourquoi la préface de la BJC est signée par le seul Shora Kuetu. Etant donné que le travail a été réalisé en une année environ (suite à « plusieurs songes » datés de novembre 2013), il est évident qu’il n’a pas pu travailler seul sur cette révision de la Bible. Le pasteur laisse lui-même entendre qu’il s’agit d’un travail d’équipe (voir ici), mais pourquoi ne mentionne-t-il pas le nom de ses collaborateurs ? Au-delà du critère d’honnêteté intellectuelle, une telle mention permettrait de limiter l’idée que nous avons sous les yeux la Bible « selon Shora Kuetu ».

Une Bible gratuite !

La BJC est diffusée gratuitement sur la base de passages bibliques qui prôneraient la gratuité (Mt 10.8 ; Es 55.1 ; Ap 21.6 ; Ap 22.17) (source ici). C’est tout à l’honneur de Shora Kuetu de diffuser la Bible gratuitement ! Toutefois, la Parole de Dieu ne donne aucune recommandation sur ce sujet. Les passages cités par le pasteur-prophète ne parlent nullement de la diffusion de l’Écriture mais de la gratuité du salut (Es 55.1 ; Ap 21.6 ; Ap 22.17) ou de l’annonce du « Royaume des cieux » (Mt 10.8). Vu le coût que représentait la copie manuscrite d’un seul livre de l’Écriture à l’époque de Jésus, ce serait une aberration historique d’affirmer que les disciples partaient avec des centaines de rouleaux de l’Écriture sous le bras pour les distribuer à tout le monde ! 

Une disposition originale du texte biblique

BJC Ordre livres
Ordre des livres du "Testament de Jésus"

Shora Kuetu n’a pas peur de remettre en cause les pratiques courantes des églises. Ainsi, il récuse l’emploi des expressions "Ancien" et "Nouveau Testament" et retient plutôt les appellations « Tanakh » et « Testament de Jésus ». Le pasteur n’est pas le premier à remettre en question les désignations traditionnelles, ce qui est tout à fait défendable théologiquement.

Pour ce qui concerne l’ordre des livres bibliques, la BJC suit l’ordre de la Bible hébraïque pour le Tanakh, ce que font déjà d’autres éditions modernes. Toutefois, ce qui est plus original, c’est de disposer les épitres du Nouveau Testament dans l’ordre chronologique de leur rédaction. Ainsi, après les Actes, vous trouverez l’épître de Jacques, puis l’épître aux Galates, et ainsi de suite. Les datations des épîtres sont particulièrement discutées, en particulier pour les épîtres non pauliniennes qui donnent peu d’indices sur leur époque de rédaction. Toutefois, Shora Kuetu suit une datation traditionnelle, qui ne dépaysera pas les exégètes évangéliques conservateurs, et qui, à mon avis, peut globalement se défendre.

Les notes et introductions de la BJC

BJC intro Genèse
Introduction au livre de la Genèse

Chaque livre biblique est précédé d’une courte introduction mentionnant l’auteur du livre et sa datation, ainsi qu’un résumé du livre. Les attributions sont « prudemment » traditionnelles : l’auteur des livres du Pentateuque est « probablement Moïse », l’auteur de Josué est « probablement Josué », l’auteur du premier livre des Chroniques est « probablement Esdras » (mais l’auteur de 2 Chroniques est « inconnu » !). Les datations sont par contre bien moins prudentes : ainsi, les livres du Pentateuque sont datés « d'environ 1450-1410 av. J.-C. », le livre de Josué est du « 14ème siècle av. J.-C. » ou les deux livres de Samuel sont du « 10ème siècle av. J.-C. ». Bien entendu, même les exégètes les plus conservateurs seront généralement bien plus réservés sur la datation de ces livres.

La plupart des notes de bas de pages de la BJC sont là pour suggérer des passages parallèles. Toutefois, de temps en temps une note explicative est fournie. Ces notes sont parfois plus longues, et développent alors une interprétation particulière d’un verset biblique. Il ne s’agit pas là d’un travail systématique : beaucoup de passages difficiles n’ont aucune note explicative, alors que certains passages assez simples à comprendre sont accompagnés d’une longue note interprétative. Pour exemple on consultera simplement les notes des premiers chapitres de la Genèse. Il n’est pas nécessaire d’être un grand exégète pour constater que les interprétations proposées sont de piètre qualité : il s’agit avant tout d’interpréter un mot par l’emploi de ce même mot dans un autre passage de la Bible, dans un contexte totalement différent. Il n’y a pas de meilleure méthode pour faire dire à un passage biblique ce qu’il ne dit pas.

Par exemple, la note de Genèse 1.3 indique que dans ce verset, la « lumière » se réfèrerait à « Yahweh lui-même qui va s’incarner en la personne de Jésus-Christ pour chasser les ténèbres ». Ce n’est pas parce que l’image de la lumière est utilisée ailleurs pour décrire Dieu, que toutes les fois où on aurait le mot « lumière », il faudrait lire « Dieu ». C’est le contexte qui permet de déterminer si on a un usage symbolique du mot. Or, en Genèse 1.3, on comprend mal pourquoi Dieu se donnerait l’ordre d’apparaître !

Malheureusement, ce genre d’interprétation par association de mots se retrouve assez souvent dans les notes de la BJC. Rappelons que la consultation d’une concordance a ses limites : un même mot peut avoir divers sens !

Une révision des anciennes traductions protestantes

La Bible de Jésus-Christ se présente comme une « révision » de la Bible. On pardonnera volontiers cette terminologie hasardeuse. Il faut comprendre que Shora Kuetu n’a pas entrepris de proposer une nouvelle traduction de la Bible mais qu’il a révisé une ou plusieurs traductions françaises existantes. Mais quelle(s) traduction(s) française(s) ? On peut regretter que la préface de la BJC ne le signale pas. Tout au plus nous est-il dit que « pour réaliser cette révision, nous nous sommes appuyés sur le texte majoritaire (originaux et traductions) » (source ici).  

Dans cette vidéo, Shora Kuetu précise tout de même que la révision est basée sur une révision de 1744 (!) de la traduction de David Martin qui date quant à elle de 1707, et qui s’appuie elle-même sur la Bible de Genève.

BJC appli
L'application en ligne pour lire la BJC

Shora Kuetu nous fournit les outils pour vérifier ses propos : en effet, il livre une belle application en ligne qui permet de mettre en parallèle la BJC au texte grec du Textus receptus Stephanus (1550), au texte hébreu du manuscrit de Leningrad, ainsi qu’à des révisions des traductions françaises de David Martin (révision de 1744, source ici), d’Ostervald (révision de 1996, source ici) ou de Louis Segond (révision de 1910).

En mettant ces différents textes en parallèle, on constate rapidement que la révision de Shora Kuetu prend effectivement pour base le texte de la Bible Martin. Mais ce n’est pas toujours le cas : il arrive fréquemment que ce soit le texte de la Bible d’Ostervald qui serve de base textuelle. Cela n’est pas forcément incohérent, car la Bible d’Ostervald est elle-même une révision de celle de Martin. Toutes deux font partie des traductions protestantes dans la lignée de la Bible de Genève, basées, pour le Nouveau Testament, sur l’édition grecque dite « Texte reçu (Textus Receptus) » (souvent confondu avec le « Texte majoritaire »). Si ces deux traductions anciennes semblent former la base de la révision (avec une préférence pour la Martin), la BJC reprend toutefois assez souvent le vocabulaire de la Segond 1910. Il arrive même que le texte de la Segond serve de texte de base pour des passages bien connus comme le Psaume 23. Rappelons que la Segond ne fonde pas sa traduction du Nouveau Testament sur le Textus Receptus.

La plupart du temps, on aboutit ainsi à une sorte de compilation de ces 3 versions protestantes anciennes.

Toutefois, la Bible de Jésus-Christ ne se contente pas de compiler ces traductions existantes, elle les révise également. J’ai relevé trois types de révisions : la modernisation d’expressions françaises désuètes ; des corrections en lien avec le texte grec ou hébreu ; des révisions clairement interprétatives. 

Des révisions en lien avec l’état actuel de la langue française

Lorsque les trois versions anciennes comportent des expressions trop désuètes ou difficiles à comprendre dans l’état actuel de la langue française, la révision essaye parfois de les actualiser.
  • Par exemple, en Exode 4.27, l’expression ancienne quelque peu embarrassante « il le baisa » (Martin, Ostervald, Segond) est remplacée par l’équivalent moderne « il l’embrassa ».
  • Autre exemple, en Joël 3.5 (Joël 2.32 selon la numérotation suivie par la BJC), la mention des « résidus » (Martin) ou des « réchappés » (Ostervald, Segond) qui bénéficient du salut est rendue par « le reste » dans la BJC. La révision semble avoir voulu garder l’idée de la Bible Martin (« résidus ») en utilisant un terme français plus actuel ! On notera que sur ce point, la traduction de Martin semble avoir été plus influencée par la Vulgate (latin : « in residuis») que par le texte hébreu (le nom « sârîyd » a plutôt le sens de « survivant »).
  • En Matthieu 6.12, la BJC suit la Bible Martin, mais au lieu de « Et nous quitte nos dettes, comme nous quittons aussi les dettes à nos débiteurs », elle propose une formulation plus actuelle : « et remets nous [sic] nos dettes, comme nous aussi nous remettons les dettes à nos débiteurs ». On notera que cette formulation est proche de la traduction de Darby ou de la Nouvelle Bible Segond, mais que la deuxième mention des « dettes » suit la seule Bible Martin alors même que cette répétition est absente du texte grec (y compris du Textus Receptus).

De telles actualisations sont bien entendues particulièrement nécessaires. Toutefois, celles-ci ne sont pas systématiques.

Par exemple, on retrouve quelques formulations surprenantes comme « ils eurent le cœur touché de componction » (Ac 2.37) ; « notre Seigneur par lequel nous avons hardiesse » (Ep 3.11-12) ou encore « j'ai la bouche et la langue empêchées » (Ex 4.10).

Quelques choix sont plus embarrassants.

  • Shora Kuetu a choisi de conserver la traduction du grec « agapè» par « charité » (voir p. ex. 1 Co 13), alors même que ce mot n’est plus employé aujourd’hui dans le sens de l’agapè.
  • Pas question non plus d’actualiser le vocabulaire de la « repentance (métanoia) » alors même que ce terme renvoie, dans la langue française courante, à l’idée de pénitence ou de contrition. Dans le Nouveau Testament, l’idée de la métanoia implique bien plus que la simple reconnaissance de ses torts : il s’agit d’un véritable « changement d’attitude ». Par conséquent, conserver la terminologie française de la « repentance » éloigne le lecteur francophone du sens du texte original.
  • Parmi d’autres « conservatismes » du langage, notons la mention des « Gentils » pour désigner les non-juifs.

Pour ces trois derniers exemples, on peut discerner une influence du texte latin de la Vulgate sur les traductions protestantes anciennes : la Vulgate traduit agapè par caritas, d’où l’emploi du terme « charité » ; la confusion de la metanoia (repentance) avec la pénitence vient peut-être de l’emploi correspondant du vocabulaire de la paenitentia dans la Vulgate ; enfin, la dénomination « Gentils » vient de l’emploi du terme latin gens (gentis) dans cette même traduction latine. Ces quelques exemples soulignent le fait, connu, que les traducteurs protestants ont mis plusieurs siècles avant d’arriver à se débarrasser de l’influence de la Vulgate sur leur propre traduction ! Les traductions œcuméniques récentes (TOB, Français Courant, Parole de Vie) sont, sur ce point, moins catholiques que les traductions de Martin ou d’Ostervald !

Des révisions en rapport avec les textes hébreux ou grecs

Il arrive parfois que Shora Kuetu révise le texte des traductions françaises lorsqu’il pense que ces dernières traduisent mal le texte hébreu ou grec.

L’exemple donné dans la préface à la BJC et repris dans cette vidéo, est la répétition « deux fois de suite » de « certains mots ». « Cela n'est pas une erreur mais la restitution littérale de certaines expressions qui insistent sur une vérité » (source ici). Il s’agit en fait de signaler une construction qu’on retrouve régulièrement dans le texte hébreu de l’Ancien Testament : l’association d’un verbe conjugué au même verbe dans sa forme infinitive (appelée « infinitif absolu » par les grammairiens). Cette construction permet généralement de marquer l’insistance. Les traductions françaises le signalent parfois par un adverbe du type « certainement » ou « sûrement » (p. ex. en Gn 2.17 : « tu mourras certainement »). La BJC a donc choisi de retranscrire cette construction en répétant deux fois le verbe sous sa forme conjuguée (p. ex. en Gn 2.17 : « tu mourras, tu mourras »). Ce n’est probablement pas la meilleure façon de rendre l’insistance en français ! Mais, Shora Kuetu justifie cette répétition par le fait que « Dieu parle une fois et une seconde fois pour avertir les hommes » (source ici).

Cependant, dans la Bible hébraïque, la construction « infinitif absolu + verbe conjugué » n’est pas utilisée uniquement pour des paroles prononcées par Dieu, mais aussi par des personnages peu recommandables, qui utilisent cette insistance pour tromper leur interlocuteur ! Le meilleur exemple est celui du serpent qui, en Genèse 3.4, affirme « Vous ne mourrez pas, vous ne mourrez pas » (BJC). De plus, il est difficile de donner une explication théologique à une construction grammaticale courante qu’on retrouve dans d’autres langues sémitiques.

Enfin, signalons que la révision n’est pas systématique : bien des emplois de la construction hébraïque ne sont pas signalés par une répétition du verbe dans la BJC. Par exemple, sur les 34 emplois que j’ai repérés dans la Genèse, seuls 7 sont traduits par un double verbe (Gn 2.16 : Gn 2.17 ; Gn 3.4, Gn 15.13 ; Gn 18.10 ; Gn 20.7 et Gn 22.17). Même lorsqu’il s’agit de paroles dites par Dieu, la construction hébraïque n’est pas toujours signalée par la révision (p. ex. Gn 3.16 ; Gn 16.10 ; Gn 17.13 ; Gn 18.18 ; etc.).

Une des caractéristiques les plus intéressantes est la transcription systématique du nom divin « Yahweh » dans l’Ancien Testament, comme le font les traductions catholiques du chanoine Crampon ou de la Bible de Jérusalem, ou, différemment, la Traduction du Monde Nouveau des Témoins de « Jéhovah ». Cela tranche avec la tradition protestante qui traduit généralement le nom divin par « l’Éternel ». Toutefois, « Yahweh » est un nom propre, et il est tout à fait possible de choisir de le transcrire plutôt que de trouver un équivalent français.

Mentionnons également quelques exemples de tentatives de traductions plus « littérales ».

  • En Exode 20.5, la BJC traduit « punissant l’iniquité des pères sur les fils» au lieu de « punissant l’iniquité des pères sur les enfants » (Martin, Ostervald, Segond) : il s’agit vraisemblablement d’un rapprochement vers le texte hébreu qui a ici le mot bên au pluriel. Certes, le terme bên désigne en hébreu le « fils ». Mais lorsqu’il est employé au pluriel, il désigne fréquemment les descendants d’un individu, voire les membres d’un peuple (p. ex. les « fils d’Israël »).
  • On peut distinguer un excès de littéralisme dans la traduction du terme koinônia par « communion » en Ephésiens 3.9. Cela aboutit à une formulation surprenante : « pour mettre en évidence quelle est la communion qui nous a été accordée du mystère qui était caché de tout temps en Dieu » (Ep 3.9). On pourrait s’attendre à ce que la BJC traduise systématiquement le terme koinônia par « communion ». Pourtant ce n’est pas le cas. En 2 Corinthiens 13.13, par exemple, la BJC conserve la formulation de Martin, Ostervald ou Segond : « Que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, la charité de Dieu et la communication ( !) du Saint-Esprit soient avec vous tous ».
  • En Jean 3.3 et 3.7, Shora Kuetu traduit « naître d’en haut » là où les traductions protestantes ont généralement « naître de nouveau » (la Bible annotée et la Bible du Semeur font toutefois exception). Cette révision s’accompagne d’une longue note explicative, débutant ainsi : « Dans la plupart des Bibles modernes, on trouve l'expression naître « de nouveau », or cette traduction n'est pas correcte puisque le texte grec utilise l'expression naître « d'en haut ». » Il est vrai que le terme grec employé ici (anôthen) désigne fréquemment ce qui est « en haut ». Toutefois, la consultation de n’importe quel dictionnaire de grec ancien montrera que ce n’est pas le seul sens du mot. Celui-ci peut avoir un sens temporel et désigner le commencement ou l’origine : c’est ainsi que la BJC l’emploie par exemple en Luc 1.3 (« depuis le commencement »). Le mot peut aussi avoir le sens de « encore » ou « à nouveau » : c’est ainsi que la BJC l’emploie en Galates 4.9 (« comme auparavant »). En fait, en grec, l’expression de Jean 3.3 et Jean 3.7 est ambigüe : on pourrait aussi bien comprendre « naître de nouveau » et « naître d’en haut ». Le texte suggère que Nicodème ait compris que Jésus parlait de nouvelle naissance, puisqu’il demande en Jean 3.4 comment un homme pourrait « naître une seconde fois » (BJC). Toutefois, on peut se demander si Jésus ne pensait pas à une « naissance d’en haut » puisqu’il réoriente ensuite Nicodème vers les « choses célestes » (Jn 3.12). La traduction de Shora Kuetu peut donc se défendre, même si les raisons qu’il en donne ne sont probablement pas les bonnes !

Ces quelques remarques montrent que Shora Kuetu s’intéresse aux textes originaux. Ceux-ci semblent parfois avoir été consultés pour l’élaboration de la BJC. Toutefois, les révisions trahissent souvent un excès de littéralisme qui enfreint une des règles de bases de la linguistique : la prise en compte de la polysémie d’un mot. Dans n’importe quelle langue, un même mot peut avoir plusieurs sens. C’est le contexte de la phrase qui indique quel est le sens qu’il faut retenir, et donc la manière de le traduire. Par exemple, dans la phrase « mon ami est cadre dans une grande entreprise », le mot « cadre » n’aura pas le même sens que dans la phrase « j’ai cassé le cadre de mon vélo » ou dans la phrase « j’ai passé des vacances dans un cadre idyllique ». Si je dois traduire le mot « cadre » en anglais, je le traduirai selon les cas par « manager », « frame » ou « setting ». Il en est de même pour la traduction des mots grecs ou hébreux !

Des révisions interprétatives

« Traduire c’est trahir » dit-on parfois. En effet, il est impossible de décalquer une langue sur une autre : un mot d’une langue donnée a rarement son équivalent exact dans une autre langue. Chaque langue a son propre vocabulaire, ses propres expressions. De plus, la syntaxe ou la grammaire varient d’une langue à l’autre. Le traducteur doit donc faire des choix. Ces choix vont être grandement influencés par la formation, l’école, les compétences ou l’expérience du traducteur. Si cela vaut pour tout travail de traduction, ça l’est encore davantage pour la traduction de la Bible. D’une part, la distance de plusieurs milliers d’années entre le texte original et notre contexte compliquent la traduction. D’autre part, la Bible n’est pas un texte comme les autres ! Il s’agit de l’ouvrage le plus commenté, le plus étudié et le plus discuté. Pour le croyant, il s’agit même de la Parole de Dieu ! Il est donc particulièrement difficile de traduire la Bible de façon totalement neutre.

La Bible de Jésus-Christ ne fait pas exception. Elle contient quelques révisions qui laissent entrevoir une interprétation particulière du texte biblique. Toutefois, elles sont plutôt rares : dans l’ensemble, la BJC reste assez fidèle à ses sources (c’est-à-dire aux traductions de Martin, Ostervald ou Segond).

Celles que j’ai relevées se trouvent au sein des premières pages de la Bible.

  • En Genèse 1.2, la BJC propose la traduction originale « Et la terre devint informe et vide ». Cette traduction du verbe « être » hébreu par « devenir » ne se retrouve dans aucune autre traduction française de la Bible. Elle provient, à mon avis, de l’interprétation dite « restitutionniste » du récit de Genèse 1. Selon cette hypothèse, la chute de Satan se serait produite entre les lignes du premier et du deuxième verset de la Bible. C’est cet épisode qui aurait conduit au chaos d’une terre « informe et vide ». Le récit de Genèse 1 ne serait donc pas celui d’une création initiale, mais plutôt une restauration du monde de Dieu. La théorie restitutionniste a peu d’appuis en dehors de la Genèse. Mais elle n’en a aucun au sein du texte de la Genèse ! Il faut vraiment lire entre les lignes du texte hébreu pour ne pas voir un récit de création du monde en Genèse 1. La traduction la plus naturelle est celle retenue par toutes les traductions françaises : « la terre était informe et vide ».
  • De même, au verset suivant, la BJC propose : « Que la lumière apparaisse ! Et la lumière apparut. » (Gn 1.3). On ne comprend pas pourquoi Shora Kuetu, pourtant adepte du littéralisme, traduit encore différemment le verbe être. Une note nous propose quelques « éclaircissements » : « Cette lumière n'est autre que Yahweh lui-même qui va s'incarner en la personne de Jésus-Christ pour chasser les ténèbres. ». Effectivement, si la lumière de Genèse 1.3 désigne Dieu lui-même, il est difficile de traduire « que la lumière soit ! ». Mais cela fait beaucoup de choses à lire entre les lignes !

Signalons que les sociétés bibliques qui œuvrent à la traduction de la Bible favorisent un travail de groupe. La traduction proposée par l’un est relue par d’autres, et les difficultés majeures sont discutées par un comité. La tendance est aujourd’hui à intégrer dans ce processus des personnes de différentes confessions chrétiennes : ainsi, un relecteur protestant pourra signaler à un traducteur catholique que sa traduction est influencée par son interprétation catholique du texte (et inversement). Ce dernier essayera alors de corriger sa traduction pour proposer une traduction plus « neutre ». Certes, une traduction ne sera jamais totalement « neutre », mais un tel travail d’équipe permet une approche bien plus objective du texte biblique.

 

Conclusion

La Bible de Jésus-Christ est essentiellement une compilation des traductions françaises dites de Martin, Ostervald et Segond, avec une nette préférence pour Martin. Quelques révisions ont été établies, selon plusieurs principes. Toutefois, ces révisions ne sont pas homogènes, ni systématiques. De plus, elles sont rarement judicieuses et témoignent d’une connaissance très superficielle de la linguistique ainsi que des langues bibliques. On ne s’étonnera pas du manque de pertinence de ce travail de révision, lorsqu’on sait qu’il a été accompli sur une période d’une année ! Les équipes de spécialistes qui travaillent à la traduction de la Bible consacrent généralement plus d’une dizaine d’années à cette tâche. De plus, ce sont des experts ayant passé de nombreuses années de leur vie à étudier le grec et l’hébreu anciens. On peut donc regretter que Shora Kuetu ne se soit pas appliqué avec plus de sérieux à la tâche que, selon lui, le Seigneur lui a confiée. Souhaitons que la BJC soit un jour sérieusement « révisée ».

Je ne pense pas que le texte de la BJC soit dangereux ou « corrompu », et je suis convaincu que le Seigneur peut l’utiliser pour se révéler à ceux qui le liront. Toutefois, ce n’est clairement pas la meilleure traduction française de la Bible dont nous disposons aujourd’hui ! Sa plus grande faiblesse ne réside pas tellement dans les révisions de Shora Kuetu, mais plutôt sur le fait qu’elle se base principalement sur la traduction de David Martin. Certes, il s'agissait d'une bonne traduction en son temps. Mais elle est encore trop marquée par l’influence de la Vulgate, et elle emploie un langage inadapté à notre époque. Enfin, pour la traduction du Nouveau Testament, elle se base sur le Textus Receptus, qui est plus éloigné du texte original que le texte grec sur lequel se basent les traductions récentes. C’est ce dernier point que je développerai dans mon prochain article.

 

 

Lire la suite : Le « Texte majoritaire » et la question du texte original du Nouveau Testament (La Bible selon Shora Kuetu (2) )

 

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31 Responses

  1. Merci Timothée pour tes articles réguliers sur le blog! Gros travail cette fois-ci, n’est-ce pas?

    Je me réjouis de ton article à venir sur les manuscrits bibliques!

  2. DIdier Fontaine

    Bel article, très clair, sur cette traduction que je ne connaissais pas du tout… De nos jours les lecteurs de la Bible ont abondance d’outils pour étudier la Bible, comparer les versions, vérifier les allégations, et même retourner aux sources s’ils souhaitent (combien de manuscrits auparavant apanage des spécialistes sont maintenant numérisés et en ligne !). Produire du « vin nouveau » paraît difficile, même si les traductions de la Bible doivent s’adapter à leur langue cible. Ceci dit, le choix du texte de base est fondamental, et les éditions éclectiques rencontrent de très nombreux adversaires, y compris parmi les spécialistes.

    • Merci Didier pour le retour. Il s’agit plutôt d’une révision d’une ancienne traduction que d’un véritable travail de traduction. Je traiterai de la question du texte grec du Nouveau Testament dans mon prochain article. Ceci dit, il est surprenant que la polémique « populaire » tourne autour du texte du NT alors qu’il y a un assez large consensus parmi les spécialistes pour une approche éclectique ! A l’inverse, les spécialistes sont assez divisés sur l’approche du texte de l’AT ; mais ce débat ne semble pas avoir beaucoup dépassé le cercle des spécialistes…

  3. 1) Merci pour votre article. il me semble aussi que la BJC est une révision à partir des traductions françaises dites de Martin, Ostervald et Segond, avec une nette préférence pour Martin.

    2) vous écrivez (en gras) que « les sociétés bibliques qui œuvrent à la traduction de la Bible favorisent un travail de groupe », et semblez en faire un point négatif. Mais, dans la mesure où Dieu Lui-même a systématiquement préféré confier, non pas à des groupes, mais à des individus, l’écriture des différents livres de la Bible, on peut voir qu’Il ne fait pas du « travail de groupe » un critère. Ne devrions-nous pas aussi nous en abstenir ?

    3) vous dites aussi « elle se base sur le Textus Receptus, qui est plus éloigné du texte original que le texte grec sur lequel se basent les traductions récentes », et laissez ainsi entendre qu’il y aurait un « texte original » distinct du « Textus Receptus » et de ce que vous appelez « texte grec ». mais quel est ce texte original ? il me sembe plutôt que l’on peut parler de « Textus Receptus » et de « textes grec modernes », et que le débat (introduit surtout à partir du 19è siècle) est de savoir lequel des deux est plus fidèle à un original dont on ne dispose plus.

    • Merci pour vos remarques.
      Je traiterai de la question du texte original du Nouveau Testament en détail dans mon prochain article.
      Par rapport à votre point 2) : D’une part, je ne suis pas sûr qu’on puisse comparer l’écriture des livres bibliques à sa traduction. Pour ma part, je considère que seul le texte original est pleinement inspiré et sans erreur. Je ne pense pas qu’une traduction puisse être de la même manière pleinement inspirée et sans erreur. D’autre part, la Bible n’a pas été rédigée par un seul individu, mais par divers individus de diverses époques. Certains livres bibliques comme ceux des Rois et des Chroniques n’ont pas forcément un auteur humain unique ; et ils s’appuient explicitement sur les écrits d’autres individus.

  4. Merci Timothée pour ce bel article, clair, argumenté, nuancé et très éclairant.
    J’ai beaucoup receptus…
    sinus

  5. C est une secte?

    • Tout dépend ce que l’on appelle une secte… J’aurais du mal à définir un mouvement qui n’affirme pas la trinité comme « chrétien ». Je parlerais plutôt d’un mouvement « para-chrétien ». Toutefois, je serais personnellement assez réticent ou prudent avant d’employer le mot « secte ». Je ne connais pas assez le mouvement pour me prononcer. Aujourd’hui, par exemple, les Témoins de Jéhovah ne sont plus considérés comme une secte par les services de l’Etat.

  6. En ce qui concerne les contributeurs, peut-être que la réponse se trouve sur GitHub
    (https://github.com/anjc-prod/BJC/graphs/contributors).

    Chacun peut alors se prendre pour Thomas Römer et tenter un analyse diachronique.
    Prenons l’exemple de Genèse 16.10.
    Sur ce commit du 24/10/14 (https://github.com/anjc-prod/BJC/commit/6a175f42e82ffd6f9dde40a1a538a24f1e0829c3),
    <> devient <>.
    Puis sur ce commit postérieur du 29/10/14 (https://github.com/anjc-prod/BJC/commit/656a6f61e18c860c2c0a1f2f962c56e5bc99afb5),
    on observe une restauration.
    Je serais incapable d’expliquer cette hésitation.

    Cependant, sur le plan technique, le travail me semble louable.
    A quand une traduction de qualité, open source et constamment mise à jour ?

    • Merci bien pour cette information. C’est vrai que d’un point de vue technique, Shora Kuetu semble avoir des informaticiens compétents dans son équipe. Dommage qu’il ne fasse pas appel à des biblistes aussi compétents et formés que ses informaticiens…
      La question d’une traduction biblique Open Source serait un projet intéressant. Toutefois, pour qu’elle soit de qualité, il faudrait pouvoir sélectionner les contributeurs. Il serait notamment important que les biblistes et linguistes francophones les plus compétents puissent prendre part à un tel projet. Je ne suis pas sûr que ces derniers le fassent bénévolement (en tout cas de manière conséquente)… Une traduction biblique de qualité ne peut se faire sans un budget conséquent. Pour que le résultat soit Open Source, il faudrait donc que sa mise en oeuvre soit financée par des dons (via un financement collaboratif ?)…

  7. Merci pour cette analyse de cette stupéfiante actualité !

  8. Bonjour, merci pour cet article.
    Je m’étonne de la manière très désinvolte avec laquelle vous écartez l’interprétation selon laquelle « Yahweh lui-même qui va s’incarner en la personne de Jésus-Christ pour chasser les ténèbres » dans les premiers verset de la genèse.
    Les premiers versets de Jean font assonance aux versets de la genèse et développent bien le thème selon lequel Jésus est la lumière du monde.
    Du reste, Orgène développe dans « au commencement était le verbe » une analogie identique.
    Çà me parait donc bien léger d’écarter le sujet si facilement comme si c’était une aberration.
    Cette hypothèse n’empêche pas de considérer Dieu comme trinitaire et donne au contraire bien du grain à moudre.
    Dieu par son logos engendre Jésus Christ avant le commencement du temps et de la création. Cet engendrement dans l’Eternité marque le commencement de notre univers. Il est incontestablement la Sagesse. Il y aurait beaucoup à dire là dessus..

    • Bonjour.
      Merci pour votre remarque. Vous pensez donc qu’en Genèse 1.3 Dieu se donne l’ordre à lui-même « d’être » ? Ou seulement au fils ?
      Certes Jean 1fait une allusion à Genèse 1 et présente le Logos comme étant la lumière du monde. Mais en Jean 1 le Logos est Jésus. Est ce que selon votre interpretation cela signifierait que Jésus est la parole créatrice (le Logos) qui se donnerait lui-même l’ordre de venir à l’existence ?

      • Je vous remercie d’avoir pris le temps de me répondre. Je n’ai aucune position arrêtée sur la question, comme si je pouvais être certain de quoique ce soit en la matière… Et… de vous à moi, ça n’a aucune importance pour mon salut donc je n’attache pas beaucoup d’importance à ces discussions byzantines. Il y a deux hypothèses possibles qui me viennent à l’esprit.

        La première, et la plus simple, est la suivante:

        1- Le logos fait venir à l’existence le logos en un paradoxe qui correspond bien à un mouvement d’éternel engendrement du Fils dans le Père depuis toute éternité.
        « Yahawé », le « Vivant Eternel » , qui « Est » ou vient à l’existence Éternellement par sa nature (je suis celui que je serais ou que je suis…)
        Ce qui est conforme à notre croyance. Après tout, nous croyons à la trinité, qui est la description d’un état logique paradoxal pour l’humain aussi.

        La seconde:

        2-Sachant que:
        Le logos est Dieu
        Jésus est le Logos
        Jésus s’est dépouillé de ce qui l’égalait au rang de Dieu
        On peut donc dire que Jésus Christ est le logos limité, à cause de son incarnation.
        Ainsi, si on compte bien, Le logo aurait été introduit deux fois dans le monde, une première fois en tant que Lumière du monde et une seconde fois comme être humain.
        « Hébreux 1:6 Et lorsqu’il introduit de nouveau dans le monde le premier-né, il dit : Que tous les anges de Dieu l’adorent ! » (version segond, j’attire votre attention sur le « de nouveau »)
        Le logos fait donc venir à l’existence Jésus Christ, en se vidant de Lui-même. C’est la première oeuvre de la création et une nécessité. (Dieu -qui remplissait tout- se « retire » pour faire place au libre arbitre ,au mal et à la création, en laissant cette place, il concentre donc son essence en Jésus Christ, lumière du monde)

        Ceci dit, on peut aller plus loin et se poser la question de connaitre la nature du logos alors qu’il était incarné et déja dépouillé, mais pas encore incarné en tant qu’homme…

        • Par rapport à votre première hypothèse, il me paraît improbable de voir en Genèse 1.3 la notion d’engendrement perpétuel du Fils. En effet, Genèse 1 est le récit de la « création » du cosmos : Dieu crée ce qui n’existait pas auparavant. La formulation de Genèse 1.3 : « Dieu dit : que la lumière soit » est exactement la même qu’aux versets 9 ou 14 au sujet de la création de la limite des eaux, ou des luminaires. Je ne vois pas pourquoi il faudrait lire une fois l’expression dans un sens allégorique, et les autres fois dans un sens littéral.
          De plus, lorsqu’on connaît la facilité avec laquelle les récits du Proche-Orient ancien expliquent les origines des éléments par une forme d’enfantement suite à des relations sexuelles entre des dieux (« cosmogonies »), il est frappant de voir que le texte de Genèse 1 bannit volontairement ce type de langage. La notion d’engendrement me paraît donc difficile à lire en Genèse 1.
          La deuxième hypothèse me paraît trop sophistiquée et difficile à lire à partir des textes bibliques. En Hébreux 1.6, le terme « de nouveau » (grec « palin ») sert, comme au verset précédent, à introduire une autre citation biblique : « et encore, il dit » (voir le verset 5).
          Enfin, lorsque la Bible dit que Dieu ou Jésus est « la lumière du monde », c’est une image : jamais la Bible n’affirme que Dieu ne prenne « corps » autrement que dans un homme. Jésus est lumière dans le sens qu’il éclaire le monde. De la même manière qu’il est le pain qui nourrit. Ou alors, il faudrait diviniser le soleil et les étoiles (ou peut-être, plus exactement, les photons) ?

  9. Je ne suis pas non plus satisfait de la première hypothèse parce que Jean -qui nous relis la genèse- y voit un évènement qui s’inscrit sur la ligne du temps et non un mouvement eternel d’engendrement. Il nous en aurait touché un mot dans son prologue sinon.

    Pour le mot palin qui vient probablement de la même racine que pale, il porte l’idée d’oscillation et/ou de répétition comme vous le savez. Ce passage est diversement traduit d’ailleurs environ 50% des versions que j’ai introduisent le verset par un equivalant de « et encore » et 50% autres donnent à la venue du christ dans le monde une notion de « à nouveau ».
    Mais je suis d’accord que ce n’est pas un mot dont la traduction est suffisamment fiable pour échafauder une théorie dessus.

    Au contraire, la bible nous rapporte que Dieu a foulé la terre a diverses occasions précédent son incarnation en Jésus Christ, au minima et indéniablement au chêne de Mamré avec Abraham. Ce seul exemple suffit pour affirmer que Dieu a pris « corps » avant sa venue au monde à la manière d’un vrai être humain.

    La genèse nous rapporte le récit de la création de notre univers comme matière certes, mais la lecture que nous en donne Jean indéniablement nous montre qu’au moins une étape de cette création correspond aussi à un évenement sprirituel.
    Jean n’avait aucune raison de nous expliquer la genèse ni de nous indiquer à cette occasion que Jésus est la lumière du monde si le récit de la genèse n’a qu’une porté matérielle en ce qui concerne la lumière.
    Puisque Jean est le premier à nous expliciter le récit de la genèse, en plaçant le logos comme créateur et Dieu, venu dans le monde pour l’éclairer à l’occasion de cette création, il est difficile de faire autrement que de considérer le fiat lux comme se rapportant au Christ. Sinon quel est le but recherché de Jean ?
    Le prologue de Jean étant aussi parole de Dieu…

  10. Bonjour, je ne vous connais pas monsieur, mais je tenais à vous féliciter pour votre travail.
    Analyse mesurée et qui saura plaire au novice ou aux personnes plus familières avec les langues bibliques, manuscrits et versions.
    Merci beaucoup pour ce que vous avez écrit, lors de discussions avec les partisans de cette traduction je leur tenais à peu près les mêmes remarques.
    Soyez béni.

  11. Jésus Fils de Dieu Éternel

    Proverbe 8v22-30 puis colossiens 1;15-16 comparez !

    Jésus sera introduit dans le monde pour le créer et enseigner l’homme comme Adam, Noé, Abraham, Moise

    Puis a nouveau introduit par le moyen de la chair

    IL a i créé toutes choses ayant été enfanté dans l’éternité cet ensuite envoyé comme un FILS donné Isaïe 9:6

    Le N-T révèle parfaitement celui qui était caché dans le sein du Père c’est à dire dans la lumière inaccessible de sa gloire !

    Dieu interroge Salomon et lui dit Proverbes 30:4 Qui est monté aux cieux, et qui en est descendu? Qui a recueilli le vent dans ses mains? Qui a serré les eaux dans son vêtement? Qui a fait paraître les extrémités de la terre? Quel est son nom, et quel est le nom de son fils? Le sais-tu?

    Isaïe va le révéler Lit donc Isaïe

    12;2 EL YACHIUWAH [Jésus] ou sauveur

    Dieu le Père enseigne a Salomon qu’il a bien un FILS enfant » et non créé cella avant son incarnation Jean 1v14 Lire encore 1 Jean 2;22

    Conclusion : Le Père n’est pas le Fils et le Fils n’est pas celui qui l’a enfanté ! Mais le Fils est Dieu car pour être Dieu il faut le Père et le Fils et Dieu est Esprit! AMEN

    Soyez bénis

  12. je suis interessée par cette bible ou se la procurer

  13. Christophe Jf Martin

    Merci Timothée pour ton analyse, j’aime ta retenue et ton franc parlé. Perso, je l’ai eu en main et te rejoins. Cette version est excessivement littéraliste, elle reflète profondément les intentions de ce mouvement…beaucoup de dénigrement, « don de la dénonciation », Trinité et Kénose du Christ entachées, séduction de croyants mal affermis. Oui Dieu utilise les ânes pour parler, il peut utiliser cette version…Un jeune de mon assemblée s’est converti par ce biais (réseaux sociaux et cette bible) mais a littéralement été plongé dans la critique, éloigné d’une réelle transformation.
    Pour être plus tranchant, je déconseille cette version, pour ce qu’elle est mais aussi pour l’idéologie qui a motivé sa rédaction.
    Bless U.

  14. Bonjour, je trouve votre article très mesuré et pertinent, et je vous en remercie.
    Je connais un peu le mouvement initié par Shora Kwetu, et il me semble que s’il y a des choses à critiquer, il est vrai, tout n’est pas condamnable, notamment son appel à devenir des chrétiens fervents et indépendants (d’ailleurs, je ne pense sincèrement pas qu’il s’agisse d’une secte puisque le point central du mouvement consiste dans l’encouragement à quitter des église où la présence de Dieu aurait été remplacée par la religiosité, pour en trouver/créer de nouvelles où Il se manifesterait véritablement. Shora Kwetu ne semble donc pas chercher à garder ts ces fidèles pour lui seul).
    J’ai cherché (assez rapidement, il est vrai) sur votre site s’il existait de tels articles pour d’autres Bible mais n’en ai pas trouvé. Je trouve la démarche inintéressante et cela m’aurait plu d’en lire sur d’autres éditions. Si j’ai raté un article, merci de me l’indiquer. Bonne continuation à vous, dans notre Seigneur !

  15. François TCHIDJE

    Merci Timothée pour ce travail sérieusement fait, je suis marqué par l’humilité avec laquelle tu abordes le sujet. J’apprecies egalement le fait que ce ne soit pas juste une critique négative et accusatrice mais une analyse objective et équilibrée qui valorise ce qui est appréciable et interpelle avec amour sur les manquements. Si j’étais Shora, je serai tres encouragé d’avoir le retour des personnes comme toi. Je suis moi aussi apprenant et enseignant de la Bible et j’aimerai ,si je peux avoir ton adresse,partager avec toi certaines de mes publication pour une critique constructive.

  16. simeu nobel

    bonjour ……… svp comment faire pour avoir une BJC puisse qu’elle ne se vend pas..
    j’ai pas de l’application mais de la bible reellement dite…. meci suis au cameroun

  17. « J’aurais du mal à définir un mouvement qui n’affirme pas la trinité comme « chrétien ».  »
    Je pense le contraire, j’aurais plutôt du mal à définir un mouvement qui affirme la trinité comme  » chrétien « , pourquoi car vous vous basez sur votre théologie, la trinitée est une invention de Tertulien faite votre recherche, que la bible ne mentionne ni mot théologie, ni mot trinitaire, c’est des traditions catholique que vous avez gardez, car Jésus lui meme a dit dans Mt 11:27 « …personne ne connait le Père sinon le Fils et a qui le Fils veut le révéler », vous avez recue quand la révélation a se sujet? avant hière j’ai baptiser quelqu’un, quelques heures apres il m’a dit qu’il a recue la révélation du Père, j’ai vérifier si c’est selon la doctrine de Christ et non selon la théologie, et j’ai meme été choquer de savoir que Dieu lui a révéler en quelques heures qui il est et moi j’ai passer des année pour recevoir cette révélation, c’est a dire Dieu se révèle et ne s’étudie pas par la théologie  » philosophie humaine », et meme quelques versets avant Jésus disait Mt 11:25  » merci Père car tu as cacher ses choses au grand et aux intelligents de ce monde et tu l’a révéler au tout petit » est ce que vous etes assez petit ( humble) devant Dieu pour recevoir sa révélation? ne faite pas comme les religieux juifs de l’époque qui étaient très intelligent pour avoir l’humilité de reconnaitre qu’ils sont aveugles, je vous prie arreter de philosopher et de tro parler, chercher la face de Dieu et sa révélation.
    Le Pasteur en question, pour savoir s’il vient de Dieu il vaux voir ses fruits, et je vous demande si vous avez vérifier ses fruits? moi oui, je ne fait partis du mouvement, mais j’ai été jusqu’à Paris pour vérifier certaines choses avec le discernement que Dieu m’a donner, et je suis retourner chez moi satisfait que Dieu encore sucite de vrais serviteur, qui sont de plus en plus rare de nos jours, pourquoi? car contrairement a vous, il dénonce la dime, qui fait partie de la loi a ne pas appliquer dans les égilses, et beaucoup d’autre choses, guérisosn, délivrance, révélation, LA PUISSANCE DE DIEU DANS LA REPENTENCE, des homo qui se repentent et dénonce le péché, des personnes pratiquant la magie se dévoiler, j’ai vue de mes propres yeux une fille délivrer et changer en quelques heures, j’ai vu la lumière jaillir des ténèbres , bapteme au Nom de Jésus selon ac 2:38 / ac 8:16 / ac 10:48 / ac 19:5 et pourquoi car le verset de Mat 28:19 est voiler a vos yeux car vos préférer vous confier à la théologie qu’a Dieu, beaucoups de pasteurs évangélique avec leur théologie tordent les écritures car ils manquent de foi, examiner vous vous meme si vous etes dans la véritée, examiner vos œuvres, Prov 3:5 Confie toi de tout ton cœur a l’Eternel et NE T’APPUIE POINT SUR TON INTELLIGENCE…, vous etes tro intelligent, chercher Dieu soyez bénis et attention des personnes qui vous flattent, c’est un piège. Fraternellement en Christ.

    • Bonjour,
      Merci pour vos remarques et votre témoignage.
      La doctrine de la trinité n’est pas l’objet de mon article. Toutefois, je répondrai simplement qu’il est impossible d’affirmer la vérité de toute la Bible sans affirmer qu’il n’y a qu’un seul Dieu, que le Père, le Fils et le Saint-Esprits sont Dieu, et que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont 3 personnes distinctes. Tout cela est affirmé clairement et en même temps par la Bible. Si le mot « trinité » a été inventé plus tard, c’est bien pour rendre compte de cette vérité biblique. Si le mot n’est pas employé dans la Bible, il n’est pas possible de concilier les affirmations bibliques sans affirmer ce qu’on appelle « la trinité ».
      La « théologie » est le mot employé pour désigner l’étude et la discussion des choses de Dieu. Toute personne qui parle au sujet de Dieu, qui chercher à comprendre ce que dit la Bible, ou qui défend sa foi auprès de non-chrétiens fait donc de la théologie. Votre post précédent était un post de théologie.
      Bien fraternellement

  18. désoler pour les faute car le Français n’est pas ma première langue.

  19. Article intéressant détaillé et mesuré, merci

    « Bible de Jésus Christ » est en effet une appellation abusive ! Jésus est la parole de Dieu mais il n’est pas à l’origine de la compilation de livres considérés inspirés et du canon protestant !!

    Ce qui m’a vraiment dérangé dans le présentation de cette traduction par son auteur c’est une impression qu’elle était la seule valable ! Ce qui renforce l’idée déjà présente dans ce mouvement qui sont les seules à détenir la vérité (une forme d’idolâtrie)

    Elle peut donc servir a justifier et rendre incontestable a les doctrines défendus pas ce mouvement en orientant la traduction !

    Bref veillons, personnellement je m’en passerai !

    Fraternellement !

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