Pour une louange à Dieu fondée sur sa Parole

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Dans les Églises que je fréquente (évangéliques, plutôt charismatiques), je suis parfois frappé du peu de place donné à la Bible durant la première partie de nos cultes. Il n’est pas rare d’arriver au temps de la prédication sans qu’un seul verset de la Bible ait été lu ou cité. Et si on redonnait plus de place à la Parole de Dieu dans notre louange communautaire ?

Louer Dieu par sa Parole…

« Que la Parole du Christ habite parmi vous dans toute sa richesse : instruisez-vous et avertissez-vous les uns les autres avec pleine sagesse ; chantez à Dieu, dans vos cœurs, votre reconnaissance, par des psaumes, des hymnes et des chants inspirés par l’Esprit. » (Colossiens 3.16 [TOB]).

Ce verset est un des rares passages du Nouveau Testament évoquant le chant communautaire. La louange chantée est ici décrite comme un moyen de faire « habiter la Parole du Christ » parmi les croyants rassemblés. C’est la Parole de Dieu que nous sommes appelés à chanter : que ce soit par des chants qu’il nous inspire par son Esprit ou par des chants qu’il a inspiré aux psalmistes ou aux hymnographes. D’après ce verset, le but d’une louange communautaire fondée sur la Parole n’est pas que nous passions un bon moment « dans la présence de Dieu », mais que nous puissions ainsi nous « instruire » et nous « avertir » les uns les autres.

Des chants fondés sur la Parole de Dieu

Bien heureusement, les chants que nous chantons en Église sont composés par des croyants qui s’inspirent principalement de la Parole de Dieu. Bon nombre de nos chants, modernes ou anciens, reprennent des paroles de la Bible ou proclament des vérités bibliques. Pourtant, je ne suis pas certain que tous les membres de nos assemblées en soient toujours conscients.

Lorsque nous chantons « Tu donnes et tu reprends. Mon cœur choisit de dire : Ô béni soit ton nom ! », savons-nous qu’il s’agit des paroles que Job a dites après avoir tout perdu (Job 1.21) ? Ou que c’est ce même Job qui dira, au milieu de ses malheurs, « je sais que mon rédempteur vit » (Job 19.25) ? Et d’où vient cette curieuse idée de chanter « digne est l’agneau » sinon de cette louange ultime de toute la création que l’Apocalypse nous laisse entrevoir (Ap 5.12) ? Souvenons-nous aussi d’où viennent nos « Hosanna ! » (Mt 21.9, 15 ; Mc 11.9-10 ; Jn 12.13) ou ces invitations adressées à notre « âme » de « bénir l’Éternel » (Ps 103.1-2; 104.1) ; ou encore ce hit-parade du psautier : « car son amour/sa bonté/sa fidélité dure à toujours » (Ps 100.5; 106.1; 107.1; etc.).

Rappeler que nos chants sont fondés sur la Parole de Dieu

Chers leaders de louange, c’est notre rôle de rappeler que nos chants sont fondés sur la Parole de Dieu. Pourquoi donc ne pas régulièrement introduire un chant par la lecture de quelques versets bibliques sur lesquels il se base ? En général, il n’y aura même pas besoin de commentaire : la Parole parle d’elle-même (et le prédicateur se chargera de prêcher !).

D’autres fois, on pourra rappeler brièvement ce que signifient des expressions bibliques qu’on trouve dans nos chants et qui peuvent paraître assez « bizarres » pour le néophyte. Je pense à ces chants où on bénit « le nom » du Seigneur/de Jésus/de l’Éternel. Ou ceux où l’on parle à son « âme » (!). La personne qui débarque pour la première fois dans une Église aura peut-être du mal à comprendre pourquoi nous adressons nos louanges à un « agneau immolé » ou à un « lion de Juda ». Ou pourquoi nous « répandons un parfum » sur Jésus ou lui demandons d’ouvrir « les yeux de notre cœur ». Rappelons que ces expressions viennent de la Bible, et traduisons-les en français courant.

Tout cela permettra de rappeler à chacun que nous ne chantons pas juste de belles paroles, mais la Parole de Dieu !

Inclure la lecture biblique dans les répétitions du groupe de louange

Cela nécessitera peut-être de prendre un peu de temps pour approfondir nos connaissances bibliques, ou notre compréhension de la Bible. Un dictionnaire biblique pourra s’avérer utile.

Peut-être faudra-t-il aussi s’entraîner à déclamer le passage biblique, de la même manière que nous prenons le temps de répéter la musique et le chant. Bien lire, bien articuler, poser la bonne intonation : tout cela s’apprend et se travaille, de la même manière qu’on apprend à chanter.

Et pourquoi ne pas se montrer créatif ? En accompagnant la lecture de musique pour en faire une introduction musicale au chant. Ou en faisant une lecture à plusieurs voix si le texte s’y prête. Ou encore en faisant participer l’assemblée : certains Psaumes contiennent des répons prévus pour être dits par l’assemblée (le Psaume 136, par exemple).

Placer la lecture biblique dans le temps de répétition ou de préparation du groupe de louange lui permet aussi de s’arrêter sur les paroles des chants. Réfléchir au fondement biblique de ce que nous chantons nous pousse à fonder notre louange sur du solide !

Quelques outils pour nous aider

Certains recueils (Alleluia, À toi la gloire…) proposent des références bibliques directement sur la page du chant, ainsi qu’un index biblique.

Jeunesse en Mission met gratuitement à disposition un index biblique pour les chants des trois recueils « J’aime l’Éternel », sous forme d’un fichier PDF téléchargeable ici. Si l’index est dans l’ordre des textes bibliques (et non dans l’ordre des numéros de chant), voici un petit truc pour trouver des textes bibliques correspondant au chant recherché :

  • Sous Acrobat Reader, ouvrez l’outil « Rechercher », soit en allant dans Edition -> Rechercher ; soit en tapant « Ctrl+F ».
  • Entrez ensuite simplement le numéro du chant qui vous intéresse, et lancez la recherche.
  • Si le numéro de chant est associé à plusieurs textes bibliques, il suffira de cliquer sur « Suivant » pour trouver ces différentes références.

Les logiciels bibliques ou les applications Internet peuvent aussi permettre de rechercher facilement une référence biblique à partir de quelques mots.

Choisir la bonne traduction pour la lecture

Pour une lecture dans le cadre de la louange, on préférera une traduction dynamique et facile à comprendre (pour une explication sur les différences entre les traductions, voir cet article). Personnellement, j’utilise souvent la traduction en français fondamental « Parole de Vie ».

Dans le cas où on voudrait souligner le lien entre un verset biblique et certaines paroles spécifiques d’un chant, il sera judicieux de choisir la traduction qui s’en rapproche le plus. Cela implique donc au préalable de consulter les différentes traductions françaises du verset en question. Le numérique permet de le faire rapidement (et gratuitement) : je vous indique ici où et comment.

Peut-on chanter "Yahwé" dans nos Eglises ?

Samuel Olivier
Samuel Olivier, conducteur de louange et compositeur du chant « Yahwé »

Basé sur les paroles d’un « tube » biblique (le Psaume 23), ce chant de Samuel Olivier est chanté dans (presque) toutes les églises évangéliques de la francophonie. Impossible d’aller à un rassemblement de jeunes sans entendre chanter (à tue-tête) « Ya-ah-wé, Ya-ah-wé » !

Lorsque j’ai demandé à Samuel Olivier la raison pour laquelle il a inclus le nom de Dieu dans son chant, il m’a répondu simplement :

« Je voulais utiliser le nom qui représente Dieu totalement et pas juste une de ses facettes ».

De fait, « Yahwé » est une transcription courante du nom propre utilisé plus de 6800 fois dans l’Ancien Testament pour désigner Dieu. Pour diverses raisons, la tradition chrétienne et la tradition juive ont plutôt eu tendance à proscrire le nom de Dieu de leur langage. Par conséquent, on peut se demander s’il est légitime de faire fi de cette tradition pour chanter « Yahwé » dans nos églises ?

Le nom de Dieu dans les chants de louange

Samuel Olivier n’est pas le seul à avoir composé un chant contenant le nom de Dieu ces dernières années. Hillsong, Israël Houghton ou même U2 ont aussi leur « Yahweh ». On pensera également à ce tube « afro-louange » qui invite à chanter « les merveilles de mon papa Yahvé » (notez d’ailleurs comment les catholiques de Glorious ont changé les paroles de ce chant en remplaçant les mentions de « Yahvé » par « mon Dieu » ou « Jésus mon Seigneur »). Il s’agit d’un véritable phénomène puisqu’une recherche de la mention de « Yahweh » parmi les chants référencés sur le catalogue du CCLI (Christian Copyright Licensing International) aboutit à près de 300 résultats[1] !

Cette mention de « Yahweh » dans les chants de louange est relativement récente puisque, si on trouve quelques chants « yahvistes » datant des années 1970-1980, le phénomène est surtout attesté à partir des années 1990. Toutefois, il ne faudrait pas oublier l’usage fréquent de l’équivalent « Jéhovah » dans bon nombre d’hymnes protestants plus anciens. C’est le cas, par exemple, dans une des versions françaises de « C’est un rempart que notre Dieu » que l’on trouve dans le recueil des Ailes de la foi (n°375)[2].

Vous ne retrouverez (probablement) pas le mot le plus fréquent de la Bible hébraïque dans votre traduction biblique préférée…

8HevXIIgr Plate XVI fragment b avec YHWH
Manuscrit grec retrouvé près de la mer Morte et contenant le nom de Dieu en paléo-hébreu

 Lorsque Moïse demande à Dieu quel est son nom, celui-ci indique qu’il s’appelle « יהוה (YHWH) » (Exode 3.13-15). Composé de quatre lettres en hébreu (d’où la désignation « tétragramme »), le nom de Dieu est le mot le plus fréquent de l’Ancien Testament[3].

Dès les plus anciennes traductions du texte hébreu, il semble qu’on se soit généralement refusé à transcrire le nom de Dieu. Certaines traductions grecques, dont on a retrouvé des manuscrits près de la mer Morte, font même le choix de laisser le nom de Dieu en paléo-hébreu (ancienne écriture hébraïque) au milieu de leur texte grec. Si d’autres manuscrits grecs proposent une traduction du tétragramme par le nom commun « Dieu (theos) », la traduction qui deviendra la plus courante est celle de « Seigneur (kurios) »[4]. C’est cette traduction-là qu’ont retenue les auteurs du Nouveau Testament. De même, la Vulgate traduira YHWH par « Seigneur (dominus) ».

Depuis la Réforme, la plupart des traductions protestantes dans la lignée de la « Bible de Genève » ont rendu le tétragramme par « l’Éternel », faisant ainsi allusion à l’explication que Dieu donne de son nom en Exode 3.14 (« Je suis qui je serai »). C’est encore le cas de traductions récentes comme la Bible du Semeur ou la Segond 21.

Lorsqu’à partir de la fin du 19e siècle, les catholiques furent autorisés à traduire la Bible en français à partir de l’hébreu, ceux-ci préférèrent plutôt retranscrire « YHWH » : « Jéhovah » dans la traduction du chanoine Crampon ; « Yahvé » dans celle d’Osty ou la Bible de Jérusalem. Cet usage du nom divin n’a pas été repris par la traduction liturgique qui est lue lors de la messe. En 2008, le magistère romain a même officiellement interdit l’emploi de « Yahvé » « dans les célébrations liturgiques, dans les chants, et dans les prières », et ainsi donc dans « les traductions bibliques destinées à un usage liturgique »[5].

Quant à l’Alliance Biblique Française (TOB, Français Courant, NBS, Parole de Vie), celle-ci a fait le choix de traduire le nom divin par le traditionnel « SEIGNEUR » toutefois signalé par l’emploi de majuscules.

Pourquoi certains refusent-ils de prononcer le nom de Dieu ?

Ceux qui refusent de prononcer le nom de Dieu le font principalement pour 3 raisons :

  • Pour des raisons philologiques : les spécialistes ne sont pas d’accord sur la manière dont il faut prononcer « YHWH ».
  • Par respect pour nos amis Juifs, pour qui la prononciation du nom divin est blasphématoire.
  • Par respect pour la tradition chrétienne (dont témoigne déjà le Nouveau Testament) qui a choisi de traduire « YHWH » par « Seigneur ».

« Yahvé », « Jéhovah » ou « Yahou » ?

L’Ancien Testament a été rédigé en hébreu. Or, l’écriture hébraïque ne s’écrit qu’avec l’équivalent de nos consonnes. La prononciation exacte d’un mot ne peut donc se transmettre que par son emploi à l’oral.  La difficulté repose dans le fait que la tradition juive a très tôt choisie de ne plus prononcer le nom de Dieu, le remplaçant à l’oral par « hashem (le nom) » ou « adonaï (Seigneur) ».

Exode 3v14-15 Codex de Leningrad
Exode 3.14-15 dans le Codex de Leningrad

Au Moyen-âge, des savants juifs inventèrent un système de points-voyelles qu’ils ajoutèrent au texte hébreu pour en faciliter la lecture. Lu avec ces voyelles, on pourrait prononcer le nom de Dieu « YeHVaH », voire « YeHoVaH », d’où « Jéhovah ». Toutefois, la plupart des spécialistes actuels estiment que les voyelles ne correspondent pas à la prononciation originale du nom de Dieu, mais aux voyelles du mot que les Juifs lisaient à la place, c’est-à-dire, soit l’hébreu « adonaï (Seigneur) », soit l’araméen « shema (le nom) »[6].

Les philologues modernes qui essayent de reconstituer la prononciation originale du nom de Dieu hésitent généralement entre « Yahvé », « Yahô » ou « Yahou ».

Cette incertitude sur la prononciation exacte du nom de Dieu pourrait faire hésiter certains à le prononcer, peut-être par peur de l’écorcher. Toutefois, même si on avait conservé un enregistrement audio de l’épisode du buisson ardent, devrait-on penser que Dieu s’attende à ce que tous les croyants de la terre prononcent son nom dans un hébreu parfait ? La prononciation exacte du nom de Dieu est-elle si importante ?

Dans l’Ancien Testament, Dieu se fait le plus souvent appelé par un nom propre. En le remplaçant par un nom commun (« Seigneur »), ne passons-nous pas à côté d’un aspect important de la révélation ?

Prononcer le nom de Dieu, est-ce un manque de respect pour nos amis juifs ? 

Se basant sur l’interdiction biblique de « prononcer le nom de YHWH en vain » (Ex 20.7 ; Dt 5.11 ; cf. Lv 19.12), la tradition juive proscrit tout usage du nom de Dieu. Selon le principe rabbinique de créer des « haies » autour des commandements pour éviter de les transgresser, la tradition juive a transformé l’interdiction de l’utilisation du nom de Dieu pour de faux serments, en une interdiction totale d’utiliser le nom de Dieu. Celui-ci est remplacé par « adonaï (Seigneur) » dans le cadre de la prière, et par « hashem (le nom) » dans l’usage courant. Il peut donc être particulièrement choquant pour un Juif pratiquant d’entendre les chrétiens chanter « Yahwé ».

Lorsqu’on le lui fait remarquer, voici ce que Samuel Olivier répond :

« J’ai beaucoup de respect pour nos frères juifs, mais pour la plupart, c’est écrire les quatre lettres qui les dérange, et non dire « Yahwé ». Les seules personnes gênées par ce chant que j’ai rencontrées jusqu’à aujourd’hui sont des chrétiens. Les juifs en général ne le sont pas. »

Le compositeur ajoute une remarque pertinente :

« Par respect pour nos frères juifs, il faudrait également éviter de dire que Jésus est le fils de Dieu et qu’il est Dieu. J’espère néanmoins qu’il ne faille pas en arriver à cette extrémité ! »

On pourra toutefois suggérer qu’entre prononcer le nom de Dieu et présenter Jésus comme le fils de Dieu, l’enjeu n’est pas le même. Etant donné que la prononciation du nom de Dieu n’est pas au cœur du message de l’Évangile, les églises ou œuvres qui ont un ministère particulier parmi les Juifs éviteront probablement de chanter « Yahwé ». Il s’agirait alors de suivre le principe paulinien qui consiste à « se faire tout à tous » pour l’Évangile (1 Co 9.22).

Toutefois, pour la plupart d’entre nous qui voient très rarement des Juifs entrer dans leur Église, l’enjeu n’est pas le même. Comme Jésus lui-même l’a manifesté dans sa critique des pharisiens ou des maîtres de la Loi (p. ex. Mt 23.13-36), nous ne sommes pas tenus de suivre les développements non-bibliques de la tradition juive.

Si le Nouveau Testament ne mentionne pas le nom de Dieu, ne devrions-nous pas faire de même ?

Le Nouveau Testament a été écrit en grec. Or, lorsqu’il fait référence à Dieu, ou cite un texte de l’Ancien Testament, le Nouveau Testament fait le choix de suivre l’usage de la traduction grecque dite des Septante, qui remplace le nom de Dieu par « Seigneur (kurios) ». C’est ce même titre de « Seigneur » qui est attribué à plusieurs reprises à Jésus (Rm 10.9 ; 1 Co 2.8 ; 12.3 ; Ph 2.11).

On pourrait se demander pourquoi les auteurs du Nouveau Testament n’ont pas choisi de retranscrire le nom de YHWH ? Il est fort probable que les auteurs du Nouveau Testament ne se soient même pas posé la question. En effet, la tradition de la non-prononciation du nom de Dieu semble déjà bien établie dans le judaïsme de l’époque. Toujours est-il que ni Jésus, ni les apôtres ne remettent en cause cette tradition.

Par contre, Jésus avait une manière bien à lui de s’adresser à Yahvé : il l’appelait « Père », voire même « Papa (Abba) » (Mc 14.36). Sous la conduite de son Esprit, nous sommes également encouragés à nous adresser à Dieu en disant « Abba ! Père ! » (Rm 8.15 ; Ga 4.6). Si l’Esprit Saint nous offre cette liberté d’appeler le Dieu tout-puissant « papa », ne pourrions-nous pas aussi l’appeler par son nom ?

Comme le dit Samuel Olivier,

« avoir peur de prononcer le nom de Dieu, en tant que bénéficiaire de la nouvelle alliance, ça me semble parfois juste une forme de superstition plus proche de la bigoterie que du respect pour Dieu ».

Si Dieu a souhaité être connu principalement sous le nom de « Yahvé », pourquoi nous interdirions-nous de le louer en l’appelant par son nom ? En Jésus-Christ, et par l’Esprit Saint n’avons-nous pas le privilège d’entretenir une relation personnelle et intime avec le Père ?

Pour ma part, je ne me priverai donc pas de chanter « Yahwé », même si j’aurais eu une petite préférence, très personnelle, pour la prononciation « Yahou » !

[1] Pour les chants en français contenant le nom de « Yahvé », une recherche sur la base de données de LTC aboutit à des résultats plus mesurés.

[2] Une recherche de « Jéhovah » sur le site hymnary.org aboutit à 3320 résultats !

[3] Seules les particules ou prépositions courantes sont utilisées davantage.

[4] Pour une présentation plus technique de la question, on pourra consulter l’article de la papyrologue Kristin de Troyer,  « The Names of God. Their Pronunciation and Their Translation. A Digital Tour of Some of the Main Witnesses », accessible en ligne en cliquant ici.

[5] Conclusions de la Lettre aux conférences des évêques sur « le nom de Dieu », datée du 29 juin 2008 et rédigée par la Congrégation pour le Culte Divin et la Discipline des Sacrements (cliquez ici pour lire la lettre en anglais).

[6]  Voir l’article de Kristin de Troyer, accessible ici.

Au cœur de la louange : un livre que tout leader de louange devrait lire !

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paya louangeSorti en octobre 2014, ce livre de Christophe Paya aborde une question qui a pris de plus en plus de place au sein de nos cultes : celle de la louange. Docteur en Nouveau Testament, et professeur de théologie pratique à la Faculté Libre de Théologie Evangélique (Vaux-sur-Seine), Christophe Paya livre une réflexion à la fois biblique et pratique sur nos temps de louange. Même si la réflexion théologique est profonde et riche, ce petit livre est simple d’accès et se lit très facilement.

En tant que musicien, et leader de louange, j’étais particulièrement motivé pour lire ce livre écrit par un théologien que j’apprécie. Mon attente n’a pas été déçue ! J’ai surtout apprécié l’équilibre valorisé par l’auteur, toujours prompt à relever les aspects positifs et négatifs des différentes mouvances, habitudes ou « modes » en matière de louange. En tant que pasteur de l’Union des Eglise évangéliques libres, Christophe Paya démontre certes une plus grande proximité envers un style évangélique assez « classique ». Il n’abordera pas des questions propres aux églises de type charismatiques ou pentecôtisantes comme le chant en langues ou l’adoration dite « prophétique ». De plus, on regrettera que son analyse des chants d’église intègre peu les compositions des 15 dernières années. Toutefois, le théologien évangélique connaît bien la diversité des églises françaises. Il se garde de prendre parti pour une tendance ou une autre. Ainsi, il dénonce aussi bien l’excès d’intellectualisme qu’un accent trop fort sur l’émotionnel. Il rappelle que la louange intègre à la fois le corps et l’esprit ; qu’il y a de très beaux chants anciens, mais aussi de superbes compositions récentes ; ou que le temps de louange est aussi un temps communautaire d’édification, et qu’il doit tenir compte de la diversité d’âges ou de cultures musicales de ceux qui composent l’Eglise.

Certains regretteront peut-être que Christophe Paya n’ait pas choisi un titre un peu plus vendeur comme « les 10 clés pour réussir vos temps de louange » avec un sous-titre comme « le livre qui va révolutionner la vie de votre église, et vous faire entrer pleinement dans la présence de Dieu »… Au cœur de la louange ne surfe pas sur la vague de « la nouveauté à tout prix », ni du « truc incroyable que j’ai découvert alors que personne n’avait trouvé ça en 2000 ans d’histoire de l’Eglise ! ». Et c’est tant mieux ! Je suis convaincu que les ouvrages les plus bénéfiques pour l’Église ne sont probablement pas les plus « sensationnalistes ». Nous avons besoin de livres comme celui de Christophe Paya qui font le point sereinement sur notre pratique. Sa réflexion n’est pas révolutionnaire, mais elle est sereine et équilibrée, car elle repose sur l’enseignement de toute la Bible avec sa diversité et sa richesse.  Et, malheureusement, ce genre d’ouvrage, est devenu assez rare.

Vous pouvez retrouver la table des matières et un extrait du livre sur le site d’Excelsis, en cliquant ici.

Christophe Paya, Au coeur de la louange, Charols / Vaux-sur-Seine : Excelsis / Édifac, 2014, 181 p. ; 12 €

 

Résumé et extraits choisis :

Le premier chapitre de l’ouvrage est un parcours biblique sur la thématique de la louange. Le docteur en Nouveau Testament est particulièrement doué pour résumer en quelques pages l’enseignement biblique sur un sujet aussi large. Je retiens l’accent mis sur l’enseignement du Nouveau Testament qui présente l’adoration comme mode de vie :

« Pour les adorateurs, on passe d’un lieu et d’un temps donné (l’Ancien Testament) à l’ensemble de la vie (Nouveau Testament) » (p. 32).

Ainsi, à l’inverse de l’Ancien Testament, le Nouveau Testament ne donne pas de règles détaillées sur l’organisation d’un temps de louange. Certainement parce que

« la louange, avant d’être une pratique particulière, qui consiste par exemple à chanter ou à prier, est l’état d’esprit du culte. » (p. 43).

Les chapitres 2 et 3 sont l’occasion de présenter l’approche protestante du chant et de la louange au sein du culte. Le chapitre 3, en particulier, propose une Petite histoire du chant d’Église. On découvrira entre autres que Zwingli et Calvin étaient opposés à l’utilisation d’instruments de musique dans l’Église, alors qu’à l’inverse Luther voyait la musique comme « un don de Dieu ».

Le chapitre 4 est un de mes préférés. Christophe Paya y valorise Les équilibres de la louange. Il rappelle la nécessité de développer des temps de louange qui ne soient pas déconnectés de notre vie quotidienne :

« la louange communautaire hebdomadaire est […] un moment particulier, un moment fort, au sein d’une vie d’adoration de Dieu » (p. 71).

Il met en garde contre une louange qui essayerait un peu trop de nous extraire du « monde terrestre » pour nous plonger dans un « monde spirituel ». En effet, ces deux mondes sont indissociables : même si, effectivement, la louange est un « moment de répit » au sein d’une réalité pas toujours facile à vivre (p. 72),

« il vaut mieux concevoir la louange, non pas comme un moyen de nous extraire de la réalité du monde, mais comme un moment où, parce que nous fixons nos regards sur le Seigneur, avec les frères et sœurs dans la foi, notre regard sur le monde change. » (p. 73).

Le théologien rappelle que, si la louange chrétienne doit être trinitaire, elle doit aussi être « christocentrique ».

« On peut louer le Père, le Fils et le Saint-Esprit, même si les données bibliques ne nous incitent pas à une « parité » stricte, mais plutôt à prier le Père par le Fils dans l’Esprit. Mais le culte chrétien met intentionnellement Jésus-Christ au centre. » (p. 74).

Enfin, comme je l’ai déjà mentionné il insiste sur la nécessité d’une louange qui intègre à la fois l’intellect et les émotions ; l’esprit et le corps.

            Les chapitres 5 à 9 sont davantage axés vers des aspects pratiques liés à l’organisation et la conduite d’un temps de louange.

J’ai apprécié notamment la réflexion sur le choix des cantiques (chapitre 7). Christophe Paya invite ceux qui sont en charge d’organiser les temps de louange à réfléchir sur le choix des chants qu’ils font chanter. On pourrait certes choisir les chants en fonction de leur qualité littéraire ou musicale, ou par goût personnel. Mais, est-ce judicieux ? Puisque la louange communautaire doit répondre avant tout au critère « d’édification » (1 Co 14.26), il convient de prendre en compte la validité « théologique » du chant. Pour nous guider dans cette réflexion, il propose 3 questions à se poser avant de choisir un chant :

« (1) De quel texte ou thématique biblique peut-on […] rapprocher [le chant] ? (2) Est-ce que la pensée véhiculée par le chant formule de la bonne manière la notion biblique ou théologique à laquelle le chant se rattache ? (3) Comment ce cantique se situe-t-il par rapport aux priorités théologiques de l’Écriture et/ou de l’Église ? » (p. 120).

Ainsi, il montre que les thématiques de certains chants (p. ex. l’image de l’Église comme une « armée ») sont parfois des thématiques secondaires ou annexes de l’Écriture. Il convient donc de ne pas leur donner une place trop centrale, en multipliant les chants sur cette question.

Mentionnons encore cette petite phrase sur l’importance de la préparation :

« Se préparer, […] c’est en fait prendre le temps de se laisser préparer par l’Esprit de Dieu. L’Esprit agit pendant le culte, avant le culte et après le culte. Se préparer, c’est prendre au sérieux son action et prendre au sérieux la louange ».

Le dixième et dernier chapitre évoque quelques Qualités et égarements de la louange. Après avoir rappelé l’apport de la louange moderne, Christophe Paya mentionne quelques limites ou risques : je retiens notamment le risque du « renfermement sur soi » alors que la louange devrait être un temps d’adoration communautaire ; ou encore, le risque de transformer la louange en un temps de « divertissement ».

Si Dieu jouait dans un groupe de rock, il serait glockenspieliste

Article initialement publié le 16 mai 2013 sur le blog Bible & Breakfastglockenspiel

Hier  soir, j’ai assisté à un concert du groupe de louange-rock « Impact » [vidéo ci-dessous]. Ce fut un super moment dans la présence de Dieu [version rock]. En plus, j’ai pu admirer l’instrumentiste devenu indispensable à tout groupe de louange des années 2010 : le joueur de glockenspiel ! Ce petit instrument  [une sorte de mini xylophone métallique, modèle amélioré du jouet avec lequel votre charmant bambin vous casse les oreilles démontre ses talents musicaux] est l’accessoire à la mode des groupes de louange moderne. 

Que Gungor et ses compères de la « louange émergente » l’utilisent [voir un précédent post], ok. Mais que ce petit instrument « tout mignon » fasse son apparition chez les adeptes des grosses guitares bien saturées [Impact, Hillsong United, Worship Central…], c’est à en perdre son bréviaire ! Est-ce un coup marketing pour faire revenir à l’Eglise ceux qui doivent changer leur sonotone après chaque temps de louange ? Pas vraiment : les guitares sont toujours bien saturées et les batteries tout autant martyrisées [pour preuve, j’ai encore une oreille qui siffle après le concert d’hier soir !]. Est-ce plutôt un relent de créativité musicale ? Certainement [d’ailleurs, sur le nouvel album d’Impact, le gars qui joue du glockenspiel joue aussi de la « machine à écrire » !!] !

Au-delà de toute considération artistique, permettez-moi de faire l’apologie théologique du glockenspiel. Car , à mon avis, si Dieu jouait dans un groupe de rock, il jouerait du glockenspiel [mais ça n’engage que moi] ! Le glockenspiel dans un groupe de rock, c’est la touche de douceur dans un monde de brute. Un petit tintillement discret mais précis, qui se laisse pourtant entendre au milieu des grosses distorsions assourdissantes. Une mélodie légère mais qui résonne encore dans nos oreilles lorsque les cymbales bruyantes se sont tues.

Rappelez-vous de cette rencontre entre Dieu et Elie à l’Horeb (1 Rois 19). Elie est en pleine dépression, en plein désert, en plein désespoir. Les cymbales se sont tues et le show du chapitre 18 est terminé [cf. l’épisode du Mont Carmel]. Et là, Dieu va se révéler à Elie. Différemment. « Non pas dans le souffle décoiffant d’une grosse distorsion, non pas dans l’ouragan des guitares déchaînées, non pas dans le tremblement de terre d’une batterie amplifiée, non pas sous le feu des projecteurs ; mais dans le doux tintillement du glockenspiel » [1 Rois 19.11-12 ; ma traduction]. Bravo l’artiste !

Entendez-vous Dieu jouer du glockenspiel ? Ecoutez bien ! Tendez l’oreille ! Au-delà du brouhaha ambiant, une petite musique résonne avec précision. Un petit air, comme pour dire : « je suis toujours là, aie confiance ».

 

Mega Worship vs Louange émergente

Article initialement publié le 19 avril 2013, sur le blog Bible & Breakfast.

Ceux qui sont branchés musique chrétienne contemporaine en version anglophone se sont peut-être aperçus qu’il existe deux courants assez différents dans l’évolution récente de la louange.

D’un côté, vous avez les représentants des Mega Churches avec leurs méga-groupes de louange à la Hillsong, Jesus Culture ou Worship Central. Au menu : enregistrement live dans un stade de 50 000 personnes, spots, lasers, 15 guitares électriques, 5 synthés, 12 ordinateurs, 4 batteries, un choeur de 300 personnes… Bref, on en prend plein les yeux et les oreilles ! [Et perso : j’aime ça !]

De l’autre vous avez les représentants des « églises émergentes » avec une louange plus intimiste et créative [en fait, ils parlent plutôt d’ « expérimentations liturgiques » ou de « musique religieuse conceptuelle », ça fait plus « hype »]. Parmi les groupes qui cartonnent, je pense à Gungor ou à Rend Collective Experiment [remarquez que les noms de groupe sont un peu moins transparents que « Jesus Culture » ou « Worship Central »]. Au menu : petite salle intimiste, lumière tamisée, déco « old school », musique plus acoustique, banjo, tambour fabriqué à partir d’une poubelle recyclée, sans oublier le petit xylophone bien à la mode… Bref, on se délecte, on s’étonne et on admire une telle créativité ! [Et perso : j’aime ça !]

 
La question est : y a-t-il un style de louange plus biblique qu’un autre ?

David, grand musicien devant l’Eternel, a pratiqué les deux styles. On le voit d’abord « émerger », seul avec sa guitare [unplugged] produisant une musique apaisante pour le roi Saül (1 S 16.23) [une musique qui fait tout de même fuir les esprits mauvais !]. Puis, on le voit dansant comme un fou, au sein de grands « shows » à la Hillsong, au son des guitares, batteries, synthés, trompettes et autres trucs bruyants (2 S 6.512-15) [notez que sa femme Mikal n’a pas les mêmes goûts musicaux].

Dans l’un et l’autre cas, on voit l’approbation du Seigneur [qui fait fuir le mauvais esprit de Saül ; et qui rend stérile Mikal la moqueuse]. En fin de compte, le style de louange ne semble pas déterminant.

Jésus nous le fait comprendre : « les vrais adorateurs, ce sont ceux qui adorent en Esprit et en vérité. Ce sont de tels adorateurs que le Père recherche » (Jn 4.23). Autrement dit, peu importe le style, les guitares, l’électro ou l’acoustique : ce qui compte c’est le coeur.

Un bon groupe de louange, c’est donc avant tout un groupe qui amène les croyants à adorer véritablement, c’est-à-dire partout et en tout temps.

Sur ce point, je crois que tous les groupes cités ci-dessus y parviennent d’une manière ou d’une autre [même si la Mega Worship est certainement un peu moins « élitiste » et donc plus pertinente pour le plus grand nombre] !

Je vous laisse avec Gungor [louange émergente], qui illustre bien [ou pas] ce qui vient d’être dit.