2ème étape : La critique textuelle (pour les nuls)

Cet article s'insère dans la cadre de la série "Etudier un texte biblique en 8 étapes"

Etudier Bible 8 étapes

Introduction à la critique textuelle

Nous ne disposons pas des manuscrits originaux écrits par David, Esaïe, Luc ou Paul. Nous en possédons uniquement des copies de copies. Les spécialistes de la « critique textuelle » s’évertuent à déchiffrer et comparer les différences entre les manuscrits anciens qui ont subsistés jusqu’à aujourd’hui. À partir de cette comparaison, ils tentent d’en proposer le texte original qu’ils estiment le plus probable. Si, pour 99% du texte biblique, cela ne pose guère de difficulté, il en est autrement pour quelques passages. Dans ces cas-là, les traducteurs de nos Bibles en français sont contraints de faire des choix.

A la recherche du texte original…

En tant qu’évangéliques, nous affirmons l’autorité et l’inerrance de l’Écriture que nous considérons comme Parole de Dieu. Toutefois, ce n’est pas la traduction Segond 1910 qui fait autorité, ni même les manuscrits grecs de la tradition byzantine (appelée parfois « texte majoritaire »), mais bien les manuscrits originaux (ou « autographes ») des livres qui forment notre canon biblique. Le but de l’étude biblique est de pouvoir comprendre ce que veut dire le texte original. Par conséquent, une fois le passage biblique choisi, il conviendra de vérifier que le texte français que nous avons sous les yeux reflète bien le texte original. Faire cela au début de l’étude est important : cette précaution permettra d’éviter de se focaliser ensuite sur un mot ou un verset qui serait en réalité absent du texte original.

Vous avez dit « original » ?

La notion de « texte original » est remise en cause par certains spécialistes, principalement pour deux raisons :

  • Certains livres (p. ex. le Pentateuque ou les évangiles synoptiques) seraient le fruit de plusieurs couches rédactionnelles et il est donc difficile de savoir ce qu’on appelle « texte original ».
  • Pour certains livres ou passages bibliques (p. ex. Jérémie), les témoins anciens du texte sont si différents que les spécialistes doivent se résoudre à l’affirmation de l’existence de deux versions différentes d’un même livre.

A mon avis, il est important de conserver la notion de texte original pour désigner la rédaction finale des livres bibliques : le travail d’un rédacteur n’est pas celui d’un copiste ! Les auteurs bibliques ont pu utiliser diverses sources ou textes antérieurs pour rédiger leur livre : mais ils ont fait œuvre de rédacteur pour agencer, remanier ou développer ces sources. C’est la manière dont ils les ont utilisées qui fait autorité (et non les sources elles-mêmes).

D’un autre côté, les copistes ont pu, volontairement ou involontairement, modifier l’emplacement d’un verset ou d’un groupe de versets, insérer une note explicative ou modifier l’orthographe d’un mot : mais il ne s’agit pas d’un vrai travail de rédaction. En dehors du livre de Jérémie ou de quelques passages de l’Ancien Testament, les spécialistes arrivent généralement à distinguer le texte final sous sa forme originale, des modifications ou corrections insérées par des copistes.

La critique textuelle à la portée de tous…

La critique textuelle nécessite un certain nombre de compétences et une formation qui en font une science réservée à des spécialistes. Comme nous ne sommes pas tous habitués à fréquenter les manuscrits antiques, quelques précautions d’usage suffiront généralement :

  • Vérifier que les versets étudiés sont bien présents dans le texte original. Certains versets longtemps présents dans nos bibles sont aujourd’hui considérés comme très probablement absents du texte original. C’est le cas par exemple du récit de la femme adultère en Jean 8 ou de la finale de l’Évangile de Marc (Mc 16.9-20). Ailleurs, les incertitudes ne concernent généralement que quelques mots au sein d’un passage. Les traductions récentes signalent ces difficultés : soit en plaçant le texte entre crochet, soit en le déplaçant en note de bas de page.
  • Vérifier que les versets étudiés ne contiennent pas de difficulté majeure de critique textuelle. Pour certains passages de la Bible, la reconstitution du texte original pose des difficultés importantes, de telle sorte que les spécialistes hésitent fortement entre une ou l’autre variante que l’on retrouve dans les manuscrits anciens. Les bibles d’études récentes proposent normalement une note lorsque la reconstitution du texte original est incertaine.
Que faire des passages pour lesquels on n’est pas sûr du texte original ?

La réponse n’est pas aisée et s’avère discutée. Pour ma part, voici ce que je recommande :

  • On évitera de fonder une doctrine ou une recommandation sur un passage qui n’est probablement pas dans le texte original. Cela ne devrait pas nous poser de difficulté : à ma connaissance, aucune doctrine chrétienne majeure ne repose uniquement sur un texte contesté. Si le récit de la femme adultère (Jean 8.1-11) n’est probablement pas dans le texte original, le message de grâce qu’il véhicule se retrouve dans d’autres passages non-contestés. Si les paroles d’envoi de Marc 16.15-18 n’étaient probablement pas dans le texte original, on retrouve des paroles similaires dans d’autres passages (Mt 10 ; 28 ; Lc 10 ; Ac 1-2 ; etc.).
  • Si nous avons la charge de prêcher ou d’enseigner, il convient de faire preuve d’honnêteté et de signaler les difficultés. D’un point de vue pédagogique, il est important de former les croyants sur ces points-là et de leur donner des outils pour défendre la fiabilité du texte biblique de manière honnête. Certains non-chrétiens (en particulier certains musulmans) connaissent mieux les problèmes de critique textuelle biblique que les chrétiens, et peuvent s’en servir pour contester la fiabilité du texte biblique. Rappelons-le, le texte biblique est probablement le texte antique le mieux conservé, et les difficultés majeures ne reposent que sur quelques passages. De plus, même s’il fallait supprimer ces passages de la Bible, aucun point important de la foi chrétienne ne serait ébranlé.

Un certain nombre de passages aujourd’hui contestés ont longtemps été considérés par les chrétiens comme faisant partie de la Bible. Surtout, ils sont généralement conformes au reste de la révélation biblique. Par conséquent, même s’ils revêtent une autorité « secondaire » par rapport au texte biblique, ils peuvent être considérés, d’une certaine façon, comme inspirés. Peut-être serait-il possible de les considérer comme « deutérocanoniques » ? Ceci n’est qu’une réflexion personnelle, et la question reste ouverte…

Quelques Outils :

  • Ceux qui lisent l’hébreu et le grec pourront consulter les éditions de référence :

Voir aussi cet article sur la question du Texte majoritaire et de la fiabilité du texte du Nouveau Testament.

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