4ème étape : Lire le texte dans son contexte littéraire

Cet article s'insère dans la cadre de la série "Etudier un texte biblique en 8 étapes"

Etudier Bible 8 étapes

La Bible est à la fois parole de Dieu et parole humaine. Le texte biblique n’a pas été écrit sous la divine dictée.  Chaque livre de la Bible a été écrit par un auteur, certes inspiré, mais qui écrivait avec son propre style, dans la langue et avec les codes de son époque. Pour comprendre un passage de la Bible, il convient donc de le lire dans son contexte littéraire. Nous devons comprendre comment tel auteur écrivait et quel sens donnait-il à ses mots.

Quel est le genre littéraire du passage ?

La première question à se poser est celle du genre littéraire du passage. On n’écrit pas de la même manière une lettre, un roman, une poésie, un acte notarial, un traité philosophique ou un article de journal. Chaque genre littéraire a ses codes. C’est la même chose pour le texte biblique composé de poèmes, de littérature de sagesse, de récits biographiques, de réflexions théologiques, de lettres, de paraboles, de prophéties, etc. En fonction du genre du passage, on lira les éléments du texte de manière plus ou moins littérale. Il est donc important de comprendre les codes littéraires de l’époque de la rédaction du texte pour éviter des anachronismes dans l’interprétation.

Observer le texte

Une fois le genre littéraire pris en compte, on prendra le temps d’observer le texte. On pourra souligner la répétition de certains mots, ou la récurrence d’une thématique donnée. On pourra s’intéresser à la manière dont l’argumentation est développée. Ces remarques nous aideront à comprendre la façon dont le texte est structuré. On pourra en déduire ce qui est important pour l’auteur, ou ce qui est une question annexe.

Examiner le contexte immédiat

Pour une juste compréhension, il est important de relire les versets qui précèdent et qui suivent immédiatement le passage étudié. On pourra relever tout ce qui, dans le contexte immédiat, permet d’éclairer le sens du passage étudié.

Situer le passage au sein du livre biblique

Il conviendra ensuite de situer le passage au sein du livre dans lequel il se trouve. Si le livre est relativement court, on pourra relire l’ensemble de l’écrit. Si le livre est particulièrement long, on pourra se référer à un plan du livre et situer le passage étudié.

Examiner les rapports d’intertextualité

On pourra enfin s’intéresser aux autres écrits qui entrent éventuellement en rapport avec le passage étudié : ce qu’on appelle « l’intertextualité ». Les rapports d’intertextualité peuvent être divers :

Citations

La citation est le rapport le plus direct : le texte étudié cite explicitement un autre texte. Le plus souvent, il s’agit d’une citation d’un autre passage biblique. On pourra alors relire le passage d’origine d’où est tirée cette citation. Toutefois, il peut arriver également que la Bible cite un texte non biblique (p. ex. Ac 17.28 ; Jd 14-15).

Allusions

Pour ce qui est de l’allusion, celle-ci peut être de deux types :

  • L’allusion peut être explicite : l’auteur du passage fait explicitement référence à tel personnage ou telle notion connue de la littérature de son époque.
  • L’allusion peut être implicite : l’auteur fait référence à une notion ou une thématique connue par ses lecteurs, sans qu’il ait forcément besoin d’expliciter la référence.
    • Si par exemple, je vous dis que « je ne suis pas convaincu que le changement soit pour maintenant », vous comprendrez que je fais allusion au slogan de campagne de François Hollande en 2012. Pourtant, je ne suis pas sûr que celui qui me lirait dans 50 ou 100 ans puisse repérer cette allusion, à moins qu’il ait une bonne connaissance de l’histoire politique française des années 2010. De même, une allusion implicite d’un auteur biblique est souvent difficile à repérer, à moins d’avoir une bonne connaissance de la littérature du milieu de cet auteur.

Dans le cadre littéraire d’un récit, on portera une attention particulière aux allusions à d’autres récits.

  • Bien souvent, les narrateurs écrivent leur récit en faisant référence à un autre récit biblique.
    • Par exemple, l’enchaînement, en Matthieu 2 à 7, des récits de la fuite en Egypte, du massacre des nouveau-nés, du baptême dans le Jourdain, de la tentation au désert, et du discours sur une montagne, fait clairement allusion au récit de l’Exode.
  • De même, les auteurs bibliques aiment utiliser les doublets: ils racontent deux récits (voire plus) qui contiennent des similitudes frappantes.
    • C’est le cas par exemple au sein du cycle d’Abraham (Gn 12-25) : on trouve, entre autres, deux récits où Abraham fait passer Sarah pour sa sœur (Gn 12.10-20 ; 20.1-18) ; deux récits où Dieu fait alliance avec Abraham (Gn 15 ; 17) ou encore, deux récits au sujet d’Agar (Gn 16.1-16 ; 21.9-21). Il peut être intéressant de comparer ces récits parallèles, d’en repérer les similitudes, mais surtout les différences. Ces dernières sont souvent significatives quant à la progression du récit.

Quelques Outils

Apprendre à interpréter le texte en fonction du genre littéraire9780829714258
  • Gordon D. Fee et Douglas Stuart , Un nouveau regard sur la Bible : Un guide pour comprendre la Bible (Vida, 1982, 246 p., 16,50 €). Les auteurs, deux biblistes américains de renommée internationale, ont choisi d’aborder la question de l’interprétation sous l’angle des genres littéraires. Ainsi, après une présentation de chaque genre littéraire que l’on retrouve dans la Bible, ils proposent des principes pour l’interprétation des textes de ce genre littéraire.
  • Craig Keener, un des meilleurs biblistes évangéliques actuels, a produit un manuel d’introduction à « l’interprétation biblique ». Celui-ci se focalise en particulier sur la notion de « contexte ». Ce manuel est disponible en français… et gratuitement ! Pour obtenir ce manuel, rendez-vous sur cette page.
Plans des livres bibliques

Différents ouvrages proposent des plans des livres bibliques : cela peut se trouver au sein des introductions des bibles d’étude, des ouvrages d’introduction bibliques, de certains dictionnaires bibliques, ou encore dans l’introduction d’un commentaire biblique.

Consulter les passages parallèles

Pour ce qui est des questions d’intertextualité, dans un premier temps, il peut être utile de consulter les passages parallèles suggérés en marge ou en note de nos bibles d’études. L’application TopBible ou les différents logiciels bibliques proposent, pour chaque verset, un certain nombre de passages parallèles. L’avantage de ces outils électroniques est que le texte des versets parallèles s’affiche directement, ou par un simple clic, sans qu’on ait besoin de tourner les pages de notre Bible.

9782204082327Rechercher l’emploi d’un mot dans une concordance ou avec un logiciel biblique

La consultation d’une concordance peut aider à voir la manière dont un mot est utilisé dans la Bible.

Les logiciels bibliques peuvent également faire office de « super-concordances » électroniques (voir ma présentation ici).

Il faut toutefois être prudent dans l’utilisation de ces outils (voir à l’étape précédente : « le piège des études de mot »).

  • La plupart des concordances françaises sont basées sur une traduction donnée et non sur le grec ou l’hébreu.
  • De plus, on se rappellera qu’un même mot grec ou hébreu peut avoir plusieurs sens, que chaque auteur a son propre usage des mots, et que les auteurs bibliques n’ont pas tous écrit à la même époque. Un mot grec ou hébreu peut donc avoir des sens divers et variés au sein de la Bible, et parfois même au sein d’un seul livre biblique !

Un des ouvrages permettant d’éviter au mieux les écueils (mais limité au Nouveau Testament) est la Concordance de la Bible, Nouveau Testament (Cerf, 20065). Cet ouvrage en français est basé sur les termes grecs du Nouveau Testament, et classe ces termes, selon leur sens, par thème.

Les Distributions Evangéliques du Québec ont également publié plusieurs outils qui peuvent aider ceux qui ne lisent pas le grec ou l’hébreu (voir cette vidéo).

ceb-matthieu-tome-1Commentaires bibliques

On ne pourra pas éviter de consulter un bon commentaire biblique : celui-ci nous fournira normalement les informations essentielles concernant le contexte littéraire d’un passage donné. Il est impossible dans le cadre de cet article de donner une liste des meilleurs commentaires bibliques, d’autant plus que la qualité des commentaires varie souvent au sein d’une même collection.

  • Il existe désormais un bon nombre de commentaires anciens libres de droit accessibles gratuitement sur Internet. Malheureusement, il n’est pas toujours aisé de savoir ce qu’on peut trouver sur le net. Le logiciel Bible Parser a l’avantage d’en indexer et d’en regrouper quelques centaines.

Toutefois, on ne pourra pas éviter de consulter un bon commentaire récent, qui tiendra compte des discussions et des découvertes récentes.

935299036Lire des textes du monde de la Bible

Pour aller plus loin, et apprendre à mieux lire la Bible dans son contexte littéraire, l’enseignant aura intérêt à faire connaissance avec le milieu littéraire de la Bible. La lecture de textes écrits à une même époque et dans une même région que les textes bibliques apportent souvent un éclairage intéressant.

  • En ce qui concerne l’époque et le milieu de l’Ancien Testament, on pourra prendre le temps de lire quelques textes de la littérature du Proche-Orient ancien (L’épopée de Gilgamesh, Le code d’Hammourabi, etc.).
  • De nombreux écrits proviennent de milieux proches des auteurs du Nouveau Testament.
    • Durant la période qui sépare les derniers textes de l’Ancien Testament et la rédaction du Nouveau Testament, un certain nombre de livres juifs ont été rédigés. Ces écrits « intertestamentaires » sont aussi parfois appelés « pseudépigraphes de l’Ancien Testament » ou « apocryphes de l’Ancien Testament ». Nous en connaissons plusieurs dizaines, dont certains étaient particulièrement célèbres à l’époque du Nouveau Testament (par exemple, le livre d’Hénoch). D’autres écrits, plus spécifiques, comme la Règle de la communauté ou l’Écrit de Damas ont été retrouvés en plusieurs exemplaires parmi les manuscrits de la mer Morte.
      • Un volume contenant la traduction française d’un bon nombre de ces textes a été publié dans la Bibliothèque de la Pléiade (« La Bible, Écrits intertestamentaires»).
      • Pour 10,50 €, vous pouvez vous procurer une traduction française de la quasi-totalité des manuscrits non-bibliques retrouvés près de la mer Morte (Manuscrits de la mer Morte [éd. Perrin, 2003]). Un bon moyen de découvrir une littérature juive de l’époque de Jésus.
    • Deux auteurs juifs du 1er siècle nous ont laissé une littérature abondante (en grec). Il s’agit de Philon d’Alexandrie et de Flavius Josèphe.
      • Les écrits de Philon permettent de découvrir comment certains Juifs de la diaspora pouvaient lire l’Ancien Testament à la lumière de la philosophie grecque.
      • L’historien Flavius Josèphe, issu d’une famille de prêtres, nous a laissé deux œuvres majeures, toutes deux destinées à un lectorat romain :
        • Les 20 livres des Antiquités juives retracent l’histoire du peuple juif depuis ses origines bibliques jusqu’au premier siècle de notre ère.
        • La guerre des Juifs contre les Romains présente le récit des révoltes juives qui menèrent à la prise de Jérusalem et à la destruction du Temple en 70.
        • Une bonne traduction française de ces textes est accessible sur le site de Philippe Remacle.
      • Les Écrits des Pères apostoliques regroupent un certain nombre des plus anciens textes chrétiens, datant essentiellement de la fin du 1er siècle et de la première moitié du 2e siècle. Ceux-ci s’avèrent parfois très éclairants pour comprendre certains textes du Nouveau Testament.
        • Les éditions du Cerf ont publié une traduction française à un prix abordable.
        • Vous pouvez en trouver d’autres traductions libres de droit sur Internet : Didier Fontaine en a réalisé une compilation, disponible sur le logiciel Bible Parser, ou sous forme de « livre personnel » gratuit pour le logiciel Logos (voir ici).
        • Une très belle édition des Premiers écrits chrétiens vient d’être publiée au sein de la Bibliothèque de la Pléiade. Si le volume n’est pas bon marché, il permet d’accéder à très grand nombre des écrits chrétiens des 1er et 2e siècles : non seulement aux écrits des « Pères apostoliques » mais aussi à ceux rapportant les martyres de chrétiens, aux écrits apologétiques du 2e siècle, à des écrits plus théologiques comme ceux d’Irénée de Lyon, ou aux premiers écrits poétiques chrétiens. La liste est impressionnante et le volume en vaut son prix !
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